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Bibliothèque R. et B. L. Autographes et Manuscrits XIXe et XXe Siècles

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巴黎

Gauguin, Paul
LETTRE AUTOGRAPHE SIGNÉE À CAMILLE PISSARRO, [1883].
4 pages in-8 (156 x 109 mm), sous chemise demi-maroquin bleu moderne.


Quand Gauguin émet des réserves sur l’art de Pissarro
.

Gauguin et Pissarro étaient liés depuis longtemps et peignaient souvent ensemble. C’est donc sans détours qu’il se permet de critiquer les œuvres qu’il vient de voir.

La lettre reflète également la détresse de Gauguin, qui, en janvier 1883, avait abandonné son travail d’agent de change, suite à la crise de la Bourse. Les diverses combinaisons échafaudées resteront infructueuses, aussi sera-t-il obligé, l’année suivante, de s’installer à Rouen avec sa femme et ses cinq enfants.

J’ai vu vos deux gouaches chez Durand[-Ruel] ; évidemment la charcutière a un bras trop long mais la vieille femme tête de mort n’a rien qui laisse à désirer. Quant à l’autre qui montre ses reins il n’y a rien à retoucher et si on se met dans la voie du joli, on ne saura plus rien de ce qu’il faut faire […] Vous voulez comme Degas étudier des mouvements chercher du style en un mot faire de l’art avec la figure je crois que c’est dangereux au point de vue de la vente. On acceptera de Degas des choses qui ne passeront pas, en ce moment du moins, signées Pissarro. Tenez-vous le pour dit et faites ces choses pour vous, plus tard on viendra vous les prendre sans observation. Pour Durand[-Ruel] continuez à lui faire du paysage et toujours du paysage. Voyez ce que c’est que l’opinion et combien elle varie : il y a 4 mois j’avais voulu faire acheter à Bertaux [Emile Armand Bertaux] des Guillaumin ; j’avais été traité de fou […] J’ai fini par lui en faire acheter un grand chez Tanguy [le Père Tanguy], et maintenant qu’il est chez lui qu’il s’y est habitué il le trouve très bien et recommande aux autres d’acheter des Guillaumin comme si toute sa vie cela avait été son opinion.

Dans la seconde partie de sa lettre, Gauguin confesse son désarroi : Je vous avoue que je suis très noir en ce moment ; quand je pense qu’au mois de janvier j’aurai un enfant de plus [son fils Pola, qui naîtra en fait le 6 décembre 1883] et que je serai sans place. Je viens de m’adresser à beaucoup de monde et partout c’est la même réponse — Que les affaires ne vont pas […] J’ai fait parler par plusieurs personnes à Petit et je dois être présenté à lui la semaine prochaine : je ne me fais pas d’illusion et il n’est pas probable que je réussirai mais je veux en avoir le cœur net. J’ai été chez Durand[-Ruel] pour le prévenir au cas où on lui demanderait des renseignements afin qu’il m’appuie. Ce dont j’ai peur c’est que Degas qui le connaît ne m’éreinte et qu’avec ses théories de l’art sans manger il ne détruise les recommandations faites pour moi [Degas n’avait aucune sympathie pour l’art de Gauguin]. J’ai entendu dire aussi que Legrand l’ancien commis de Durand[-Ruel] devait se mettre d’une façon sérieuse au commerce de tableaux […] mais je ne connais personne qui le connaisse. Il y a quelquefois dans la vie de ces petits cailloux qui accrochent et qui sont la cause de bien des choses, le tout est de rencontrer ce caillou […] Les causes de l’ouvrier n’ont jamais été écoutées que lorsque celui-ci était à craindre ou qu’il y avait bénéfice à s’en servir […] Je n’ai pas revu votre tableau. Bertaux a été le chercher lui-même, il en est très content, il tient l’argent à votre disposition.

Correspondance de Paul Gauguin, 1873-1888, éd. V. Merlhès, Fondation Singer-Polignac, 1984, n° 40, p. 53-54.

Petite déchirure avec manque dans l’angle supérieur du premier feuillet avec atteinte à quelques lettres.


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