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Ensor, James
J’AIME LA GROSSE FÊTE... MANUSCRIT AUTOGRAPHE SIGNÉ, DATÉ OSTENDE, 18 AOÛT 1935.
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Bibliothèque R. et B. L. Autographes et Manuscrits XIXe et XXe Siècles

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Ensor, James
J’AIME LA GROSSE FÊTE... MANUSCRIT AUTOGRAPHE SIGNÉ, DATÉ OSTENDE, 18 AOÛT 1935.
4 pages in-4 (275 x 210 mm), encre noire, sous chemise demi-maroquin noir moderne.


Pittoresque discours à l’occasion de ses 75 ans
.

Très amusant discours, prononcé à Ostende lors d’une fête organisée par les autorités pour fêter les 75 ans du peintre, né dans cette ville en 1860. Il est remarquable par sa verve et sa fantaisie et ce tour de force qui consiste à citer presque tous les assistants, avec pour chacun un mot aimable ou spirituel, dans une langue rabelaisienne débridée. Il existe un second discours, au texte entièrement différent, prononcé à la même occasion, mais dans une autre circonstance.

J’aime la grosse fête désirée par les jeunes. Je vous dirai en langage de peintre la fête de la vieillesse verte, commence Ensor. Il est heureux de voir des amis charmants et conciliants, qu’il va nommer et décrire en une très longue litanie. Il commence par célébrer la paix entre flamands et wallons : ceux de Flandres dégriffés, ceux de Wallonie décrétés se montrent patte farinée. Puis il cite certains de ses défenseurs : monsieur de Broqueville mécène clairvoyant sensible à tous crins, […] Jean Teugles beau magistrat en goguette toujours friand de modernité... Bonjour messieurs de la presse ostendaise.

Il salue aussi, de façon drolatique, les Français présents : Albert Croquez, conseiller d’Etat acidulé d’eau-forte derrière et devant nos bancs d’épreuves il croque ses croquis. Et cric et croque. Croque et craque, nos semelles craquent. Dressons-nous sur nos ergots, hardi les coqs gaulois. Cocorico en flamand cruqueloureco. Il ne peut oublier la réception intime et charmante du 13 avril à l’Hôtel de ville, célébrant et récompensant mes 75 années de rébellion, ni le discours lumineux du Bourgmestre, pétillant, relevé d’une larme sablée de St-Marceau, noble boisson réservée aux invités de marque, as de la roue, coureurs vainqueurs fendillés, boxeurs pointilleux, lutteurs estropiés, motocyclistes décrassés... J’admire ses couleurs échevinales : cheveux blanc argentés, nez rouge social, teint rose galant, dents sculptées ivoire et or fin — ensemble séduisant d’échevin sans épines. La revue se poursuit : le Cercle Studio, les musiciens, Léon Spilliaert, contre-épicier au sourire mordant, défenseur de nos sites du bon vieux temps. Il en profite pour pousser un cri écologique : Les quatorze cents signataires défenseurs de nos bassins ne désarmeront pas. Sauvons nos bassins centraux, la merveille d’Ostende ! Sus aux vandales hors saison à l’œil cave, au crâne bourré de terre réfractaire et fleurant asticots et légumes d’hiver... Il reprend, avec frénésie et humour : Et Pierre Maes ce bon ami, analyste corpulent fraisé de lauriers napoléoniens cueillis de frais à l’étranger. Grand prix de littérature exotique à Paris et sabré chevalier. Voici le sabre, le sabre, le sabre de bois de nos littérateurs prosateurs.

La fin évoque, par sa cocasse invention verbale, une eau-forte du peintre : J’adresse un salut aux oubliés, aux manifestants réfractaires, mécènes endoloris de snobolie, juges cramoisis démuflés, magisters toqués ou détoqués, journalistes procéduriers, défenseurs indécis, arrivistes fromagers de Putricie, alarmistes frontiérisés, gourgandines de grognoli, savantasses de mirandolie, compositeurs enchevêtrés de cacophonie, musiciens de colophanie, avocats pirouettants, éclairez vos lanternes, donnez-nous de la lumière, de la sainte lumière et de la chair saine, fraîche et claire. Ecourtez vos combinaisons, échancrez vos tissus crottés outre-mesure. Il salue enfin Ostende, ville étrange assise sur les eaux : Vive Ostende vainqueur, Ostende Paradis mouvant des bons peintres, et termine joyeusement : Hip ! Hip ! Hurrah !

Les trois premières pages contiennent de très nombreuses corrections, ajouts interlinéaires, portés au crayon. Dans le coin de la p. 1, note autographe d’Ensor (pour en demander une dactylographie ?) : Copie exacte [pour M. Cremer ?] le 21 août [19]35.

Publié dans Mes Écrits, Liège, Éditions nationales, 1974, p. 215-219.

Traces de pliures.


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