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Delacroix, Eugène
LETTRE AUTOGRAPHE SIGNÉE À M. WÉE [ALPHONSE VÉE]. [MANSLE] 7 OCTOBRE [1820].
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LETTRE AUTOGRAPHE SIGNÉE À M. WÉE [ALPHONSE VÉE]. [MANSLE] 7 OCTOBRE [1820].
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Delacroix, Eugène
LETTRE AUTOGRAPHE SIGNÉE À M. WÉE [ALPHONSE VÉE]. [MANSLE] 7 OCTOBRE [1820].
2 p. in-4 (255 x 198 mm), sur papier vergé filigrané.  Signée "E. Delacroix". Adresse au verso du second feuillet, marques postales.
Petite déchirure par bris de cachet ne touchant pas au texte, traces de pliure.

Delacroix admirateur de Shakespeare : belle lettre de jeunesse, rédigée en anglais puis en français.

Séjournant dans la propriété familiale de Charente après une visite rendue à son frère Charles à Tours, Delacroix s’exprime tout d’abord en anglais, conscient de faire bien des fautes : "You shall discern without difficulty, how much is hard and pitiful my English linguage".
Il explique qu’il a été très malade et fiévreux, souffrant de l’estomac, incapable de profiter de la campagne environnante et ne pouvant guère ni lire ni écrire. Cependant il a quand même pu se plonger dans la lecture de Shakespeare, enthousiasmé par Richard III qu’il considère comme l’une des meilleures pièces du dramaturge : "Through my lucid moments, I take my faithful Richard III, who was not, I believe, a so swit and delightful fellow, to his brothers, nephews and others attendants, that to my mind and in my hands. I know not for what reason, that tragedy is not placed in number of the betters of Sheakespear. I own there are longsome things and needless : but there is always to be felt, the talent of author, in living painting and investigation of secret notions of human heart…."
Le lendemain, Delacroix poursuit sa lettre en français, se disant mieux portant et envisageant un retour prochain à Paris. "C’est du véritable anglais de malade que je vous envoie : si vous le montrez à M. Purgon, il vous en donnera l’assurance. Nous ne tarderons pas, j’espère, à l’écorcher de vive voix. Adieu donc, mon cher Wée. Surtout n'ayez pas la fièvre ; mais à qui je vais recommander cela ! Vous la donneriez au besoin en fouillant dans vos petites fioles. Adieu, bonne santé et bonne amitié."

Alphonse Wée ou Vée (1796-1872) avait été le condisciple de Delacroix dans l’atelier du baron Guérin en 1818-1819 avant de renoncer à une carrière artistique et de se tourner vers la pharmacie puis vers la politique, devenant maire du Ve arrondissement de Paris. Les deux amis suivirent en commun des cours d’anglais, auprès de l’anglophile Charles-Raymond Soulier, apprentissage qui servit à Delacroix lors de son séjour en Angleterre quelques années plus tard.

Référence : Eugène Delacroix, Further Correspondence. 1817-1863, Oxford, Clarendon Press, 1991, p. 89.

"Dear friend,
You must not wonder at my slowness in writting you. From Paris, I gone first to Tours, to meet a little with my brother, I have not seen long since. I lived here about fifteen days, and not was possible, to write anything in English, for I wanted English books and dictionaries. Moreover, and to tell the truth, I should be equally diverted from my purpose, by the continual jests and entertainments. I left him at last ; but during my journey to my dear forest, I was seized suddenly by a devilish fever, which takes away all my pleasure in country. I live tristly long days, without any stomach: I see with impatience from my window, the murmuring trees and singing birds. But, nor the barking dogs in sonorous groves, nor the raising sun, with all its splendor, refresh my senses or rejoice them. I am a slave confined in a house ; when I attempt to read or write anything, my head is so full of tediousness, so feeble and heavy upon my shoulders, that I am very soon forced to forsake all business. – You shall discern without difficulty, how much is hard and pitiful my English linguage. 
Nevertheless, I find a mere phrase in writting you. I hope you shall excuse my mistakes and errors. I am so idle and discomforted, when I must search a word in the dictionary, that, there is no doubt I impudently put a great deal of improper words. Through my lucid moments, I take my faithful Richard III, who was not, I believe, a so swit and delightful fellow, to his brothers, nephews and others attendants, that to my mind and in my hands.
I know not for what reason, that tragedy is not placed in number of the betters of Sheakespear. I own there are longsome things and needless : but there is always to be felt, the talent of author, in living painting and investigation of secret notions of human heart… 
Voilà, mon cher Wée, tout ce que mon cerveau fiévreux a trouvé d'anglais à vous dire. Tout cela a été arraché à diverses reprises. Je suis assez bien portant aujourd'hui et d'ici deux ou trois jours, je vais partir pour une petite tournée qui ne tardera pas à se terminer par mon retour à Paris. Mon long silence a du vous étonner. Hélas que j'eusse voulu être en état d'écrire dix lettres par jour : mais, ces journées éternelles, je les consumais lentement, entre mes tisons et mon pot de tisane. C'est du véritable anglais de malade que je vous envoie : si vous le montrez à Mr Purgon, il vous en donnera l'assurance. Nous ne tarderons pas, j'espère, à l'écorcher de vive voix.
Adieu donc, mon cher Wée. Surtout n'ayez pas la fièvre; mais à qui je vais recommander cela ! Vous la donneriez au besoin en fouillant dans vos petites fioles. Adieu, bonne santé et bonne amitié."


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