拍品 112
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MONTAIGNE. LA THÉOLOGIE NATURELLE DE RAYMOND SEBON. PARIS, G. CHAUDIÈRE, 1569. VÉLIN SOUPLE DE L'ÉPOQUE.

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70,000 - 100,000 EUR
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描述

  • La theologie naturelle de Raymond Sebon...Paris, Guillaume Chaudière, 1569.
In-8 (173 x 113 mm). Vélin souple à recouvrements, dos lisse avec titre à l’encre brune (Reliure de l’époque). Reliure un peu tachée, quelques discrets manques au vélin. Tache brune en tête de la marge intérieure des 35 premiers feuillets. Rares rousseurs. Soulignements anciens au crayon et à l’encre. Collation : [a2] b-z8 A-Z8 Aa-Rr8 S-V8 X6. 2 ff. n. ch., soit 496 ff. et 30 ff. n. ch. Édition originale de la traduction et première publication de Montaigne.Un texte capital consacrant son entrée en littérature et en philosophie.C’est à la demande de son père que Montaigne s’attèle à la traduction de l’ouvrage du médecin et philosophe catalan, Raimond Sebond (? - 1436) Scientia Libri Creatorum, composé entre 1434 et 1436. Une traduction littérale en français avait déjà été publiée en 1519, Jean Martin en donna une version abrégée en 1555, rééditée en 1566. Ce texte, prétendant fonder la foi sur la raison, fut mis à l’index puis condamné en 1564. Cette traduction eut une influence décisive sur l'existence et la pensée de Montaigne, encore conseiller au parlement de Bordeaux. Elle eut aussi l’immense mérite de l’écarter de la carrière politique et de le confirmer dans sa vocation d'écrivain. En effet, en juillet 1570, Montaigne rend sa charge au Parlement et vient à Paris pour y faire publier les opuscules de La Boétie (mort en 1563). Vers février 1571, il décide de revenir dans "cette habitation des douces retraites de ses ancêtres" pour se consacrer à l'écriture des futurs Essais. Soulignant les impasses du système de Sebond, les défaillances de la raison et les fautes de l’entendement, Montaigne aiguise ici sa plume, exerce et affûte sa pensée. Les Essais accordent une place de choix au livre et au philosophe catalan. Dans le chapitre 12 du livre II, Apologie de Raimond de Sebonde, le scepticisme de Montaigne triomphe : "Et nous, et notre jugement, et toutes choses mortelles vont coulant et roulant sans cesse. Ainsi il ne se peut établir rien de certain de l'un à l'autre, et le jugeant et le jugé étant en continuelle mutation et branle". Dans le même chapitre, la genèse de cette vaste entreprise est ainsi relatée : "Pierre Bunel, homme de grande reputation de sçavoir en son temps, ayant arresté quelques jours à Montaigne en la compagnie de mon pere, avec d'autres hommes de sa sorte, luy fit present au desloger d'un livre qui s'intitule Theologia naturalis ; sive, Liber creaturarum magistri Raimondi de Sebonde. Et par ce que la langue Italienne & Espagnolle estoient familieres à mon pere, & que ce livre est basty d'un Espagnol barragouiné en terminaisons Latines, il esperoit qu'avec bien peu d'ayde, il en pourroit faire son profit, & le luy recommanda, comme livre tres-utile & propre à la saison, en laquelle il le luy donna : ce fut lors que les nouvelletez de Luther commençoient d'entrer en credit, & esbranler en beaucoup de lieux nostre ancienne creance […] Or, quelques jours avant sa mort, mon père, ayant de fortune rencontré ce livre soubs un tas d'autres papiers abandonnez, me commanda de le luy mettre en François […] C'estoit une occupation bien estrange et nouvelle pour moy ; mais, estant de fortune pour lors de loisir, et ne pouvant rien refuser au commandement du meilleur père qui fut oncques, j'en vins à bout comme je peus ; à quoi il prit un singulier plaisir, et donna charge qu'on le fit imprimer ; ce qui fut exécuté après sa mort." Aussi Montaigne dédie-t-il naturellement l'impression de ses premiers travaux à la mémoire de son père, mort le 18 juin 1568 : "fuyant la charge que vous me donnastes l’année passe chez vous à Montaigne, i’ay taillé & dressé de ma main à Raimōd Sebon, ce grand Theologien & Philosophe Espaignol, un accoutrement à la française , & l’ay devestu, autant qu’il a esté en moy, de ce port farouche, & maintien Barbaresque, que vous luy vîtes premierement " (A Monseigneur / Monseigneur de Montaigne, 18 juin 1568). Très précieux exemplaire, grand de marges. D’une insigne rareté dans sa première reliure.
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