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Flaubert, Gustave
LETTRE AUTOGRAPHE À LOUISE COLET, SIGNÉE TON G., DATÉE NUIT DE LUNDI, MINUIT ET DEMI [6 JUIN 1853].
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Flaubert, Gustave
LETTRE AUTOGRAPHE À LOUISE COLET, SIGNÉE TON G., DATÉE NUIT DE LUNDI, MINUIT ET DEMI [6 JUIN 1853].
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R. & B. L. 藏書閣珍藏第七部分 十九世紀下半葉(1840–1898年)善本——初版-評論-親筆簽名信及手稿

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巴黎

Flaubert, Gustave
LETTRE AUTOGRAPHE À LOUISE COLET, SIGNÉE TON G., DATÉE NUIT DE LUNDI, MINUIT ET DEMI [6 JUIN 1853].
8 pages sur 2 bifeuillets in-4 (266 x 211 et 248 x 190 mm) à l’encre brune, enveloppe autographe avec marques postales, sous chemise demi-maroquin noir moderne.

Flaubert critique et créateur, avec un intéressant passage sur Madame Bovary.

Flaubert évoque la mort récente de la femme d’un ami de son père, le Dr Pouchet (un brave garçon, qui ne fait aucune clientèle et s’occupe exclusivement de zoologie). Il doit aller à l’enterrement, à Rouen. Suivent de longues et très belles réflexions sur l’égoïsme qu’il y a dans le fond de toutes nos commisérations cette faculté de s’assimiler à toutes les misères et de se supposer les ayant est peut-être la vraie charité humaine. Se faire ainsi le centre de l’humanité, tâcher enfin d’être son cœur général où toutes les veines éparses se réunissent.

Cet enterrement sera d’un dramatique très sombre, mais il ajoute : je trouverai là peut-être des choses pour ma Bovary [que Flaubert était en train de composer]. Il espère que son roman fera couler des larmes, mais d’un ordre supérieur. Aucun intérêt ne les provoquera et il faut que mon bonhomme (c’est un médecin aussi [Charles Bovary]), vous émeuve pour tous les veufs. Il est du reste habitué à de telles observations sur le vif : Je garde dans des tiroirs des fragments de style cachetés à triple cachet et qui contiennent de si atroces procès-verbaux que j’ai peur de les rouvrir.

Puis, il parle de l’échec d’une pièce de Louise Colet (Les Lettres d’amour) au Théâtre-Français et essaye de la consoler : Patience, tu auras ton jour et, après ton drame, tu feras ce que tu voudras. Lui, il enrage de voir les imbéciles applaudis, exaltés, et parle d’un article inepte lu dans une revue. En revanche, un article de Laurent-Pichat sur Hugo lui a fait plaisir: l’intention est bonne... Cependant, il avoue : Mais quand les pierres, à la fin, me tombent du cœur, elles restent pour toujours à mes pieds et aucune force humaine ensuite, aucune levier n’en peut plus remuer les ruines. Je suis comme le temple de Salomon, on ne peut plus me rebâtir. Il se plaint de ne pas avoir le temps de lire : Que je voudrais faire un peu d’histoire, que je dévore si bien, et un peu de philosophie, qui m’amuse tant ! Mais la lecture est un gouffre; on n’en sort pas.

Après avoir parlé des classiques, il évoque Madame Bovary, à laquelle il sent qu’il doit consacrer toutes ses forces : Il faut que mon livre se fasse, et bien, ou que j’en crève. Après, je prendrai un genre de vie autre. Mais ce n’est pas au milieu d’une œuvre si longue qu’on peut se déranger.

Puis il se moque d’un écrivain qui va en Orient : Quand je pense qu’un pareil monsieur va pisser sur le sable du désert ! et à coup sûr (lui aussi) publier un voyage d’Orient ! Lui-même, dans deux ans, pense faire un livre oriental, mais sans turban, pipes ni odalisques, de l’Orient antique. Suit un long développement critique sur Auguste Lacaussade et Leconte de Lisle.

Il vient de relire Montesquieu (une de ses grandes admirations), qui l’enthousiasme : Joli langage ! joli langage. Il y a par-ci par-là des phrases qui sont tendues comme des bisseps [sic] d’athlète — et quelle profondeur de critique. Toutefois, il estime que jusqu’aux très modernes, on n’avait pas l’idée de l’harmonie soutenue du style, des assonances et du mouvement de la phrase. Et il conclut : Plus je vais, moins je trouve les autres, et moi aussi, bons.

En juillet 1846, Flaubert rencontre Louise Colet dans l’atelier du sculpteur Pradier. Elle a dix ans de plus que lui. Le 29 juillet, elle devient sa maîtresse. Leur liaison tumultueuse durera jusqu’en mars 1848, Flaubert refusant de vivre à Paris et restant cloîtré à Croisset. Du 29 octobre 1849 à juin 1851, il voyage en Orient avec son ami Maxime Du Camp sans avoir prévenu Louise de son absence, mais à son retour, leur liaison recommence. Il lui fait part de ses tourments face à la rédaction de Madame Bovary (comme cette lettre le montre), il corrige les poèmes qu’elle lui envoie. La rédaction de Madame Bovary va durer cinq années. Louise Colet est toujours insatisfaite de la place qu’elle occupe dans la vie de Flaubert qu’elle voit trop peu ; le 6 mars 1855, ils se séparent définitivement, deux ans avant la parution de Madame Bovary.

Entre l’été 1846 et avril 1854 (avec une interruption entre avril 1847 et juillet 1851 et une dernière lettre de rupture en mars 1855), Flaubert a adressé 276 lettres à Louise Colet, lettres qui permettent de suivre l’évolution de ses théories esthétiques et critiques. 

Correspondance, éd. J. Bruneau, Pléiade, 1980, t. II , p. 345-350, avec la mention « Autographe non retrouvé ». Nombreuses petites erreurs de lecture.


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R. & B. L. 藏書閣珍藏第七部分 十九世紀下半葉(1840–1898年)善本——初版-評論-親筆簽名信及手稿

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