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R. & B. L. 藏書閣珍藏第七部分 十九世紀下半葉(1840–1898年)善本——初版-評論-親筆簽名信及手稿

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巴黎

Mallarmé, Stéphane
LETTRE AUTOGRAPHE SIGNÉE À ARMAND RENAUD, DATÉE TOURNON, 8 JANVIER 1864.
6 pages in-8 (203 x 133 mm), dont 4 sur un bifeuillet, papier de petit deuil avec son nom gravé sur la première page, sous chemise demi-maroquin noir moderne.

Rare lettre de jeunesse, charmante et amicale autant que littéraire.

Ami de la première heure, Armand Renaud (1836-1895), poète disciple d’Émile Deschamps, était par ailleurs fonctionnaire à l’Hôtel de Ville et, à ce titre, aida Mallarmé dans certaines démarches officielles, notamment pour sa nomination en Avignon ou pour obtenir un congé provisoire avec indemnité annuelle en janvier 1870. Cette lettre concerne un article perdu que Mallarmé venait d’écrire sur un recueil de Renaud, Les Caprices de Boudoir (Sartorius, 1864), dont Sainte-Beuve écrivait qu’il contenait « les ardentes peintures d’une imagination aigüe et raffinée ».

Mallarmé vient de terminer son article sur le livre de son ami : Pourra-t-il paraître à la fin du mois dans l’Artiste ? Je le désire de tout mon cœur (en fait, il n’y parut pas et l’on ignore s’il fut jamais publié). Il s’excuse de son retard, mais a été fort découragé : Puis est venu du soleil et j’ai grimpé huit jours sur nos coteaux où les rayons endormis ont de charmantes nuances vineuses. J’ai fait des vers, après cela. Puis, que sais-je ? L’ennui m’a coiffé de son chaperon de plomb. J’ai eu horreur de ma plume. Soulever les lourdes ténèbres de la vie journalière était trop de courage pour moi. J’ai dû attendre le premier instant lucide.

Il se livre ensuite à d’intéressantes et ironiques réflexions sur la critique littéraire : Il y a deux façons de faire un article de cette sorte. Quand on n’est pas fort épris du livre ou qu’on parle d’un poète inférieur, le plus simple est de s’écrier qu’il n’a jamais été rien fait de tel au monde, de citer le plus de vers possible, et de ponctuer chaque demi-phrase exclamativement. C’est tout le contraire qu’il a fait : Je ne me suis pas donné la peine de dire que j’avais à faire à l’excellent poète que vous êtes […]. Dédaignant toute cette banale mise en scène, j’ai simplement écrit les réflexions qu’avait fait naître en moi votre livre […] Je crois que le but d’un bon article est de constater et je laisse à la réclame les fanfares qui suivent la joie de cette constatation. Il précise : je n’ai jamais, malgré l’érotisme de plusieurs de vos vers, douté un moment de votre spiritualisme, et vous verrez […] ce qui m’avait conduit à subodorer votre réel tempérament poétique. Il l’autorise cependant à effacer ce mot s’il lui déplaît.

Il évoque leur ami commun Cazalis : son âme est un clair de lune d’une adorable limpidité [...] Vous connaissez aussi cette fée diaphane et toute faite de poésie, Nina Gaillard [Nina de Villars, amie de Verlaine et de Cros, entre autres]. J’en suis heureux. Suit un amusant passage sur le chemin de fer Lyon-Marseille : quatre poètes sur la Ligne ! A Lyon, Soulary. A Tournon, ce pauvre moi, et Glatigny [qui doit bientôt venir chez lui, à Tournon]. Enfin, l’infortuné Emmanuel [des Essarts], qu’on exile à deux pas d’ici, à Avignon. Venez donc. En post-scriptum, il parle de sa femme et d’émile Deschamps, dont il a vu annoncer une réédition de sa traduction de Roméo et Juliette. Que Renaud lui prête ce livre : Je suis trop pauvre pour l’acheter. Il lui recommande aussi de cacher à Armand Renaud la venue de Glatigny : Qu’on ne sache pas rue Neuve que Glatigny viendra bientôt chez moi. Enfin, il lui annonce l’envoi de vers de lui : J’ai le travail fastidieusement difficile.

Correspondance, éd. B. Marchal, Folio-Gallimard, 1995, p. 165-168 (qui précise, p. 662, ne pas connaître la localisation du manuscrit).


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