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Cocteau, Jean
IMPORTANTE CORRESPONDANCE AUTOGRAPHE SIGNÉE À SON AMI LOUIS GAUTIER-VIGNAL. JUILLET 1905-SEPTEMBRE 1963.
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Cocteau, Jean
IMPORTANTE CORRESPONDANCE AUTOGRAPHE SIGNÉE À SON AMI LOUIS GAUTIER-VIGNAL. JUILLET 1905-SEPTEMBRE 1963.
Ensemble de 34 lettres autographes, 8 cartes postales signées, un billet et un télégramme. 60 pages et demie sur 44 feuillets, de formats divers, pour les lettres et billet (in-16 à in-4). La plupart des enveloppes sont conservées. Encre ou mine de plomb.

Riche et longue correspondance entièrement inédite qui s’étale sur près de soixante ans : elle témoigne de l’amitié durable qui lia Jean Cocteau au comte Louis Gautier-Vignal (1888-1982).

On retient aujourd’hui Louis Gautier-Vignal comme l’un des amis de Marcel Proust, qu’il avait rencontré en 1914 (il rassemblera ses souvenirs en 1976 dans Proust connu et inconnu). Ce que l'on sait moins, c'est qu'il fut aussi un proche ami de Jean Cocteau. D'un an son cadet, Gautier-Vignal le rencontra probablement lorsqu'il monta de Nice, d’où il était originaire, à la capitale dans les années 1900 pour suivre des études de droit et de lettres. Intellectuel issu de la haute bourgeoisie comme Proust et Cocteau, Gautier-Vignal a écrit Médée (1931), une pièce d’inspiration mythologique comme certaines de celles de Cocteau, un recueil de poèmes et plusieurs biographies, dont celles de Machiavel, d’Erasme et de Pic de la Mirandole, ainsi que quelques romans et plusieurs essais.

Cocteau a une vingtaine d’années quand commence cet échange épistolaire ; il propose de lui présenter Mme de Noailles et ajoute, dans son style déjà très reconnaissable : "Je pense souvent à votre charmante figure de chèvre ardente à mordre l'arbuste et que la lune hypnotise. Lutter et souffrir avec un jeune cœur confère au visage une noblesse irrésistible" (août 1913). Un peu plus tard, il s’extasie des descriptions que son ami fait d’un Zeppelin (ces "pachydermes secrètes et aériennes m’attirent et m’intriguent") et se moque qu’une grande-duchesse lui adresse d’"étranges lettresaux feuillets numérotés mais qui peu[ven]t se lire dans n’importe quel ordre"). Le 21 janvier 1915, il console Gautier-Vignal de la perte de son frère, mort au combat, tandis que lui-même, à Paris, "barbote au milieu des rhumes et des deuils anonymes : un malaise de chaque réveil et une certitude que la terre mange et boit à sa soif, une serviette nouée au cou, avec des pactes et des haines humaines pour ‘excuse de civilisation honteuse'. Toujours l’escalope qui voudrait être le veau !". Resté à Paris, il envie "l’aventure solaire" que vit son ami retourné à Nice -- auquel il ordonne : "Cuisez-vous (à point), broutez de l’herbe, des olives, du sable, des anémones…" (23 septembre 1915) -- tout en lui demandant régulièrement de venir à Paris le voir : "RE-VE-NEZ" (1915). La vie qu’il dépeint à Paris n’est pas facile et il critique ce "public parisien immonde. Embrouille inexplicable. Sottise. Hâte à fouiller dans les tiroirs des absents. Arsènes Lupins et héros" (1916). C’est une constance de cette correspondance : Cocteau se plaint souvent d’être dans le froid parisien et félicite Gautier-Vignal d’être sous le soleil du Sud, comme il critique le mauvais goût qui règne dans la capitale : "actuellement le goût est vicié, on aime les affiches et les échafaudages, peu importe la maison. Quelques-fois affiches et échafaudages tiennent lieu de maison. Poésies ne saurait plaire. J’ai trop bien enlevé l’échafaudage et défendu d’afficher. Quelques âmes délicates et hautes peuvent comprendre. Je vous savais du nombre" (16 août 1920). C’est parfois Cocteau qui voyage, et de Londres (1921) ou du Lavandou où il est avec Radiguet (1922), il envoie des cartes postales.

Cocteau entretient son "vieux sioux de la tribu 'cœurs fidèles'" (1917) de leurs connaissances communes, de ses travaux ("C’est le travail qui m’a empêché de vous répondre -- vous savez que j’ai le diable au corps et que rien ne m’arrête", 13 avril 1918), ses rencontres, des spectacles auxquels il assiste ("Je trouve la chorégraphie de Nijinski bébête, petite et sans nouveauté !") ou de lectures en cours ("je viens de lire Balzac après 10 ans de méfiance. Je le trouve grotesque et ennuyeux", 1920). Quand avec Cendrars en 1918, il a l’intention de "faire de La Sirène une maison solide", il sollicite Gautier-Vignal pour réaliser une anthologie de Nietzsche, que son ami lui a fait découvrir en 1916 : "il s’agirait de prendre tous les Nietzsche en ordre page à page et de détacher toute phrase francophile ou germanophile. Ferions petit livre-tract : Nietzsche avec nous." (13 avril 1918).

Ces lettres documentent particulièrement bien les années 1913-1928 (une trentaine de lettres ou cartes). Par la suite, les lettres sont plus rares, sans que jamais l'amitié ne disparaisse ; ainsi, après un intermède dans leur correspondance, Cocteau écrit en 1954 : "Mon cher Louis, Passe me voir. […] Tu constateras que nos cœurs sont solides malgré le mur de silence." Malade dans les dernières années de sa vie, les lettres du poète mêlent tristesse et souvenirs d’enfance : "Bien triste sur le dos comme la grenouille morte dans nos bassins d'enfance. […] Tu te souviens de l'époque où tu croyais que du sang descendait dans tes pieds. On s'asseyait au bord des trottoirs. C'est de nos trottoirs que je t'embrasse" (1959). Enfin, un mois avant de mourir, Cocteau écrit une dernière fois : "je suis encore très malade et entouré de docteurs qui cherchent à me guérir des remèdes dangereux qui m'ont arraché à la mort sans me rendre la vie" (1963).

[On joint :]
Cendrars, Blaise. Billet autographe signé à Louis Gautier-Vignal (13 avril 1918), joint à une lettre de Cocteau, à propos d’une anthologie de Nietzche.

2 photographies (tirages argentiques vers 1915-1920, formats divers), montrant les deux amis dans leurs jeunes années, l’une avec la mère de Cocteau.

Références : Cl. Arnaud, Jean Cocteau, 2003. -- J. Biagini, Jean Cocteau… de Villefranche sur Mer, 2007, p. 16.

Sur Proust et Gautier-Vignal, voir lot 118.


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