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AMEDEO MODIGLIANI | Portrait inachevé de Paul Alexandre - rectoEtude de nu masculin - verso
Description
- 亞美迪歐·莫迪里安尼
- Portrait inachevé de Paul Alexandre - rectoEtude de nu masculin - verso
- huile sur toile
- 78,6 x 65,8 cm ; 31 x 25 7/8 in.
- Painted in 1913. - recto
Provenance
Par descendance au propriétaire actuel
Exhibited
Seoul, Hangaram Art Museum, Seoul Arts Center, Modigliani, Legend of Montparnasse, 2015, reproduit au catalogue n.p.
New York, The Jewish Museum, Modigliani unmasked, 2017, reproduit au catalogue p. 20
Condition
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Catalogue Note
L’histoire unissant Amedeo Modigliani à Paul Alexandre est bien plus que l’histoire d’une simple amitié. Il s’agit aussi de la relation extraordinaire entre un artiste et son premier mécène.
Les deux hommes font connaissance en novembre 1907, dans la mythique Maison du Delta à Montmartre, mise à la disposition de jeunes artistes par le docteur Paul Alexandre et son frère Jean. Passionné d’art, le jeune Paul Alexandre était alors interne à l’hôpital Lariboisière. Avec son frère, il constitua tout un cercle d’amis artistes connus sous le nom de "colonie du Delta" autour du sculpteur Maurice Drouart et des artistes Henri Doucet, Albert Gleizes, rejoints ensuite par le sculpteur Constantin Brancusi. Ce cercle s’installe en 1907 au 7 rue du Delta dans un local abandonné que, en échange d’un loyer modique, Paul et Jean Alexandre transformèrent en lieu d’échange et d’entraide pour les artistes.
C’est dans ce lieu que Paul Alexandre rencontre Amedeo Modigliani, arrivé depuis peu à Paris. Selon le témoignage rapporté par Noël Alexandre, son fils, "C’est Doucet qui l’a amené pour la première fois au Delta […]. Modigliani raconta à Doucet qu’il était expulsé du petit atelier qu’il occupait place Jean-Baptiste Clément et qu’il ne savait pas où aller… Doucet lui offrit de venir au Delta où il pourrait rester, s’il le voulait et où il pourrait loger avec ses affaires. C’est ainsi qu’a commencé mon amitié avec Modigliani. J’avais 26 ans, Modigliani 23, et mon frère Jean 21" (Modigliani Inconnu, p. 53-54).
Dès cette première rencontre, les deux hommes se lient d’une amitié profonde qui durera jusqu’en août 1914, lorsque le médecin est mobilisé et doit partir sur le front. Au cours de ces sept années, Paul Alexandre joua non seulement le rôle d’ami et de confident auprès de Modigliani, mais il fut surtout son seul soutien financier, acquérant en l’espace de quelques années des centaines de dessins et plusieurs tableaux majeurs, dont les œuvres présentées dans cette vente (lots 216-218).
Ce n’est qu’après sa mort en 1968 que cette fabuleuse collection fut redécouverte, notamment au travail mené par son fils Noël Alexandre. La présentation en vente pour la première fois du Portrait inachevé de Paul Alexandre, peint en 1913, ainsi que de deux dessins représentant également Paul Alexandre, jusque-là toujours restés propriété de la famille du modèle, est l’occasion de rendre un hommage au parcours exceptionnel de ce collectionneur visionnaire qui joua un rôle décisif dans l’envol de la carrière de Modigliani.
Modigliani et son premier mécène : Portrait de Paul Alexandre
"Tout de suite, j’ai été frappé par son talent extraordinaire et j’ai voulu faire quelque chose pour lui. Je lui ai acheté des dessins et des toiles, mais j’étais son seul acheteur et je n’étais pas riche. Je l’ai introduit dans ma famille. Il avait déjà, enraciné en lui, la certitude de sa propre valeur. Il savait qu’il était un initiateur, pas un épigone, mais il n’avait aucune commande. Je lui ai fait faire le portrait de mon père, de mon frère Jean et plusieurs portraits de moi" (Paul Alexandre, cité dans Noël Alexandre, Modigliani Inconnu, Paris, 1993, p. 59).
Le Portrait inachevé de Paul Alexandre fait partie des quelques tableaux que Paul Alexandre commanda à Amedeo Modigliani entre 1909 et 1913, en vue de soutenir financièrement le jeune artiste. Ce jeune médecin, collectionneur visionnaire, fut en effet le seul soutien financier et son seul acheteur pendant les premières années de Modigliani à Paris, lui permettant de persévérer dans son art. Cette relation profonde unissant les deux hommes permit également à Paul Alexandre de réunir la plus incroyable collection d’œuvres de cet artiste, conservant la quasi-totalité des dessins exécutés par Modigliani avant la guerre et acquérant plusieurs tableaux majeurs. Cette collection incroyable fut conservée précieusement, à l’abri des regards, jusqu’à sa mort en 1968, ce qui fera dire à Jeanne Modigliani : "c’était le type, de plus en plus rare, du collectionneur amoureux de l’art dans le sens le plus profond du mot, joie et désespoir des chercheurs : joie parce qu’il avait conservé intacte des œuvres d’une authenticité indiscutable, datant de la période de formation de Modigliani ; désespoir parce qu’il couvait jalousement ces œuvres et que personne n’avait jamais pu se vanter d’avoir vu la totalité de sa collection" (Jeanne Modigliani, Modigliani, Une Biographie, Paris, 1990, p. 64).
Le présent portrait s’inscrit dans une série de 5 portraits dont Paul Alexandre fit la commande à Modigliani entre 1909 et 1913. Datant de 1913, il est contemporain de Paul Alexandre devant un vitrage, aujourd’hui conservé dans les collections du Musée des Beaux-Arts de Rouen et se démarque radicalement, dans sa technique et sa palette, des portraits antérieurs, notamment des deux peints en 1909. Ce portrait de Paul Alexandre frappe avant tout par son incroyable modernité, qui lui vaut une place à part dans le corpus artistique de Modigliani : la stylisation des formes, la rapidité d’exécution, la spontanéité de la touche et le traitement particulièrement libre et audacieux de la matière et de la couleur montrent combien Modigliani portait déjà en germe tous les innovations de l’art du XXe siècle. Tandis que le traitement de la couleur, jouant sur les effets de transparence, montrent clairement l’admiration de Modigliani pour Cézanne, la quasi géométrisation des traits du visage témoigne quant à elle de l’influence de son travail de sculpteur dans ses tableaux. L’on y retrouve ainsi la même épure que dans les visages de ses cariatides de pierre, exécutées entre 1910 et 1913, réduits à quelques lignes.
Jusque-là en dépôt en Musée des Beaux-Arts de Rouen, ce portrait magistral, est toujours resté la propriété de la famille Alexandre. Rarement dévoilé aux yeux du public, si ce n’est à l’occasion de quelques prestigieuses expositions, en Corée puis au Jewish Museum de New York récemment (Modigliani Unmasked), ce portrait est non seulement l’occasion de remettre en lumière la relation exceptionnelle qui liait Amedeo Modigliani et le Docteur Paul Alexandre mais également d’apporter un éclairage nouveau sur les premières œuvres parisiennes de l’artiste.