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Verlaine, Paul

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描述

  • Verlaine, Paul
  • 13 lettres autographes à Jean Moréas, 5 février 1883-[février 1891].
  • ink on paper
23 p. in-8 et 11 enveloppes, montées sur onglets, interfoliées de papier vélin, en un volume in-8 (215 x 150 mm). Bradel maroquin vert janséniste, quadruple filet doré intérieur, étui (Stroobants).

Passionnante correspondance à l'auteur du premier manifeste symboliste, collaborateur à Lutèce et au Chat noir, à la fois ami et rival.



Par la première de ces lettres, Verlaine envoie son poème There, encore inédit et qui ferait une antithèse assez amusante à son Sonnet boiteux [deux poèmes sur Londres], avant d’évoquer sa "chétive personnalité", se définissant comme "le plus jeune des Parnassiens (avec M. Anatole France, je pense)", ayant publié ses premiers recueils en même temps que François Coppée. "La critique m’a été dure dès ce temps-là. Néanmoins mon nom n’a pas tout à fait sombré, -- et après environ six ans d’un silence volontaire, je suis absolument résolu à reprendre le combat, en prose, en vers, au théâtre et dans le journal au besoin. Vie orageuse, mais trouvé le port et suis maintenant l’homme qui se couche tôt et se lève tôt". Et Verlaine de citer ses recueils en préparation : Amour, Jadis et Naguère, Mémoires d’un veuf ainsi qu’un projet de tragédie en prose, Les Danaïdes.
Etant passé du "Cher monsieur" à "Cher ami", le poète propose des rendez-vous, que ce soit dans les cafés (au d’Harcourt, au Voltaire ou au François Ier), au cabaret du Chat noir ou encore chez la poétesse Marie Krysinska [membre actif des Hydropathes, des Zutistes et de la revue Le Chat noir]. En 1886, il félicite Moréas pour ses Cantilènes aux rythmes si hardiment menés, "j’aime surtout la bonne amertume, la bonne et forte amertume de votre très précieux livre, et je vous aime encore plus".
Hospitalisé à Broussais en novembre 1890, Verlaine donne les plus précis détails pour accéder à la salle Lasègue, espère recevoir le nouveau recueil de son ami, Le Pèlerin passionné, et demande qu'on lui apporte "soit un Rabelais soit quelque étude sur quelque poète moyenâgeux, renaissant ou antique, enfin quelque chose qui me sorte un peu de la crasse ignorance où [je] croupis sur certaines matières plus particulières entre toutes, pauvre de moi". La lettre est signée "Pablo Herlañes", pseudonyme utilisé par Verlaine pour la publication des Amies et de Femmes, et témoignant ici de la passion partagée avec Moréas pour le dramaturge espagnol Calderon de la Barca, dont ils projetèrent de traduire ensemble l'une des pièces (voir ci-dessous, lettre de Moréas jointe).



Les lettres suivantes concernent le banquet donné en l’honneur de Moréas le 2 février 1891, soirée présidée par Mallarmé et à laquelle Verlaine n'a pas été invité. Le poète exprime une hostilité manifeste à l’égard de la nouvelle génération, ironisant sur l’assentiment qu’on semble cependant solliciter de lui, traitant certains des jeunes amis de Moréas, de "conneaux" ou d’éphèbes à écarter "d'une grimace décourageante", se promettant d’éviter à l’avenir toutes les fréquentations "littéraires" pour leur préférer des réunions de "sans talent"…
Le 27 janvier 1891, il avoue qu'il avoir écrit à Mallarmé : "Après la farce de l’Echo de Paris où l’on m’a exclu du 'jury' où étaient tous mes camarades du Parnasse, -- et du concours, ça ce n’est qu’une saleté, pas une insulte. Après les 4 et 5 ans d’effroyable misère passés, il me serait dur d’être encore traité comme quantité négligeable et je proteste au nom de l’affection que vous dites me porter. […] Moi, comme vous, je suis un simple, plus simple encore que vous, malgré mes affreux retours paysan et faubourien, rusé, avide, madré pour rien, mais au fond simple et honnête en fait de rapport d’homme à homme. […] je redeviens, en plein Paris de cette 'jeunesse' l’homme des Ardennes, moins, malheureusement la piété pratique, que j’étais lorsque vous me connûtes. Un peu pédezouille, avec de sales yeux, parfois, de poète très irritable et très méchant… quand on l’attaque, même par derrière, comme c’est le cas présentement."
4 février 1891. Il remercie Moréas pour le toast [porté en son honneur lors du banquet] tout en se demandant quel "sale gosse" a encore monté Moréas contre lui à propos de son interview [qui paraîtra dans Le Figaro ce même 4 février mais dont Verlaine n’a pas encore pris connaissance] : "il n’y a rien été dit 'd’aigre-doux'. […] ça devient agaçant. On ne pourra bientôt plus dire un mot, même d’éloge indépendant, avec ces espèces !".
Le lendemain, ayant enfin lu cette fameuse interview, il somme Moréas de reconnaître sa parfaite innocuité : "vous voyez qu’il n’y a pas de quoi fouetter un chat et que votre ‘on’ en a encore une fois menti. Et merde à ce ‘on’-là qui nous voudrait brouiller".



Lettres éditées dans la Correspondance de Verlaine (Messein, 1929). Dans la Correspondance générale, tome I, la lettre du 5 février 1883 est mentionnée comme adressée à Charles Morice ou Léo Trézenik, fondateur de la Nouvelle Rive gauche (futur Lutèce).



Provenance : Louis Barthou (II, 1935, n° 1103).



[On joint :]
Moréas, Jean.
Les Cantilènes. Paris, Vanier, 1886. In-8. Bradel percaline bleue, pièce de titre japonisante. Coiffes et coupes frottées.
Edition originale, avec envoi autographe signé : "A mon cher maître Paul Verlaine son Jean Moréas".
A été relié en tête un feuillet de la revue La Vogue avec le portrait de Moréas.
Lettre autographe signée à Verlaine. Paris, 30 mars 1890 (2 pages in-8, lettre incomplète). A propos de leur "tant-grave et si très-gracieux Calderon" et de son propre Pèlerin passionné aux archaïsmes revendiqués "où, votre cher génie, ornement de la France, se trouve célébré avecque une parfaite loyauté, à défaut de docte duisante voix".

Condition

Les Cantilènes : Coiffes et coupes frottées
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