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AUX ARMES TALLEYRAND-PÉRIGORD

Nécessaire de voyage d'Alexandre Edmond de Talleyrand-Périgord (1813-1898), marquis de Talleyrand-Périgord, duc de Dino, en argent et vermeil, le coffre signé Aucoc Aîné, les pièces en argent, principalement par Charles-Auguste Péret, la chocolatière par Pierre-Noël Blaquière, les cuillères et la fourchette par Pierre-Antoine-Gabriel Gerbu, les couteaux par Antoine-Vital Cardeilhac, vers 1835
Lot. Vendu 11,250 EUR (Prix d’adjudication avec commission acheteur)
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AUX ARMES TALLEYRAND-PÉRIGORD

Nécessaire de voyage d'Alexandre Edmond de Talleyrand-Périgord (1813-1898), marquis de Talleyrand-Périgord, duc de Dino, en argent et vermeil, le coffre signé Aucoc Aîné, les pièces en argent, principalement par Charles-Auguste Péret, la chocolatière par Pierre-Noël Blaquière, les cuillères et la fourchette par Pierre-Antoine-Gabriel Gerbu, les couteaux par Antoine-Vital Cardeilhac, vers 1835
Lot. Vendu 11,250 EUR (Prix d’adjudication avec commission acheteur)
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Details & Cataloguing

Excellence Française

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Paris

Nécessaire de voyage d'Alexandre Edmond de Talleyrand-Périgord (1813-1898), marquis de Talleyrand-Périgord, duc de Dino, en argent et vermeil, le coffre signé Aucoc Aîné, les pièces en argent, principalement par Charles-Auguste Péret, la chocolatière par Pierre-Noël Blaquière, les cuillères et la fourchette par Pierre-Antoine-Gabriel Gerbu, les couteaux par Antoine-Vital Cardeilhac, vers 1835
à décor guilloché, chaque pièce gravée ou ajourée aux armes de Talleyrand accompagnées de la devise familiale RE QUE DIOU, comprenant théière (avec un manche amovible en écaille de tortue), chocolatière (manche amovible en écaille de tortue), pot à lait, timbale, deux tubes cylindriques, étui à cire rectangulaire, boîte cylindrique, lampe à huile circulaire, coquetier, deux paires de flacons en cristal taillé et couvercles en argent, deux paires de boîtes cylindriques en cristal taillé et couvercles en vermeil, deux autres boîtes , une plus grande boîte circulaire, cinq boîtes rectangulaires, encrier en cristal taillé et couvercle en argent, cuillère à dessert, fourchette à dessert, cuillère à thé en vermeil, couteau à fromage, couteau à fruits, tire-bouchons en métal, deux brosses à cheveux, trois accessoires, dont deux avec manche en écaille de tortue, un cuir à rasoir et un porte-document contenant trois grandes feuilles de papier buvard, une inscrite Mr Duplan greffier du 8e Ardent Place des Vosges Paris, dans un coffre en acajou signé Aucoc aîné Rue de la Paix, 4 bis Paris, le couvercle aux armes et à la devise de la famille Talleyrand-Périgord et filet de laiton
Quantité: 41
le coffre: 52,5 x 27 x 16 cm; the case: 20 2/3 by 10 1/2 by 6 1/3 in.
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Provenance

Alexandre Edmond de Talleyrand-Périgord; puis Marguerite de Talleyrand-Périgord (1832-1917), épouse du prince Henri de Ligne (1824-1871); puis par descendance jusqu’au propriétaire actuel.

Bibliographie

Références bibliographiques :
Anne Dion, Indispensables nécessaires, cat. exp. château de la Malmaison, Rueil-Malmaison, 2007;
Emmanuel de Waresquiel, Talleyrand le prince immobile, Paris 2003, rééd. 2006, pp. 547, 616 et 709 ;
Emmanuel de Waresquiel, Mémoires et correspondances du prince de Talleyrand, Paris, 2007, pp. 1427, 1461.

Description

Petit-neveu de l’illustre homme politique Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord par son grand-père, Archambaud de Talleyrand-Périgord (1762-1838), Alexandre Edmond est le fils du premier Alexandre Edmond de Talleyrand-Périgord (1787-1872) et de Dorothée de Brion (1793-1862), princesse de Courlande, duchesse de Dino, duchesse de Sagan. Il eut pour parrain une autre figure marquante de son temps, Alexandre 1er, tsar de Russie.

A Berlin en 1807, Talleyrand profite d’une mission diplomatique officieusement diligentée par Napoléon pour plaider la cause de son neveu auprès d’Alexandre 1er. Le Tsar – sur lequel le « Diable boiteux » eut l’influence que nous connaissons quant au dénouement des guerres napoléoniennes - intercéda auprès de la richissime duchesse de Courlande dont une fille restait à marier. Les liens de cette union malheureuse entre Dorothée et le neveu du diplomate se distendent rapidement et Dorothée se rapproche de son oncle par alliance, le charismatique Charles-Maurice de Talleyrand. Elle l’accompagne dans nombre de ses voyages officiels. En 1820, lorsque Talleyrand quitte Paris pour son château de Valençay, la mère d’Alexandre Edmond le suit. Elle est alors enceinte d’un troisième enfant dont le diplomate pourrait être le père. Ainsi, en séductrice infatigable, la duchesse de Dino multiplia les amants et, outre ses trois enfants légitimes, enfanta trois autres filles qu’elle ne reconnaitra pas.

Admis en 1827 à l’école Navale, Alexandre Edmond fut nommé capitaine de frégate en 1833 et démissionna de la Marine deux ans plus tard. Il servit ensuite plusieurs cours européennes avant de s’engager dans la Légion Etrangère en 1855. Installé à Florence, il épousera Valentine de Sainte-Aldegonde dont il eut cinq enfants. Il est donc vraisemblable que ce luxueux nécessaire de voyage ait été commandé à la Maison Aucoc pour l’accompagner à bord des frégates dont il avait le commandement. Chaque pièce de ce précieux nécessaire porte la devise des Talleyrand-Périgord, Re que Diou (Rien que Dieu). Elle fut adoptée au XIVe siècle par un autre illustre ancêtre de la famille, Elie de Talleyrand-Périgord (1301-1364), cardinal de Périgord, qui compta parmi les hauts dignitaires de la papauté en Avignon.

Fondée en 1821 par l’orfèvre et joaillier Casimir Aucoc, la Maison Aucoc quitta sa première adresse du 154 rue Saint-Honoré en 1835. L’entreprise sera ensuite dirigée par Jean-Baptiste Aucoc, de 1836 à 1856, puis par son fils Louis qui évoluera vers un style résolument Art Nouveau. Elle restera active jusqu’au début des années 1930.

A partir de 1821, Jean-Baptiste Casimir Aucoc, fils de quincailler né en 1796, loue à Maire, fabricant de nécessaires de voyages, sa boutique du 154 rues Saint-Honoré. De 1821 à 1825, il est associé au coutelier Charles Gavet. Seul à partir de 1825, il a le titre de fabricant de nécessaires du roi et des princes. « Sous la Monarchie de Juillet, Aucoc conserve le privilège de la clientèle royale. » (Anne Dion, op. cit.). Il livre un nécessaire au duc d’Orléans, un au duc de Nemour, un à la reine Marie-Amélie, ce dernier, en argent guilloché comme celui de Talleyrand, figure dans les collections du musée Hermès (Anne Dion, op. cit., p. 54, reproduit). A la veille de la révolution de 1848, son atelier emploie plus de soixante ouvriers. A l’Exposition Universelle de 1855, il est jugé, encore une fois, « sans contredit le premier fabricant d’orfèvrerie de nécessaires ». En 1839, il insculpte son poinçon qu’il biffera en 1856, date à laquelle il transmet son atelier à son fils, Louis Aucoc Aîné. En 1835, la Maison Aucoc quitte la rue Saint-Honoré pour s’établir au 6 rue de la Paix : nouvelle adresse que nous retrouvons gravée sur la serrure du coffre en acajou de notre nécessaire. Il pourrait ainsi dater de 1835, juste avant qu’Alexandre Edmond ne quitte la Marine.

En 1847, Alexandre Dumas Fils immortalisa la prestigieuse maison Aucoc dans son roman, La Dame aux Camélias. En se promenant rue Laffitte, Armand Duval voit l’annonce d’une vente après décès « de meubles et de riches objets de curiosité ». Les lots de la vente sont exposés in situ, dans un appartement de la rue d’Antin. Armand est ébloui par l’opulence des lieux. En entrant dans le cabinet de toilette, il sait pénétrer dans le sanctuaire de la défunte. Il reconnait en ces lieux le luxe singulier de l’intérieur d’une courtisane, pourvue par ses amants des plus raffinés exemplaires de mobilier et objets d’art : « Sur une grande table, adossée au mur, table de trois pieds de large sur six de long, brillaient tous les trésors d’Aucoc et d’Odiot. C’était là une magnifique collection, et pas un de ces mille objets, si nécessaires à la toilette d’une femme comme celle chez qui nous étions, n’était en autre métal qu’or ou argent. » Armand ignore alors qu’il se trouve chez Marguerite Gautier, son amour perdu.

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