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PROVENANT DE LA COLLECTION MAX JANLET

René Magritte
LA SALLE D'ARMES
Lot. Vendu 852,500 EUR (Prix d’adjudication avec commission acheteur)
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PROVENANT DE LA COLLECTION MAX JANLET

René Magritte
LA SALLE D'ARMES
Lot. Vendu 852,500 EUR (Prix d’adjudication avec commission acheteur)
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Details & Cataloguing

Art Impressionniste et Moderne

|
Paris

René Magritte
1898 - 1967
LA SALLE D'ARMES
signé magritte (en bas à droite), signé MAGRITTE et titré "LA SALLE D'ARMES" (effacé, sur le châssis)
huile et ripolin sur toile
77,7 x 62,6 cm; 30 3/8 x 24 3/8 in.
Peint en 1925 ou 1926.
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Provenance

Geert Van Bruaene, Bruxelles
Max Janlet, Bruxelles (acquis auprès du précédent en 1929)
Puis par descendance au propriétaire actuel

Exposition

Tokyo, National Museum of Modern Art & Kyoto, National Museum of Modern Art, Rétrospective René Magritte, 1971, no. 2, reproduit dans le catalogue n.p.
Paris, Galeries Nationales du Grand Palais, Peintres de l'imaginaire : symbolistes et surréalistes belges, 1972, no. 107, reproduit dans le catalogue p. 147
Bruxelles, Banque de Bruxelles, Magritte, 1972, listé dans le catalogue no. 1
Bruxelles, Palais des Beaux-Arts; Paris, Musée National d'Art Moderne, Rétrospective Magritte, 1978-79, no. 9, reproduit dans le catalogue n.p.
Bruxelles, Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique, Magritte, Broodthaers & l’art contemporain, 2017-18, no. 113, reproduit dans le catalogue p. 166
Bruxelles, Musée Magritte, en dépôt entre 2010 et 2019

Bibliographie

David Sylvester & Sarah Whitfield, René Magritte, Catalogue raisonné I : Oil Paintings 1916-1930, Anvers, 1992, no. 72, reproduit p. 164

Description

"Le surréalisme est révolutionnaire car il est l’ennemi irréductible de toutes les valeurs idéologiques bourgeoises qui retiennent le monde dans ses effroyables conditions actuelles."
Magritte, in Ligne de vie


UNE COLLECTION HISTORIQUE : LA FIGURE DE MAX JANLET

Max Janlet, premier propriétaire de La salle d’armes, est une personnalité élégante, discrète mais aussi incontournable, et qui est à rattacher à la grande tradition des collectionneurs belges de l'entre-deux-guerres et des trente glorieuses. Sa collection reflète tout l'élan d'une génération d'intellectuels et d'industriels amateurs d’un Surréalisme incarné par René Magritte, Paul Delvaux, Joan Miró, Max Ernst, d'Expressionnisme — Heinrich Campendonk, Constant Permeke, Frits Van den Berghe — et de l’Ecole de Paris avec Francis Picabia, Pablo Picasso, Maurice De Vlaminck, Serge Poliakoff, Victor Vasarely et Jean Dewasne. Max Janlet fait véritablement partie de cette poignée de collectionneurs belges dont les seuls noms évoquent l'imaginaire collectif, une époque composée de quelques amis qui se sont battus pour l'art moderne : Fernand Graindorge, Philippe Dotremont, Gustave Van Geluwe, Marcel Mabille, Bertie Urvater, Maurits Naessens, René Gaffé, Gilbert Périer, Léon Lambert, Pierre Janlet, Bénédict Goldschmidt, Pierre Crowet et Tony Herbert. Ces collectionneurs étaient avant tout des passionnés qui participaient à de nombreux comités et associations liés à l'art moderne tout en prêtant fréquemment leurs œuvres afin de faire la promotion de cette esthétique auprès du plus grand nombre. Enfin, la plupart ne se contentaient pas d'acheter des œuvres mais étaient proches des artistes dont ils étaient des compagnons de route et amis.

Max Janlet ne déroge pas à la règle. Né en 1903 à Saint-Gilles, il est le fils de Félix Janlet, industriel et décorateur de talent, et le frère de Pierre Janlet, également collectionneur mais aussi galeriste et marchand qui tient un rôle central au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles dès sa création en 1928. Après des études à l’Athénée royal d’Ixelles, il suit une formation autour de l’architecture de jardin à Gembloux et à l’Académie des Beaux-Arts de Bruxelles, pour finalement assister son père dans la Société familiale rebaptisée Janlet et Fils. Très tôt, comme son père et son frère, Max Janlet se passionne pour la musique et l’art, et l’escrime dont il sera champion de Belgique en 1928 ! Il commence sa collection dans les années 1920, autour de dons de son père ou d'artistes dont il fréquente les ateliers comme Constant Permeke et Creten-George. Ses premiers achats personnels se portent d'emblée sur l'art le plus moderne de son temps : un Frits Van den Berghe acheté dès 1925 au Cabinet Maldoror, des René Magritte acquis dès les années 1920 à Geert van Bruaene ou Odilon-Jean Périer, un Max Ernst à la galerie Le Centaure en 1927… En amateur éclairé, il enrichit sa collection avec des Gustave De Smet, Joan Miró, Heinrich Campendonk, André Derain, Edgard Tytgat ou René Guiette rachetés aux marchands Walter Schwarzenberg et Paul-Gustave Van Hecke après le krach boursier de 1929. Par la suite il étend encore ses choix auprès de Paul Delvaux, Georges Braque et Pablo Picasso ou, dans les années 1950, avec des artistes de l'Ecole de Paris. Un de ses derniers achats fut un Jean Dewasne en 1970.

En 1976, après son décès, il lègue par testament 50 œuvres de sa prestigieuse collection au Musée d'Ixelles et 2 œuvres aux Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique dont L’Amiral d’Arcimboldo. La salle d’armes de René Magritte fait partie des œuvres de l’artiste achetées très tôt par Max Janlet, dès 1929 pour celle-ci, auprès du marchand Geert Van Bruaene qui dirigeait la galerie mythique Le Cabinet Maldoror.


Si La salle d’armes est une œuvre majeure en raison de sa provenance, l’une des plus prestigieuses collections belges de l’entre-deux-guerres, c’est également une toile exceptionnelle compte tenu de sa date d’exécution. Daté de 1925-26, ce tableau illustre à merveille cette période où Magritte fréquente les cercles dadaïstes bruxellois et fait suite à la révélation que fut pour lui la découverte de l’œuvre de Chirico : "En 1910, Chirico joue avec la beauté, imagine et réalise ce qu’il veut.[…] Il peint Le chant d’amour où l’on voit réunis des gants de chirurgien et le visage d’une statue antique. Cette poésie triomphante a remplacé l’effet stéréotypé de la peinture traditionnelle. C’est la rupture complète avec les habitudes mentales propres aux artistes prisonniers du talent, de la virtuosité et de toutes les petites spécialités esthétiques. Il s’agit d’une nouvelle vision où le spectateur retrouve son isolement et entend le silence du monde." (Louis Scutenaire, Avec Magritte, pp. 73-74)

Traversant alors un contexte de difficultés économiques, l’artiste a recours à une toile de jute et à de la peinture industrielle, vraisemblablement de la peinture d’ameublement, pour réaliser ce tableau. L’analyse radiographique de cette œuvre, réalisée par le Centre européen d’Archéométrie de l’Université de Liège sous la direction de Catherine Defeyt et David Strivay, révèle par ailleurs l’existence d’une composition sous-jacente, vraisemblablement une abstraction géométrique caractéristique de la période immédiatement précédente aux premiers tableaux surréalistes. Ce tableau se révèle donc crucial dans la compréhension de la chronologie de l’œuvre de Magritte. Il appartient à cette poignée d’œuvres peintes dans cette période charnière qui marque véritablement le virage vers le surréalisme. Comme de nombreux autres artistes surréalistes, Magritte assimile sa conversion au surréalisme à une forme de renaissance. Il qualifie ainsi dans son autobiographie sa première toile surréaliste, La fenêtre, peinte quelques mois seulement avant La salle d’armes, de "premier tableau": "C’est en 1924 que René Magritte trouve son premier tableau. Il représente une fenêtre vue d’un intérieur. Devant la fenêtre, une main semble vouloir saisir un oiseau qui vole. Des rappels de recherches antérieures figurent encore dans ce tableau, dans certaines parties ‘traitées plastiquement’ selon le jargon délaissé déjà." (René Magritte, Esquisse autobiographique, 1954, p. 10)

Devant l’abstraction du réel qui lui apparaît comme un rideau placé devant ses yeux, Magritte engage déjà dans cette œuvre une réflexion sur la réalité et l’illusion, thème qui deviendra capital dans toute son œuvre. Toute la poésie du réel caractéristique de l’univers de Magritte est donc déjà présente dans cette composition qui porte en elle les ferments du surréalisme. L’artiste fait le choix de mettre en scène les objets dans un contexte inédit, rappelant la phrase de Lautréamont : "beau comme la rencontre fortuite sur une table de dissection d’une machine à coudre et d’un parapluie". Magritte se dirige vers la théorie des objets bouleversants, illustrée ici par la présence incongrue d’une tête à l’envers de mannequin féminin. La femme devient donc objet. Sur le côté, la table repose sur des pieds en bois tournés caractéristiques de Magritte qui, bientôt, les détachera de leur support pour les décliner hors contexte parmi certaines de ses compositions les plus célèbres : Le Jockey perdu ou La Traversée difficile. La modernité de ce tableau repose également sur le caractère théâtral de cette boîte dans laquelle se déploient ces objets incongrus et qui semble inviter le spectateur à entrer sur scène. La cible au centre du tableau préfigure déjà le Pop Art, thème qui sera décliné à de nombreuses reprises par l’un de ses représentants principaux, Jasper Johns. Ainsi, La salle d’armes confirme à quel point Magritte est l’un des artistes les plus précurseurs et influents du XXe siècle.

Art Impressionniste et Moderne

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