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PROVENANT DE LA COLLECTION SERGIO TOMASINELLI

Man Ray
PERPETUAL MOTIF
Estimation
12 00018 000
Lot. Vendu 37,500 EUR (Prix d’adjudication avec commission acheteur)
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27

PROVENANT DE LA COLLECTION SERGIO TOMASINELLI

Man Ray
PERPETUAL MOTIF
Estimation
12 00018 000
Lot. Vendu 37,500 EUR (Prix d’adjudication avec commission acheteur)
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Details & Cataloguing

Modernités : de Rodin à Soulages

|
Paris

Man Ray
1890 - 1976
PERPETUAL MOTIF
signé Man Ray et numéroté 20/40 sur la face inférieure
métronome et photographie d'oeil lenticulaire
Hauteur: 22,2 cm; 8 3/4 in.
Conçu dans sa première version en 1923 et exécuté en plusieurs exemplaires uniques et des variantes en 1932, 1944, 1948 et 1957-61, et en trois éditions en 1965 (sous le titre Indestructible Object, édition de 100, Edition MAT), 1970 (sous le titre Perpetual Motif, édition de 40, Il Fauno, Turin) et 1974 (édition de 100, Mario Amaya, New York Cultural Center), cet exemplaire est le no. 20 de l'édition de 1970, produite par Luciano Anselmino.
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Provenance

Luciano Anselmino, Galleria Il Fauno, Turin (acquis directement de l'artiste)
Acquis auprès du précédent par le propriétaire actuel vers 1975

Bibliographie

Man Ray, Oggetti d’affezione, Milan, 1970, no. 20, illustration d'un autre exemplaire (“Objet à détruire”)
Arturo Schwarz, Man Ray, The Rigour of Imagination, Londres, 1977, fig. 331, illustration du dessin de 1932, Object to be destroyed; fig. 332, illustration d'un autre exemplaire de Perpetual Motif de la même édition, p. 218
Jean-Hubert Martin, Rosalind Krauss & Brigitte Hermann, Man Ray: Objets de mon affection, Sculptures et Objets, Catalogue raisonné, Paris, 1983, no. 31, illustration d'un autre exemplaire p. 46

Description

MAN RAY (1890-1976) et LUCIANO ANSELMINO (1943-1979)

Luciano Anselmino commença sa carrière chez Fiat, au service des relations extérieures. Vers 1967, il prit la décision de changer de carrière et ouvrit la galerie Il Fauno à Turin. C’est peu de temps après cela que j’eu la chance de faire la connaissance d’Anselmino et de découvrir sa galerie.

J’ai tout de suite trouvé son approche différente de celle des autres galeristes actifs à Turin à cette époque. Parfaitement polyglotte, il accordait la même importance aux artistes étrangers qu’aux artistes italiens. J’ai souvent eu l’opportunité de visiter les expositions qu’il organisait, qu’il s’agisse de celles dédiées à Chirico, Isgro et Carol Rama ou de celles mettant en avant André Masson, Graham Sutherland, Mark Tobey, Hans Richter, Andy Warhol ou encore Man Ray. Parmi tous ces artistes, c’est pour Man Ray qu’il éprouvait la plus forte fascination et la toute première œuvre d’art que j’acquise d’Anselmino fut une aquarelle de Man Ray, Les Beaux Temps. Par la suite, j’ai pu rencontrer Man Ray à deux reprises lorsque ce dernier se rendit à Turin et assista aux vernissages des expositions qui lui étaient consacrées par la galerie d’Anselmino.

Le soutien apporté par Anselmino à Man Ray ne se limita pas à l’activité de la galerie. Il collabora également avec des musées américains et japonais ainsi qu’avec des critiques d’art partout dans le monde pour promouvoir le travail de Man Ray. Il lui consacra de nombreuses publications dans plusieurs catalogues ainsi que dans sa propre revue d’art Quinta Parete et publia le premier volume du catalogue raisonné de l’œuvre graphique de Man Ray. Signe de la générosité dont fit toujours preuve Anselmino envers ses amis et artistes, ces derniers lui montrèrent une loyauté sans faille.

Man Ray ne fit pas exception à la règle. Au-delà de la sincère amitié qui les unissait, Man Ray choisit Anselmino pour devenir son représentant attitré en Europe. En témoignent la multitude de dédicaces amicales de l’auteur, les déclarations écrites par Man Ray devant des témoins (10 mars 1971), sa délégation de pouvoir auprès d’un notaire (Maître Perotti à Turin, acte du 22 mai 1972) ainsi qu’une autre, manuscrite, du 1er janvier 1974 par laquelle il transfère à Anselmino l’expertise et l’authentification de ses œuvres dans le monde.

Leur collaboration resta active jusqu’à la fin de la vie de Man Ray. En 1976, année de la mort de Man Ray, un de leurs derniers projets communs fut la réimpression de l’ouvrage A Book of Divers Writings d’Adon Lacroix et dans l’exemplaire appartenant à Anselmino, l’on trouve cette émouvante dédicace manuscrite de Man Ray à son ami : “I say – what’s new, Luciano? Here’s what’s new, Man. Thank you, Luciano. Man Ray 1976.”

Sergio Tomasinelli
(Septembre 2017)

Les propos et opinions exprimés ci-dessus n’engagent que leur auteur.

Man Ray et Luciano Anselmino : l'artiste et son marchand

Man Ray appréciait la liberté, à la fois artistique et personnelle, avant toute autre qualité. Son désir de liberté l’amena à travailler à partir de n’importe quel support, pour peu qu’il soit le mieux adapté à son sujet, qu’il s’agisse de la peinture ou de la photographie, de la création d’objets ou des gravures. Les productions complexes et variées de Man Ray se posèrent comme un défi pour tous les marchands d’art. Luciano Anselmino fut parmi les charismatiques marchands d’art italiens à rechercher des méthodes innovantes de promotion de Man Ray au cours des années 1960 et 1970, au terme de la carrière de l’artiste.

Anselmino rencontra Man Ray en 1968, peu après avoir ouvert sa Galleria Il Fauno à Turin. Les deux hommes devinrent bons amis, malgré une différence d’âge de plus de 50 ans. Au cours des 8 années qui suivirent, et jusqu’à la mort de l’artiste en 1976, Anselmino fit inlassablement la promotion du travail de Man Ray et lui fournit un soutien matériel, qu’il soit à son domicile à Paris ou pour financer des voyages à l’étranger. Il organisa six one-man shows dans sa propre galerie et fut impliqué dans bien d’autres lieux commerciaux et musées de par le monde. Dans un courrier adressé à Man Ray en 1973, en route entre Tokyo et Los Angeles, Anselmino se dépeint comme "l’ambassadeur – volant" de l’artiste.

Tel Alexander Iolas, le célèbre marchand grec pour qui il était en quelque sorte son protégé, Anselmino était un commerçant engagé, faisant habilement rayonner le travail de Man Ray auprès de nouveaux publics et collectionneurs. Il consolida et capitalisa sur la réputation de Man Ray en tant que figure centrale du dadaïsme et du surréalisme, l’encouragea à présenter de nouvelles versions de ses œuvres historiques parallèlement à des peintures récentes. Parmi celles-ci figurent des éditions d’objets célèbres – il parraina presque 20 éditions comprenant les œuvres novatrices Perpetual Motif, Ce qui manque à nous tous, Pechâge et Cadeau – ainsi que des portfolios photographiques, un grand nombre de gravures et de lithographies ainsi que des facsimilés de publications dadaïstes sélectionnées.

Alors que Man Ray occupait une place particulière dans l’écurie d’Anselmino – le marchand signa l’une de ses lettres à l’artiste "ton fils" - il organisa également des expositions d’artistes appartenant à- et gravitant autour de la sphère surréaliste - Marcel Duchamp, Max Ernst, Hans Bellmer, Hans Richter – ainsi que la génération suivante, comprenant Christo, Allan Kaprow, Carol Rama, Yves Klein et Andy Warhol, qu’il représentait en Italie. Généreux par nature, il encouragea la collaboration entre ses artistes, une posture qui devint célèbre lorsqu’en 1974, il commanda à Andy Warhol une série de portraits de Man Ray, créés d’après les polaroïds de Warhol datant d’une séance de photographie organisée par Anselmino dans l’atelier de Man Ray à Paris l’année précédente. Les portraits de Man Ray réalisés par Warhol furent présentés, en collaboration avec Iolas, dans sa galerie de Milan en 1974, galerie qu’Anselmino reprit entièrement l’année suivante et où il continua de travailler jusqu’à son décès en 1979.

"Si, au cours de toutes ces années, j’ai continué à aimer l’art, je te le dois entièrement. C’est la vérité pleine et entière. J’ai commencé à apprécier l’art en regardant tes œuvres […] Je connais ta vie presque aussi bien que la mienne et je t’admire, et je te tiens en haute estime car tu es toujours resté cohérent et fidèle à ton art, même dans ta vie privée. Tu t’es transformé en chef d’œuvre."(Luciano Anselmino, lettre à Man Ray, 1er janvier 1973).

Andrew Strauss
Co-auteur du Catalogue raisonné de Man Ray
Vice-Président de Sotheby's France
(Septembre 2017)

Sotheby's remercie profondément Edouard Sebline, spécialiste de la vie et de l'oeuvre de Man Ray, pour sa contribution et son expertise apportée à la préparation de ce catalogue.

PERPETUAL MOTIF

Motif Perpétuel est l’un des objets les plus célèbres de Man Ray, de construction faussement simple, et renfermant toutefois une multiplicité de sens variant avec chaque version et chaque nouveau titre. Utilisant un simple métronome mécanique ordinaire, Man Ray accrocha au balancier une photographie découpée représentant l’œil d’une femme afin que celle-ci lui tienne compagnie pendant qu’il travaillait dans son atelier. La toute première version date de 1923, et fut intitulée Objet à détruire. Man Ray se souvient :

"J’avais un métronome chez moi, je l’utilisais quand je peignais – comme le pianiste lance son métronome lorsqu’il commence à jouer – son cliquetis rythmait la fréquence et le nombre de mes coups de pinceaux. Plus il allait vite, plus je peignais vite, et si le métronome s’arrêtait, je savais que je peignais depuis trop longtemps, que j’étais en train de me répéter, que ma peinture n’était pas bonne et que j’allais la détruire. Un peintre a aussi besoin de son public, donc j’ai accroché cette photo d’un œil sur le balancier du métronome afin de créer l’illusion d’être observé lorsque je peignais. Un jour, je n’ai pas accepté le verdict du métronome, le silence était insupportable et puisque je l’avais nommé, dans une certaine prémonition, Objet de Destruction, je l’ai réduit en miettes" (cité de Arturo Schwarz, Man Ray, The Rigour of Imagination, Londres, 1977, p. 206.)

L’œuvre prit un tout autre sens en 1932, lors de sa rupture avec Lee Miller, qu’il avait rencontrée en 1929 et qui était devenue sa muse, son amante et sa collaboratrice artistique. Bouleversé par le départ de Miller, il imagina une nouvelle version de l’œuvre à appeler Objet de Destruction, publiant un dessin de l’œuvre dans un journal avant-gardiste, accompagné du texte suivant :

"Découper l’œil à partir d’une photographie de l’être qui fût aimé, mais que l’on ne voit plus. Accrocher au balancier d’un métronome et ajuster le poids en fonction du rythme désiré. Laisser faire jusqu’à la limite de l’endurance. Avec un marteau, bien cibler et détruire l’ensemble d’un seul geste" (Man Ray, “Objet de Destruction (Dessin de Man Ray),” This Quarter, septembre 1932, p. 55.)

Le désir de Man Ray de voir cette œuvre se faire détruire finit par se réaliser au cours d’une manifestation d’étudiants en école d’art contre l’exposition dadaïste où l’œuvre était présentée, à Paris en 1957. Peut-être pour en assurer la survie, Man Ray fut encouragé à créer des versions ultérieures, à la fois des exemplaires uniques pour ses amis, ses collègues et ses éditions, ajoutant parfois un nouveau titre. L’œuvre Objet Indestructible fut créée pour l’Edition MAT de l’artiste Daniel en 1965, et Motif Perpétuel pour Luciano Anselmino en 1970 – similaire à l’œuvre présentée ici – bien que comportant une évolution cruciale : il remplaça la photographie de l’œil de Lee Miller par une image lenticulaire, de manière à donner l’illusion d’un clignement d’œil au fil du balancement du métronome. Man Ray expliqua : "finalement, cela me dérange de répéter la même chose, donc j’ai introduit une légère variation, j’ai modifié l’œil du métronome. Eh bien, étant donné que c’est la troisième fois que je réitère cette œuvre, je vais l’intituler Motif Perpétuel " (Schwarz, op. cit., p. 206.).

"J’ai pensé à organiser une vente aux enchères à la galerie des objets, en réservant le métronome pour la fin, puis, lorsque l’objet serait adjugé, je l’aurais écrasé avec le marteau tout en annonçant 'Vendu' ". (Man Ray, lettre à Julien Levy, 28 février 1945 ; Julien Levy Gallery records, Philadelphia Museum of Art Archives)

Modernités : de Rodin à Soulages

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