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Important bas d’armoire « à Hercule enfant faisant des bulles de savon » en marqueterie en première-partie d’écaille brune de tortue, laiton, placage d’ébène et bois noirci, bronze doré,d’époque Régence, vers 1730-1735, attribué à l’atelier d’André-Charles Boulle et de ses fils
Lot. Vendu 597,000 EUR (Prix d’adjudication avec commission acheteur)
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Important bas d’armoire « à Hercule enfant faisant des bulles de savon » en marqueterie en première-partie d’écaille brune de tortue, laiton, placage d’ébène et bois noirci, bronze doré,d’époque Régence, vers 1730-1735, attribué à l’atelier d’André-Charles Boulle et de ses fils
Lot. Vendu 597,000 EUR (Prix d’adjudication avec commission acheteur)
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Details & Cataloguing

Excellence Française

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Paris

Important bas d’armoire « à Hercule enfant faisant des bulles de savon » en marqueterie en première-partie d’écaille brune de tortue, laiton, placage d’ébène et bois noirci, bronze doré,d’époque Régence, vers 1730-1735, attribué à l’atelier d’André-Charles Boulle et de ses fils
ouvrant à trois portes, les bordures à godrons et oves, les moulures à feuilles d’eau, les écoinçons en équerre à volute, les entrées de serrure à têtes de coq et lyre, ouvrant par un vantail central à ressaut à décor de rinceaux feuillagés et arabesques centré d'un bas-relief en bronze représentant Hercule enfant faisant des bulles de savon sur un support trapézoïdal et surmonté d’un angelot tenant un ruban et des attributs de musique, les deux portes grillagées dans des encadrements en marqueterie, les panneaux latéraux ornés de mascarons, reposant sur une base à décor de rosaces, l’intérieur contenant un coffre-fort fixe en placage d’amarante et doublé de métal ; (la rosace du tablier rapportée)
Haut. 143,5 cm., larg. 211 cm., prof. 50 cm. ; Height 56 1/2 in., width 83 in., depth 19 2/3 in.
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Provenance

Provenance :
- Collection de Barthélemy-Auguste Blondel d’Azincourt, puis vente à Paris le 10 février 1783, n° 414
- Collection du baron Pierre Nicolas van Hoorn van Vlooswyck, puis vente à Paris le 22 novembre 1819, n° 576, acheté par Escudier 870 francs
- Collection de Melchior, marquis de Vogüé (1805-1877)
- Collection de Louis, marquis de Vogüé (1868-1948), resté dans la descendance jusqu’à l’acquisition du meuble par l’actuel propriétaire dans les années 1960
- Collection particulière, Paris

Exposition

- Exposition inaugurale, «Trésors des Collections Privées, les Chefs-d’œuvre du mobilier français », du 7 au 15 mars 1998, Sotheby’s, galerie Charpentier, Paris
- « André-Charles Boulle, Un nouveau style pour l’Europe », du 30 octobre 2009 au 31 janvier 2010, Francfort

Bibliographie

Bibliographie :
- J.-N. Ronfort et al., « André-Charles Boulle, Un nouveau style pour l’Europe », pp. 256-257, n. 28

Références bibliographiques :
- A. Pradère, Les ébénistes français de Louis XIV à la Révolution, Tours, 1789
- A. Pradère, « Baron Van Hoorn : an Amateur of Boulle, Antiquity, and the Middle Age under the Empire », in Furniture History Society, vol. XLIII, 2007, pp. 205-225
- A. Pradère, « Lerouge, Le Brun, Bonnemaison, le rôle des marchands de tableaux dans le commerce du mobilier Boulle, de la Révolution à la Restauration », in Revue de l’art, n° 184, février 2014
- J.-P. Samoyault, « Les meubles Boulle dans les palais royaux sous Louis-Philippe », in Bulletin du Centre de recherche du château de Versailles, 2015
- V. Pruchnicki, Arnouville, le château des Machault au XVIIIe siècle, Paris/Montreux, 2013

Description

Les bas d’armoire « à Hercule enfant faisant des bulles de savon » dans le corpus d’André-Charles Boulle


Créé par André-Charles Boulle dès 1700, ce type de bas d’armoire à trois portes, dont une en avant corps fut largement réalisé dans l’atelier du maître pendant tout le premier tiers du XVIIIe siècle (fig. 1).

Il existe plusieurs variations dans les décors et l’arrangement, comme par exemple celui illustré, entre autres, dans A. Pradère, (op. cit. p.73) avec des figures de Pomone, Flore, Mars ou Bacchus (fig.2).

Notre meuble et ses pendants sont toutefois uniques dans l’œuvre d’André-Charles Boulle et de son atelier. Ils se distinguent par le dessin de la marqueterie et le décor en bronze doré. Le bas-relief d’Hercule enfant faisant des bulles de savon, reposant sur un support trapézoïdal est connu comme appartenant au répertoire de Boulle par un dessin où il apparait sur « un corps d’armoire » (fig. 3) et sur un cartel reproduit sur la seconde planche du recueil gravé par Mariette.

Le pendant de notre meuble en marqueterie en première partie est conservé dans une collection privée américaine, il possède un masque ailé sur le haut du vantail central (ancienne collection Maurice Segoura, Paris), voir (fig. 6).

La paire de pendants en marqueterie en contre-partie fut acquise par le duc de Brissac chez qui elle fut saisie lors de la Révolution puis conservée au Louvre avant son transfert pour meubler la chambre de Louis XIV à Versailles où elle se trouve encore aujourd’hui (inv. V2324 et V2325), voir (fig. 4).

La construction et les assemblages de notre meuble plaident pour une réalisation dans l’atelier d’André-Charles Boulle et de ses fils, vers 1730-1735 ce que confirme un rapport de dendrochronologie réalisé en 2008 à l’occasion de l’exposition de Francfort sur notre meuble (fig. 5) et la paire en contre-partie conservée au musée du château Versailles.

Un autre modèle de bas d’armoire, orné du même bas-relief sur le panneau central, présente de nombreuses analogies avec notre meuble (vente Sotheby’s Paris, le 14 mai 2014, lot 89).

Le répertoire des bronzes dorés est typiquement boullien, comme les écoinçons à crosse, le motif d’enfant allongé se retrouve (avec des ailes) sur un cartel (seconde planche du recueil de Boulle), le mascaron barbu avec feuilles de lierre sur les côtés est présent sur le vantail du cabinet "Colbert de Villacerf" des collections du duc de Buccleuh à Boughton House, les entrées de serrure à têtes de coq appraissent sur la paire de commodes dites Mazarines de Versailles. A cet égard, il est intéressant de noter que l’une des plaques possède au revers une marque en creux (non visible sur le dessus) composée de L entrelacés, marque également présente sur l’entrée de serrure de la commode « en tambour » (vente Sotheby’s Paris, le 5 novembre 2015, lot 305), sur celles des commodes Mazarines, livrées pour le roi Louis XIV à Trianon en 1708 (information aimablement communiquée par messieurs Yannick Chastang et Frédéric Dassas).


Des provenances successives prestigieuses :

Blondel d’Azincourt :

Notre meuble est pour la première fois identifié dans la collection de Barthélemy Blondel d’Azincourt (1719-1783), où il est décrit avec son pendant dans le catalogue de vente sous le n° 414.

La vente s’est déroulée à Paris le 10 février 1783 :


Le fils d'Augustin Blondel de Gagny, Barthélémy Blondel d’Azincourt (1719-1795) succéda à son père, Augustin Blondel de Gagny, comme intendant des Menus-Plaisirs. Tout comme lui, il fut un amateur éclairé, collectionnant aussi bien les dessins et les tableaux de ses contemporains que les objets de curiosités, les coquillages ou les pierres gravées antiques. Il racheta de nombreuses oeuvres de la collection de son père. Sa grande curiosité l’amena d’ailleurs à rédiger un petit traité à l’usage des amateurs intitulé La Première Idée de la curiosité, où l’on trouve l’arrangement, la composition d’un cabinet, les noms des meilleurs peintres flamands et leur genre de travail (Paris, 1749). A la fin de sa vie, cette même réputation d’homme de goût lui fît intégrer l’Académie royale de peinture et de sculpture, successivement comme associé libre, puis, en 1782, comme honoraire amateur.

Le manuscrit de Blondel d’Azincourt est un document très intéressant qui nous permet de nous faire une idée sur l’état de la discussion sur l’arrangement des collections dans les cabinets de tableaux, très répandus à l’époque.

Achetée par le marchand de tableaux Donjeux pour 1.030 livres, la paire réapparait dans l’une des plus importantes collections de meubles Boulle de la fin du XVIIIe siècle, celle du baron van Hoorn.


Van Hoorn :

Pierre-Nicolas Van Hoorn van Vlooswyck (1743-1809), riche hollandais qui avait quitté Amsterdam pour effectuer le Grand Tour en 1789 avait longuement séjourné en Italie avant de s’installer à Paris vers 1795-1798. Dans la préface du catalogue de sa vente après décès, le marchand et expert Lebrun fait état d’une collection « aussi célèbre pour la magnificence, le nombre et la rareté des objets qui la composent, une des plus importantes que l’on ait connues ». Son inventaire, ainsi que le catalogue de sa vente indiquent sa prédilection pour les meubles de rangement à trois portes de Boulle appelés « cabinets », au nombre de dix parmi la cinquantaine de meubles d’André-Charles Boulle et de ses successeurs qu’il possédait. Le catalogue de vente distingue les meubles de Boulle, ceux en marqueterie dans le genre de Boulle qui forment ce que le Lebrun qualifie de « la plus riche collection connue de beaux meubles du fameux Boule ». Parmi les dix dénombrés (quatre paires et deux décrites séparément) plusieurs ont été identifiés par A. Pradère dans la vente qui s’est déroulée le 22 novembre 1809 dont :

- notre meuble, avec son pendant est décrit sous le n° 576, avec des panneaux de glace.


- la paire de bas d’armoires avec les figures des Saisons sous le n° 577 qui rejoignit les collections royales anglaises et se trouve encore à Windsor Castle.

- la paire de bas d’armoires décrite sous le n° 578 qui se trouve dans une collection privée parisienne.

- la paire de bas d’armoires avec un bas-relief d’Hercule enfant faisant des bulles de savon, provenant de la collection Randon de Boisset, sous le n° 580 (voir vente Sotheby’s Paris, le 14 mai 2014, lot 89 puis galerie Steinitz).

- l’armoire provenant de la collection Wildenstein vendue chez Christie’s à Londres le 14 décembre 2005, lot 5.


Vogüé :

Le marquis Léonce de Vogüé (1805-1877), descendant d’une des plus anciennes familles de l’aristocratie française, épousa en 1836 Henriette de Machault, l’arrière-petite-fille de Jean-Baptiste de Machault d’Arnouville, contrôleur général des Finances puis ministre de la Justice et enfin ministre de la Marine de Louis XV, grand amateur et collectionneur d’art.


Les trois enfants de Jean-Baptiste de Machault héritèrent de leur père mais le hasard des décès concentra la collection entre les mains du troisième de ses fils, Charles Henri Louis (1747-1830) qui eut lui-même trois enfants dont deux filles, la comtesse de Choiseul et la comtesse de Varanglard. Une fois encore l'essentiel de la collection se maintint entre les mains du dernier représentant des Machault : Eugène Charles (1783-1867) qui n'eut qu'une fille, Henriette (1808-1864), qui apporta par son union l’essentiel de la collection Machault aux Vogüé. Elle fut installée en 1868 dans un très bel hôtel particulier, nouvellement bâti, de la rue Fabert et occupé par Melchior de Vogüé jusqu’à sa mort en 1877. La collection regroupait un ensemble très important de mobilier Boulle, des objets d’art, porcelaines montées et des tableaux de maîtres anciens. L’étude des documents d’archives et inventaires ne permet ni d’établir une origine Machault, ni de savoir comment notre bas d’armoire intégra la collection Vogüé.

Léonce Melchior de Vogüé précisait dans son testament " Toute cette collection, provenant de sa famille (de son épouse née Machault) et de la mienne et en particulier celle des meubles de Boulle et porcelaines montées, aura d'autant plus d'intérêt qu'elle restera réunie..."

L’inventaire rédigé après son décès ainsi que des photographies anciennes permettent d’identifier certaines pièces et d’apprécier la somptuosité des lieux et la collection.

A la mort de Léonce, c’est son petit-fils Louis de Vogüé (1868-1948) qui hérite de l’hôtel particulier et de toutes les collections qui le meublent. Ce n’est qu’au décès de Louis de Vogüé, au milieu du XXe siècle que la collection est dispersée et que certains meubles et objets apparaissent sur le marché de l’art. Notre bas d’armoire, acquis à cette période se reconnait, avec une armoire à médailles aux figures de Socrate et Aspasie sur une photographie prise vraisemblablement au moment de cette succession (fig. 9).

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