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Rare paire de chandeliers à deux lumières à décor de magot en porcelaine blanche, les montures en argent Paris, 1726-1732
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Details & Cataloguing

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Paris

Rare paire de chandeliers à deux lumières à décor de magot en porcelaine blanche, les montures en argent Paris, 1726-1732
chaque magot assis, une jambe croisée, les pieds se touchant, enveloppé d'une monture en argent simulant une branche se terminant par des binets gravés d'éléments architecturaux, d'oiseaux et de fleurs, sur des bases en argent appliquées et ciselées de coquillages, serpents, fleurs et lézards


H. 15,8 cm ; 6 1/4 in.
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Bibliographie

REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES
J. Ayers, Chinese and Japanese Works of Art in the collection of Her Majesty the Queen, Londres, 2016, vol. 1, p. 105
H. Belevitch-Stankevitch, Le Goût Chinois en France au temps de Louis XIV, Genève, 1970, pp. 149-150
D. Kisluk-Grosheide, “The Reign of Magots and Pagods”, dans The Metropolitan museum of art, n° 37, 2002, p. 181
M. Bimbenet-Privat, Les Orfèvres et l’orfèvrerie de Paris au XVIIe Siècle, Paris, 2002, vol. I., pp. 408-409
M. Bimbenet-Privat, La Datation de L’Orfèvrerie Parisienne sous L’Ancienne Régime, Paris, 1995, pp. 104, 108, 112 et 116
C. Le Corbeiller, “Oriental-Inspired Figure Sculpture”, dans Discovering the Secrets of the Soft-Paste Porcelain at The Saint-Cloud Manufactory ca. 1690-1766, cat. exp. Bard Graduate Studies for the Decorative arts, New York, 1999, p. 293
L. H. Roth et C. Le Corbeiller, French Eighteenth-Century Porcelain at the Wadsworth Atheneum, The J. Pierpont Morgan Collection, The Wadsworth Atheneum, 2000, p. 17

Description

Cette paire de candélabres d’un exotisme idéalisé s’inscrit dans la fascination pour l’Orient qui a profondément influencé la culture de l’Occident à partir du milieu du XVIIe siècle. Dès les années 1630, Amélie de Solms, épouse de Frédéric-Henri Prince d’Orange, compte parmi les premiers collectionneurs de porcelaines chinoises importées par la Compagnie néerlandaise des Indes Orientales (Vereenigde Oostindische Compagnie). Ses filles, Louise Henriette - épouse de l’électeur de Brandebourg - et Albertine Agnès - épouse de William Frédéric de Nassau Dietz -, s’emploient activement à diffuser cette mode en Allemagne. L’auteur Daniel Defoe met au crédit de Marie Stuart, épouse de Guillaume d’Orange et - par conséquent - petite-fille par alliance d’Amélie, d’avoir introduit en Angleterre l’« habitude ou humeur, comme je l’appellerais, de meubler les maisons avec de la porcelaine de Chine » [custom or Humour as I may call it of furnishing houses with China ware…].

Dès le début du XVIIe siècle, les Français s’avèrent d’avides collectionneurs d’objets d’Extrême-Orient. Alphonse Lopez, réfugié espagnol installé en France depuis 1610 et financier du cardinal de Richelieu, achète à Amsterdam « mille curiosités des Indes » pour les revendre aux enchères publiques à Paris (cf. H. Belevitch-Stankevitch, op. cit.). De plus, tous les ans à Pâques, pendant les cinq semaines de la foire de Saint-Germain-des-Prés, des marchands portugais exposent leurs curiosités directement importées d’Orient. La demande française en porcelaine de Chine est si intense que la duchesse de Cleveland, maîtresse de Charles II, vend sa collection à Paris en 1678. Le Mercure de France décrit l'événement qui se déroule pendant la foire d'été de Saint-Laurent, rue du Faubourg Saint-Denis (cf. H. Belevitch-Stankevitch, op. cit.).

Cet engouement frénétique pour l’Orient atteint son paroxysme en France dans la collection de figurines en porcelaine. Désignés sous les noms de Pagodes ou Magots - ces deux termes étant indifféremment employés pour les représentations de Mortels et d’Immortels d’Extrême-Orient -, ces figurines sont collectionnées seules ou comme élément d’un objet d’art. Dans son Encyclopédie de 1765, Diderot évoque avec ironie « Ce règne des Magots ». Madame de Pompadour, grande ambassadrice de cette mode, acquiert deux girandoles sur des magots gris auprès du marchand-mercier Lazare Duveaux. En 1745, la reine Marie Leszczyńska en personne écrit au marquis d’Argenson « et vous savez comme je suis à mon aise avec mes pagodes » (D. Kisluk-Grosheide, op. cit.). En 1740, une gravure publicitaire de l’illustre marchand-mercier Edmé-François Gersaint représente une accumulation de trésors d’Extrême-Orient, dont un gigantesque magot posé sur une armoire en laque (voir fig. 1). Le modèle de la gravure est de François Boucher, connu pour avoir représenté des magots à de nombreuses reprises, notamment dans sa série à l’eau-forte des Quatre Eléments (1740).

En 1768, le catalogue de la vente après-décès du secrétaire de Louis XV, Jean-Louis Gaignat, donne une idée de la valeur de ces figurines en blanc de Chine. Un exemplaire du catalogue illustré par Gabriel de Saint-Aubin donne une description précise des lots présentés à la vente. Sous le lot 109, Saint-Aubin représente un magot comparable aux nôtres (pour une figurine similaire en porcelaine blanche de Chantilly, vers 1735-40, cf. Linda H. Roth, op. cit., n ° 17). Ce lot et les suivants sont qualifiés au catalogue comme « de première qualité, des plus agréables & des plus précieux. ». Il est d’ailleurs adjugé à un montant astronomique représentant 1/20ème de celui atteint par le lot 16 de la vente, le Portrait de Guillaume Richardot et de son fils par Anton Van Dyck, acquis par Louis XVI en personne et aujourd’hui au Louvre (inv. n° INV1244). Un autre catalogue illustré par Saint-Aubin, celui de la vente Maximilien Radix de Sainte-Foix, du 22 avril 1782 et les jours suivants, représente à nouveau un magot comparable aux nôtres monté en bronze doré, lot 101 (voir fig. 2).

Les enjeux financiers sont tels que ces magots comptent parmi les premières copies de modèles chinois par les manufactures françaises venant d’acquérir la maîtrise de la porcelaine. En 1731, Dominique Chicaneau fait la réclame pour «tous types de figures grotesques» de Saint Cloud, tandis que Cinquaire Cirou obtient en 1735, par lettre patente, le droit de fabriquer de la porcelaine «pareille à celles qui se faisaient antérieurement au Japon». Or, nous savons que les débuts de la porcelaine à Chantilly datent de 1731, alors que la manufacture n’a été ouverte qu’un an plus tôt et que Cirou vient d’en être nommé directeur.

Nos deux magots devaient tenir une sorte de bâton dans les mains qui, dans le modèle chinois, était probablement le manche d'un sceptre de Ruyi. Signalons une paire de candélabres aux magots en blanc de Chine comparables, montée en bronze doré, vendue par Christie’s à Paris, le 14 avril 2015, lot 86. Un modèle pour ce type de magots en blanc de Chine, issu des fours de Dehua, se trouve depuis le XVIIe siècle dans les collections de Burghley House. Il était déjà décrit dans l’inventaire de 1688 comme «1 Ball’dor fryor (sic) [magot] assis, garde-robes de Madame » (consultable en ligne : https://collections.burghley.co.uk/collection/a-chinese-figure-of-budai-kangxi-1662-1722/). En l'état actuel de nos recherches, le lieu de production de nos magots n'a pas encore été établi.

De nos jours, nous ne dénombrons plus que de rares exemplaires de porcelaines montées en argent du XVIIIe siècle. Cette rareté est probablement davantage due au changement du goût pendant les années 1740 - au profit du bronze doré - qu’aux lois somptuaires qui ont mené tant de pièces d’orfèvrerie à la fonte. Les quelques porcelaines montées en argent qui nous sont parvenues sont généralement de forme moins élaborée, le plus souvent des bols ou des gobelets, loin d’égaler les montures complexes de nos candélabres. Un autre candélabre formant encrier avec une figurine en porcelaine du Japon montée en argent par Paul Leriche, Paris, 1726-1732, provenant de la collection D. David-Weill, a été vendu en 1971 (sa vente Palais Galliera, Paris, 24 novembre 1971, lot 41 ; voir fig. 3). Le traitement naturaliste de la monture en forme de branche feuillagée et le travail de ciselure des binets sont parfaitement comparables à ceux de nos chandeliers. Il est rare que les montures en argent de l’époque portent le poinçon du maître orfèvre. La marque de Paul Leriche, connu pour avoir monté en argent de nombreuses pièces en porcelaine blanche de la manufacture de Saint Cloud, figure sur la plupart des montures poinçonnées répertoriées, (cf. C. Le Corbeiller, op. cit., p. 297). Enfin, soulignons que sur les douze pièces d’orfèvreries connues poinçonnées par Leriche, onze d’entre elles portent le poinçon de décharge de 1726-1732, comme les montures de nos candélabres.

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