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Jusepe de Ribera, called lo Spagnoletto
TÊTE DE FEMME PORTANT UN VOILE AVEC DEUX PETITES FIGURES NUES DESSUS
Estimation
40 00060 000
Lot. Vendu 112,500 EUR (Prix d’adjudication avec commission acheteur)
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Jusepe de Ribera, called lo Spagnoletto
TÊTE DE FEMME PORTANT UN VOILE AVEC DEUX PETITES FIGURES NUES DESSUS
Estimation
40 00060 000
Lot. Vendu 112,500 EUR (Prix d’adjudication avec commission acheteur)
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Details & Cataloguing

Traits et Portraits : Une Collection Particulière

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Paris

Jusepe de Ribera, called lo Spagnoletto
JÁTIVA, VALENCIA 1591 - 1652 NAPLES
TÊTE DE FEMME PORTANT UN VOILE AVEC DEUX PETITES FIGURES NUES DESSUS

Provenance

Vente anonyme, Paris, Boisgirard-Antonini, 18 décembre 2013, lot 222 (comme Ecole d'Italie du Nord vers 1600) ;
Galerie Artur Ramon Art, Barcelone ;
Acquis auprès de cette galerie.

Bibliographie

V. Farina, 'Ribera's Satirical Portrait of a Nun', Master Drawings, LII, no. 4 (2014), pp. 471-480, reproduit p. 472, fig. 1 ;
G. Finaldi, Jusepe de Ribera. The Drawings, cat. expo., Madrid, Museo Nacional del Prado, Seville, Fundación Focus, et Dallas, Meadows Museum, SMU, 2016, pp. 324-325, cat. no. 135, reproduit p. 325 (notice par E. Cenalmor, G. Finaldi, E. Payne).

Description

Le présent dessin est un merveilleux exemple du talent de dessinateur de Ribera, combiné à un réalisme expressif unique, typique de l’esprit vif et non conventionnel de l’artiste. C’est l’une des feuilles les plus intrigantes de son corpus. Comme l’a suggéré Viviana Farina (voir Bibliographie), la première à avoir attribué ce dessin à Ribera, il pourrait s’agir d’un portrait dessiné d’après nature. Cette tête de vieille femme, décrite avec précision et subtilité, porte un voile serré autour du visage et un collier de perles ressemblant à un chapelet lui tombe sur la poitrine. Cela pourrait indiquer que le modèle était une vieille religieuse, identifiée par Farina à Suor Eufrosina (née Donna Vittoria de Silva), fondatrice et mère supérieure du couvent franciscain de Santissima Trinità delle Monache à Naples.

Cette étude, magnifiquement exécutée à la seule sanguine, un médium que Ribera exploita si efficacement tout au long de sa carrière, est dessinée avec délicatesse et précision, laissant la couleur naturelle du papier renforcer les effets de clair-obscur qui animent les traits du visage. Cette image spirituelle et intense pourrait en effet bien avoir été exécutée d’après nature. C’est une caractéristique qui distingue cette œuvre des autres représentations de têtes grotesques et satiriques où les particularités des traits du visages sont accentuées et jouent un rôle bien plus important que dans le présent dessin. Ici, la tête de la vieille femme est légèrement tournée vers le côté mais le spectateur peut toujours voir son regard fixe et déterminé. Celui-ci paraît dirigé vers le bas mais, comme le note Farina, seul son œil droit semble fonctionner, tandis que « l’orbite de l’œil gauche révèle un vide sous une arcade sourcilière balafrée, vraisemblablement le résultat d’un grave accident ». Selon Farina, « des détails si précis et inhabituels laissent penser que le modèle était quelqu’un que Ribera connaissait en personne ».

Contrairement à la finition délicatement raffinée du visage, d’autres parties, comme le voile et les épaules, sont exécutées beaucoup plus librement et ombrées par des lignes parallèles d’une grande maîtrise. Les perles du rosaire ont aussi une fonction importante, remplissant un espace autrement vide et créant des contrastes forts et lumineux. L’effet de cette image est savamment calibré, bien que toujours spontané, et c’est seulement au deuxième coup d’œil que l’on aperçoit les deux petites figures, peut-être des acrobates, qui s’étalent au-dessus du voile de la vieille femme, le tenant presque en place. Leur présence transforme le dessin d’un simple portrait en une image satirique et énigmatique, même un peu dérangeante, et qui appartient à un genre que l’on trouve ailleurs dans les dessins de l’artiste. Dans la notice de ce dessin dans le récent catalogue d’exposition, et dans le catalogue raisonné des dessins de Ribera (voir Bibliographie), Cenalmor, Finaldi et Payne rapprochent ces étranges figures au-dessus de la tête de la vieille femme à des personnages de « Liliputiens » présents dans d’autres dessins de caprices datant de la fin des années 1620 à la fin des années 1630. On peut citer en particulier les feuilles représentant un Homme masqué avec de petites figures grimpant le long de son corps (Madrid), un Homme portant un large manteau avec, sur sa tête, une petite figure d’homme nu portant une bannière (New York), un Homme portant un bonnet phrygien avec de petites figures grimpant dessus (Philadelphie) et une Tête grotesque avec de petites figures sur son chapeau (Collection particulière)1. De plus, Farina a suggéré que ces figures acrobatiques pourraient avoir été inspirées par des sculptures ou des dessins pour des projets d’arts décoratifs tels que l’Etude pour un coffret (Musée des Offices) ou les Etudes de grotesque (Musée du Louvre) de Salviati2.

Notre dessin a été également été comparé, aussi bien par Farina que par Cenalmor, Finaldi et Payne, à l’Etude de tête grotesque avec des goitres et oreilles pointues, une sanguine conservée au Fitzwilliam Museum à Cambridge (fig. 1)3. Brown considérait cette dernière comme étant dessinée d’après nature, d’après le modèle qui avait servi à Ribera pour réaliser son eau-forte d’une Grande tête grotesque (fig. 2)4. Dans son étude où elle met en relation le dessin du Fitzwilliam Museum avec deux eaux-fortes de l’artiste, la Petite tête grotesque et la Grande tête grotesque, Farina identifie la date de 1622 présente sur la première gravure comme « le point de référence chronologique pour ce type d’œuvre ». Elle considère, pour des raisons stylistiques, que notre dessin peut être daté vers le milieu des années 1620. Cenalmor, Finaldi, et Payne, en revanche, pensent qu’il devrait être daté vers la fin des années 1630 « en raison de sa liberté d’expression et de l’analogie thématique avec d’autres dessins comme la Tête grotesque avec des petites figures sur son chapeau et la Tête grotesque d’un homme barbu avec le bonnet phrygien5 ».

Ribera était clairement fasciné par les physionomies grotesques, le liant ainsi à la tradition léonardesque des têtes grotesques et à l’éternelle fascination humaine pour les anomalies et les monstruosités. La présente feuille, montrant une image quelque peu plus réaliste que la plupart des dessins et gravures de l’artiste aux mêmes sujets, semble ajouter une dimension plus intime et sensible au fort sens de la satire et du grotesque de Ribera.

1. Madrid, Museo Nacional del Prado, inv. no. D8743; New York, The Metropolitan Museum of Art, inv. no. 1981.395 ; Philadelphie, Museum of Fine Art, inv. no. 1984-56-8 ; Collection particulière ; Jusepe de Ribera, The Drawings, op. cit., 2016, cat. nos. 62, 110, 111, 132, respectivement
2. Florence, Offices, Gabinetto di Disegni e Stampe, inv. no. 1612 E ; Paris, Louvre, inv. no. RF536 ; Farina, op. cit., 2014, p. 477, fig. 9, p. 478, fig. 10
3. Cambridge, The Fitzwilliam Museum, inv. no. PD.26-1958 ; Jusepe de Ribera, The Drawings, op. cit., 2016, cat. no. 16, repr.
4. Voir Bibliographie, 2016, p. 88, p. 68, fig. 7.1
5. Respectivement : Collection particulière, et Oxford, Ashmolean Museum, inv. no. WA 1863.1480 ; Jusepe de Ribera, The Drawings, op. cit., 2016, cat. nos. 132, 133

Traits et Portraits : Une Collection Particulière

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