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Pierre Prévost
PANORAMA DE PARIS VU DEPUIS LE PAVILLON DE FLORE
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Pierre Prévost
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Details & Cataloguing

Tableaux Dessins Sculptures 1300-1900

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Paris

Pierre Prévost
MONTIGNY-LE-GANNELON 1764 - 1823 PARIS
PANORAMA DE PARIS VU DEPUIS LE PAVILLON DE FLORE
Aquarelle, gouache et crayon sur différentes feuilles de papier marouflées sur toile
825 x 4905 mm ; 32 1/2 by 193 1/8 in.
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Provenance

Acquis à Vienne dans les années 1930 par le grand-père des propriétaires actuels ;
Par descendance jusqu’aux propriétaires actuels ;
Belgrade, collection privée.

Description

Inédit, exécutée à la gouache et à l’aquarelle sur un ensemble de feuilles raboutées sur une longueur totale de presque 5 mètres, cette exceptionnelle Vue de la ville de Paris, prise depuis le Pavillon de Flore, est un témoignage capital de ce qui fut l’un des divertissements populaires les plus en vogue du XIXe siècle : le panorama.

Inventé par Robert Barker (1739-1806) à la fin du XVIIIe siècle, le panorama consiste en une gigantesque peinture (en général autour d’une trentaine de mètres de long) se développant à 360° sur le mur intérieur d’une rotonde, donnant aux spectateurs qui se trouvent au centre de cette rotonde, l’impression d’être au cœur du paysage représenté (fig. 1). Le principe d’illusion du panorama repose sur ce point de vue central des visiteurs, qui sont ainsi complètement immergés dans leur environnement, en général une vue d’une ville étrangère ou d’un paysage exotique, représenté avec la plus grande fidélité topographique. Les règles de l’optique et de la perspective, parfaitement maîtrisées et appliquées avec précision, définissent l’espace et confèrent à l’ensemble une impression de réalité troublante qui fut à l’origine de l’immense succès du procédé.

Peints sur d’immenses toiles et de ce fait particulièrement fragiles ou encombrants, la plupart de ces panoramas furent malheureusement détruits, volontairement ou involontairement, et il n’en reste que très peu encore visibles (le plus célèbres de ces survivants et le Panorama Mesdag – du nom du peintre qui l’a exécuté – à La Haye). C’est donc un témoignage rare et extrêmement précieux que cette magnifique Vue de Paris prise du Pavillon de Flore.

Robert Barker (1739-1806) fut le créateur du premier panorama en 1787, qui représentait une vue d’Edimbourg et qu’il exposa dans son propre domicile de Londres. A la suite de cette première tentative au résultat mitigé, Barker poursuivit son effort par la création, en 1793, d’un panorama de Londres. Ouvrant un bâtiment plus adapté sur Leicester Square, il connut enfin le succès, entraînant à sa suite d’autres artistes qui poursuivront le développement de ce nouveau divertissement, d’abord en Grande-Bretagne, puis sur le continent.

L’époque est propice à la réussite de ce type d’entreprise. Les voyages se développent et commencent à se démocratiser, et la curiosité des habitants de Londres, de Paris ou de Berlin devient le moteur de nouvelles distractions dont le panorama va grandement bénéficier, devenant rapidement et dans toute l’Europe l’une des sources de divertissement majeure du siècle. Ses promoteurs exposent puis font voyager dans les grandes capitales ces œuvres imposantes et fragiles, à la manipulation délicate, les exposant à une dégradation rapide, ce qui explique qu’il en reste aujourd’hui si peu. Ce n’est qu’avec l’avènement du cinéma que le panorama perdra de son importance, avant de disparaître tout-à-fait au début du XXe siècle.

En France, les premiers panoramas voient le jour à la toute fin du XVIIIe siècle. En avril 1799, l’américain Robert Fulton (1765-1815) obtient un brevet d’exploitation lui permettant d’importer en France ce concept. Dès l’été 1799, on peut admirer dans la capitale française une Vue de Paris depuis les Tuileries, exécutée sous sa direction par le peintre français Pierre Prévost, assisté de Constant Bourgeois, Denis Fontaine et Jean Mouchet. Paysagiste formé dans l’atelier de Pierre-Henri de Valenciennes, Pierre Prévost (1764-1823) sera, avec le colonel Jean-Charles Langlois (1789-1870), le plus important représentant français dans ce genre jusqu’à sa mort en 1823, exécutant de nombreux panoramas de diverses villes comme Amsterdam, Lyon, Londres, Athènes et Jérusalem, ainsi que des scènes militaires. C’est à lui que revient l’œuvre proposée ici, exécutée sans doute entre 1810 et 1812.

En 1814 est en effet exposé à Vienne, dans la rotonde appartenant à Mme Barton, sise dans les jardins du Prater, un panorama représentant une nouvelle Vue de Paris prise depuis le Pavillon de Flore. Or, selon toute vraisemblance, Pierre Prévost en est le concepteur. S’étant rendu à Vienne en 1809 afin de préparer un panorama de la ville autrichienne qu’il exposera en 1812 à Paris, il y a vraisemblablement connu Mme Barton et conçu l’idée de présenter cette nouvelle vue de la capitale française (sur la genèse de ce projet, voir la notice très complète de Bernard Comment dans le catalogue Un panorama de Paris et ses environs – Tableaux-Dessins 1680-1840, galerie J. Kugel, Paris, 1996, p. 52-60).

La présente œuvre constitue manifestement l’un des travaux préparatoires, particulièrement fini, à l’exécution du panorama à sa taille définitive. Une autre œuvre préparatoire à cette Vue de Paris exposée à Vienne existe. De taille plus importante (H. 640 ; L. 8170 mm ; collection privée, voir le catalogue de la galerie Kugel de 1996 cité ci-dessus) et mise au carreau pour un report sur la toile à grandeur, elle n’est pas totalement achevée mais constitue sans doute l’étape intermédiaire entre notre version et le panorama définitif.

Le lien entre cette œuvre et la vue présentée à Vienne chez Mme Barton est confirmé par la table d’orientation du panorama de Vienne (fig. 2), gravée et distribuée aux visiteurs afin qu’ils puissent se repérer et reconnaître les différents monuments et sites de la ville. Il en existe une version en allemand et une version en russe, soit que le panorama ait ensuite quitté Vienne pour Saint-Pétersbourg, soit, comme l’explique Bernard Comment (op. cit. p. 55), que la brochure ait été également destinée aux troupes russes, nombreuses à stationner à Vienne à l’époque.

Si quelques variantes mineures subsistent dans les détails (en particuliers les figures qui peuplent la vue), la comparaison entre le prospectus et notre œuvre ne laisse pas de place au doute. Le point de vue similaire, le même rapport aux distances, et surtout la correspondance exacte des bâtiments (hormis le Palais des Tuileries, qui a disparu du présent panorama, probablement coupé lors d’une précédente manipulation) permettent d’établir un lien sans ambiguïté entre notre œuvre et le panorama à grandeur du Prater de Vienne.

Quant à la date, elle correspond également, si l’on veut bien se pencher sur les monuments en place et sur l’aspect du Louvre et du quartier l’environnant. Ainsi l’Arc de Triomphe du Carrousel est bien dépeint, mais sans la figure de Napoléon en aurige, sculptée par Lemot, qui avait été déposée à la demande même de l’Empereur en 1812. D’autre part le percement de la rue de Rivoli n’est pas encore achevé, et l’on distingue encore les bâtiments qui longent les jardins et qui seront bientôt détruits.

Notons également le choix volontaire de Prévost de ne pas faire figurer, dans la cour du Louvre et celle du Carrousel, le quartier qui y existait encore et qui ne sera totalement détruit que sous le Second Empire. Comme l’indiquait le chroniqueur Heinrich Klauren après sa visite du Panorama exposé au Prater, dans ses Kurze Bemerkungen auf langen Berufswegen (Dinkelsbühl, 1816 ; cité et traduit par B. Comment, op. cit., p. 55) : « La petite inexactitude qui consiste à présenter la place du Carrousel comme si elle était déjà finie, et dans la disposition qui sera la sienne par la suite, a dans ce magnifique tableau un effet d’une vérité si parlante, qu’on se croit transporté au milieu de Paris ». Il ajoute un peu plus loin : « L’illusion est tellement saisissante que le spectateur a de la peine à se souvenir qu’il voit tout cela alors qu’il se trouve dans le Prater à Vienne ». Tout le génie du panorama se trouve ici résumé…

Optant judicieusement pour le Pavillon de Flore comme poste d’observation, Prévost détaille avec minutie l’ensemble des bâtiments de la ville : le palais du Louvre, la Grande Galerie qui sert de perspective axiale, les quais avec le récent pont des Arts et Notre-Dame en arrière-plan, le collège des Quatre nations et toute la rive gauche, jusqu’au retour au jardin des Tuileries, avec tout au fond sur la ligne d’horizon l’Arc de Triomphe (encore flanqué des deux barrières d’octroi de Ledoux), dont la construction a débuté en 1806, et qui, autour des années 1810, n’était pas aussi élevé qu’on le voit sur cette œuvre, mais rappelons qu’en 1810, Napoléon avait fait ériger un arc fictif en charpente pour célébrer son mariage avec Marie-Louise, ce qui permet une nouvelle fois de préciser la datation de cette œuvre. Aucun des monuments visibles depuis le Pavillon de Flore ne manque, jusqu’aux Moulins de Montmartre que l’on distingue dans le lointain.

Plus encore que pour les spectateurs de l’époque, qui ne pénétraient que dans un lieu géographique inconnu d’eux, cette œuvre, cet objet rare et précieux, nous fait plonger à la fois dans un espace aujourd’hui métamorphosé, mais nous permet également une immersion dans un temps révolu, doublant les plaisirs de notre voyage…

Nous remercions Monsieur Bernard Comment pour avoir confirmé l'attribution de cette oeuvre à Pierre Prévost, ainsi que pour son aide dans la rédaction de cette notice.

Tableaux Dessins Sculptures 1300-1900

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