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PROVENANT D'UNE COLLECTION PARTICULIÈRE PARISIENNE

Francis Picabia
ADAM ET EVE
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PROVENANT D'UNE COLLECTION PARTICULIÈRE PARISIENNE

Francis Picabia
ADAM ET EVE
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Details & Cataloguing

Modernités

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Paris

Francis Picabia
1879 - 1953
ADAM ET EVE
signé Picabia et daté 1911 (en haut au centre)
huile sur toile
100,4 x 81,2 cm; 39 1/2 x 32 in.
Peint en 1911.
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Provenance

Collection Kleinman, Paris
Galerie Berri, Paris
Simone Collinet (Galerie Furstenberg), Paris (1962-1979)
Puis par descendance au propriétaire actuel (depuis 1980)

Exposition

Rouen, Société Normande de Peinture Moderne, IIe exposition, 1911, no. 88 (probablement)
Paris, Galerie Furstenberg, Exposition Picabia, 1956, no. 3
Londres, The Matthiesen Gallery, Francis Picabia 1879-1953, 1959, no. 15
Paris, Galerie Mona Lisa, Picabia vu en transparence, 1961, no. 11, reproduit dans le catalogue np.
Marseille, Musée Cantini, Picabia, 1962, no. 16
Berne, Kunsthalle, Francis Picabia 1879-1953: Werke von 1909-1924, 1962 (probablement)
Grenoble, Musée de Peinture et de Sculpture, Albert Gleizes et tempête dans les salons 1910-1914, 1963, no. 43
Newcastle upon Tyne, Hatton Gallery; Londres, Institute of Contemporary Arts, Francis Picabia, 1964, no. 6, reproduit dans le catalogue np.
Paris, Galerie Furstenberg, Francis Picabia 1879-1953, 1964, no. 8
Leverkusen, Städtisches Museum Schloss Morsbroich; Eindhoven, Stedelijk Van Abbemuseum, Francis Picabia, 1967, no. 7
New York, The Solomon R. Guggenheim Museum; Cincinnati, Cincinnati Art Museum; Toronto, Art Gallery of Ontario; Detroit, The Detroit Institute of Arts, Francis Picabia, 1970-71, no. 19, reproduit dans le catalogue p. 63
Turin, Galleria Civica d’Arte Moderna, Francis Picabia, Mezzo secolo di avanguardia, 1974-75, no. 17, reproduit dans le catalogue p. 37 et np.
Düsseldorf, Städtische Kunsthalle; Zürich, Kunsthaus, Francis Picabia, 1983-84, no. 9, reproduit dans le catalogue p. 38
Stockholm, Moderna Museet, Francis Picabia, 1984, no. 8, reproduit dans le catalogue p. 16
Madrid, Salas Pablo Ruiz Picasso; Barcelone, Centro Cultural de la Caixa de Pensions, Francis Picabia (1879-1953), Exposiciό antolόgica, 1985, no. 20, reproduit dans le catalogue p. 125
Nîmes, Musée des Beaux-Arts, Francis Picabia, 1986, no. 17, reproduit dans le catalogue p. 37
Paris, Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, Passions privées, collections particulières d’art moderne et contemporain en France, 1995-96, no. A 21-1, reproduit dans le catalogue p. 243 et p. 244
Tokyo, Isetan Museum of Art; Fukushima, Iwaki City Art Museum; Osaka, The Museum of Art, Kintetsu, Francis Picabia, 1999-2000, no. 006, reproduit dans le catalogue p. 56
Paris, Musée d’Art moderne de la Ville de Paris, Francis Picabia, Singulier idéal, 2002-03, reproduit dans le catalogue p. 147
Londres, Tate Modern; Barcelone, Museu Nacional d’Art de Catalunya, Duchamp, Man Ray, Picabia, 2008, reproduit dans le catalogue fig. 6 p. 13
Paris, Centre Pompidou, Marcel Duchamp la peinture, même, 2014-15, reproduit dans le catalogue p. 78
Zürich, Kunsthaus; New York, The Museum of Modern Art, Francis Picabia, notre tête est ronde pour permettre à la pensée de changer de direction, 2016-17, reproduit dans le catalogue pl. 8 p. 39

Bibliographie

G. D., "Exposition de la Société Normande de Peinture moderne", in Journal de Rouen, no. 128, 8 mai 1911, mentionné p. 2
Marc Le Bot, Francis Picabia et la crise des valeurs figuratives 1900-1925, Paris, 1968, no. 13, reproduit np.
William A. Camfield, Francis Picabia, His Art, Life and Times, Princeton, 1979, no. 47, mentionné p. 22 et reproduit np.
Virginia Spate, Orphism, The evolution of non figurative painting in Paris 1910-1914, Oxford, 1979, no. 216, mentionné p. 287 et reproduit p. 288
Marie Lluïsa Borràs, Picabia, Paris, 1985, cat no. 111, fig. 218, mentionné p. 89 et reproduit p. 123
Francis Picabia (catalogue d'exposition), Vence, 1998, reproduit p. 19
Arnauld Pierre, Francis Picabia, La peinture sans aura, Paris, 2002, no. 29, reproduit p. 73
Pierre Calté, William A. Camfield, Beverley Calté, Candace Clements & Arnauld Pierre, Francis Picabia, Catalogue raisonné 1898-1914, Bruxelles, 2014, vol. I, no. 416, reproduit p. 316

Description

Première œuvre de Francis Picabia représentant des figures nues mais aussi premier tableau à traiter de la sexualité et d’un sujet biblique, Adam et Eve, exposé au deuxième Salon de la Société Normande en mai 1911, est une œuvre éminemment fondatrice. Eve, sous les traits de Gabrielle, son épouse depuis 1909, se tient nue et surplombe son compagnon assis, Adam. Picabia découpe leurs corps roses, nonchalamment enlacés, avec des contours verts et épais. Cependant, les figures restent curieusement immatérielles comme si le couple flottait au-dessus d’une forme plus sombre et d’un paysage, construit par imbrication de formes de couleurs vives et fauves, typique de ces œuvres de 1911 et inspiré des paysages de Grimaldi en Italie, où Picabia séjourne quelques mois plus tôt. Cernes et aplats abolissent la distinction des plans. L’image quasiment plate et chatoyante de couleurs appelle avec évidence au souvenir de Gauguin et des nabis. Le bleu de la chute d’eau rappelle sans équivoque son Ruisseau dans la montagne, œuvre peinte quelques mois plus tôt et ayant appartenue à Simone Kahn-Breton-Collinet. Certains éléments semblent également extraits tels quels du Bonheur de Vivre de Matisse, tandis que les nus s’inspirent des Baigneuses peintes par Derain en 1907. L’effet étrange, poétique et indéniablement original de l’œuvre n’en fait pas moins ressortir la sensibilité artistique propre à Picabia. La simplification progressive des formes, du paysage et de la figure humaine tend déjà vers l’art abstrait. Une tension entre figuration et abstraction apparaît dans le contraste des figures et leur mise en scène schématique, bien que ce contraste soit diminué par un pigment uniformément sensuel et des couleurs luxuriantes qui mettent également en valeur la connotation érotique du sujet. Picabia s'est probablement intéressé au thème de l’érotisme à travers le travail de Duchamp où le nu occupe une place fondamentale depuis 1910. Adam et Eve est proche de l'esprit des tableaux allégoriques, mettant en scène des couples nus dans un décor de jardin d’Eden, réalisés par Duchamp à la même époque, tels que Paradis (1910), Jeune homme et jeune fille au printemps (1911) ou Le Buisson (1910-11). Bientôt, les conceptions modernistes du Cercle de Puteaux, déjà latentes ici, les amèneront tous deux à une conception mécanomorphique de la sexualité et des corps.

Cette charge érotique imprégnant l’image est accentuée par la position d’Eve en équilibre, détenant le fruit interdit, au-dessus d’Adam. Picabia modernise le thème du péché originel en plaçant la femme dans une attitude dominatrice et l’homme dans une posture de soumission. Picabia, déjà iconoclaste et irrévérencieux, utilise une iconographie conventionnelle connue de tous pour exprimer une sensualité personnelle. Avant d’être mère, Eve, est la compagne d’Adam. Le couple est, donc, dans la Bible, une unité fondatrice tandis qu’ici, la femme n’est plus l’être subalterne créé à partir de la côte d’Adam. Eve, première pécheresse, est en un sens rebelle. A la manière d’Omphale séduisant et asservissant Hercule en l’obligeant à s’habiller en femme et à filer la laine, Eve prend le pouvoir sur Adam qui a certes un sexe indiqué avec délectation par Picabia mais qui a surtout des hanches féminines et une attitude androgyne. Le regard chargé d’une grande sensualité, échangé par les deux protagonistes, suggère qu’Adam se trouve désarmé face à la sensualité de sa compagne et dans l’attente de se délecter du fruit défendu. Cette interprétation de la tentation est comparable avec l'attitude de Picabia qui se voyait, souvent, comme victime volontaire des femmes et de la nature sexuelle accordée à l'homme par Dieu. Comme dans l’œuvre plus tardive de Klimt, Eve, gagne en personnalité, sensualité et supplante Adam. Quoi qu’il en soit, le détournement de ces deux figures bibliques souligne l’intérêt de Picabia pour une réflexion sur l’inversion des genres masculin/féminin en amour. La subtilité du sens du tableau a certainement plu à Simone Kahn-Breton-Collinet, sa propriétaire historique, femme de pouvoir, libre et érudite, qui fut l’épouse d’André Breton entre 1921 et 1929. Première femme surréaliste, elle s’investit à part entière dans toutes les activités du cercle et constitue avec son époux une collection historique. Elle fréquente assidument Picabia et sa seconde épouse et séjourne chez eux en 1922. Elle écrit : "ils sont tels qu’on peut rester avec eux sans faire rien d’intéressant, et sans les connaître très intimement, tout comme si on n’avait jamais vécu sans eux, avec un plaisir calme. Plaisir que vient relever presque chaque jour un tableau nouveau, ou une promenade à 100 à l’heure." (Simone Breton, Lettres à Denise Lévy, Paris, 2005, p. 103). Elle continuera de fréquenter ses amis artistes dans les années 1930 et exposera à compter de 1948 dans ses deux galeries successives Francis Picabia, les premiers peintres surréalistes historiques et de nombreux nouveaux talents.

Première œuvre érotique, fauve et impétueuse, Adam et Eve est un jalon majeur dans le processus de simplification des formes du paysage et de la figure humaine qui amènera Picabia à s’aventurer vers l’art non figuratif. Le thème d’Adam et Eve restera au centre du travail de Picabia tout au long de sa vie avec des interprétations du sujets aussi diverses que ses styles. Toujours provocateur, il mettra même en scène dans le ballet Relâche (1911), Duchamp nu accompagné de Bronia Perlmutter, elle aussi nue, mimant le tableau Adam et Eve de Lucas Cranach l’Ancien.

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