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Details & Cataloguing

Modernités

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Paris

Wifredo Lam
1902 - 1982
SANS TITRE

Provenance

Collection particulière, Milan
Galleria Schwarz, Milan
Galerie Tornabuoni, Crans-Montana
Acquis auprès du précédent par le propriétaire actuel en 2009

Exposition

Rome, Museo del Corso, Max Ernst e i suoi amici surrealisti, 2002, reproduit dans le catalogue p. 83 (sous le titre Totem)
Milan, Refettorio delle Stelline; Sondrio, Museo Valtellinese di Storia e Arte, Wifredo Lam: un percorso Cuba-Italia, 2002-03, no. 38, p. 84

Bibliographie

Lou Laurin-Lam & Eskil Lam, Wifredo Lam, Catalogue Raisonné of the Painted Work, 1961-1982, Lausanne, 2002, vol. II, no. 65.13, reproduit p. 286

Description

Cette toile, Sans Titre, également connue par le passé sous le titre Totem, appartient à une série importante des années 60, alors que Lam est au sommet de son art. Il a rejoint Paris après ses années de formation en Espagne et, au sortir de la guerre, redécouvert Cuba où il était né en 1902. Ses œuvres témoignent ainsi d’un syncrétisme qui puise de la richesse des multiples cultures qui l’ont nourri : chinoise, cubaine, africaine et européenne. L’enseignement des maîtres du cubisme, de Picasso et de Matisse a été complètement intégré et Lam a construit un langage qui lui est absolument propre. Les toiles deviennent des grands formats. Si elles conservent un goût pour l’étrangeté et la métamorphose, l’éventail de la palette chromatique se réduit peu à peu, évoluant vers des tonalités sombres des fonds traités en camaïeux d’ocres et de terres brûlées. Ce chromatisme volontairement réduit accentue tout à la fois la volubilité et le hiératisme des corps. Ces corps d’une blancheur équivoque, dont les pieds repoussent les limites du cadre, dansent au cœur de la nuit. Ils sont dans cet état intermédiaire entre le haut et le bas, entre le monde des hommes et celui des dieux. Semblant comme figées dans un silence inquiet, ces figures hybrides, aux frontières de l’animal, du végétal et de l’humain, puisent bien entendu dans la dimension magique omniprésente à Cuba. Au magique prodigieux des rites santería, lucumí ou vaudou s’ajoute un goût pour les métamorphoses qui s’immisce jusque dans la vie quotidienne, lui conférant une dimension poétique élémentaire.

Cependant, il ne faut jamais chercher, dans la peinture de Lam, une simple illustration des croyances afro-cubaines. Sa peinture est avant tout une composition plastique et ne documente aucun rituel particulier. Lam s’empare d’images et de thèmes provenant de cette poésie africaine en exil forcé dans les Caraïbes, dont il a si souvent chanté la puissance évocatrice de révolte. Ses emprunts à cette iconographie sont assemblés, comme en un collage, d’abord en vue de la cohérence plastique du tableau. Dès les années 40, Lam fréquentait Breton et ses amis du groupe surréaliste. C’est alors qu’il s’est familiarisé avec cette poétique du collage qu’il a eu l’occasion de pratiquer avec les autres exilés du groupe, en particulier Max Ernst, qui comme lui en 1941, attendaient à Marseille de pouvoir quitter la France envahie. "Non, ma peinture ne serait pas l’équivalent d’une musique pseudo-cubaine pour dancings, jamais. Pas de chachacha ! Je voulais de toutes mes forces peindre le drame de mon pays, mais en exprimant ‘à fond’ l’esprit des nègres, la beauté plastique des Noirs. Ainsi, je serais comme un cheval de Troie d’où sortirait des figures hallucinantes, capables de surprendre, de troubler les rêves des exploiteurs. Je courais le risque de n’être compris ni par les hommes de la rue ni par les autres, je le savais. Mais un vrai tableau, c’est celui qui possède le pouvoir de faire travailler l’imagination, même s’il faut du temps. " (Wifredo Lam in André Breton, Le Surréalisme et la Peinture, Paris, 1965, pp. 169-171).

Esprit nomade marqué par le sentiment de n’être jamais vraiment à sa place, Wifredo Lam ne dissimule jamais l’impact que produit sur lui l’injustice qui règne sur le monde : il l’expose au contraire en toute clarté. Cette toile illustre à la fois sa révolte contre le mal mais aussi l’espérance qu’un jour la paix reviendra sur Terre. "Parfois le visage de Wifredo devient grave, douloureux : il pense à la peine des hommes, à l’injustice, à l’arbitraire, qu’il n’accepta jamais. Soudain les jeunes enfants de Wifredo et Lou entrent dans la pièce. Alors il sourit, puis il rit, comme seul il sait rire, comme rit la jeunesse." (Max Pol Fouchet).

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