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Details & Cataloguing

Modernités

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Paris

Joan Miró
1893 - 1983
TÊTE
signé Miró (en bas à droite)
gouache, aquarelle, fusain, crayon, encre et pastel sur papier
100 x 69,9 cm; 39 3/8 x 27 1/2 in.
Exécuté le 7 août 1974.
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Provenance

Galerie Maeght, Paris
Galerie Beyeler, Bâle
Harcourts Gallery, San Francisco
Vente: Sotheby's, New York, 11 mai 1988, lot 198
Vente: Hôtel Drouot, Paris, juin 1995 (probablement)
Collection particulière, France
Puis par descendance au propriétaire actuel

Bibliographie

Pere Gimferrer, Miró colpir sense nafrar, Barcelone, 1978, no. 130, reproduit p. 138 (décrit comme gouache sur papier)
Jacques Dupin & Ariane Lelong-Mainaud, Joan Miró, Catalogue Raisonné. Drawings, Paris, 2013, vol. IV, no. 2591, reproduit p. 97

Description

"Pour moi c’était la plus grande liberté. Quelque chose de plus aérien, de plus dégagé, de plus léger que tout ce que j’avais jamais vu. En un sens, c’était absolument parfait. Miró ne pouvait pas poser un point sans le faire tomber juste. Il était si véritablement peintre qu’il lui suffisait de laisser trois tâches de couleurs sur la toile pour qu’elle existe et soit un tableau."
Alberto Giacometti, propos recueillis par Pierre Schneider

Œuvre magistrale mêlant différentes techniques, Tête est particulièrement révélatrice du génie et de la poésie de Miró. La frontalité et la monumentalité du modèle, la vivacité et le contraste des couleurs employées confèrent à cette œuvre sur papier la présence d’un véritable tableau. Vers la fin de sa vie, le papier devient le medium de prédilection de Miró, lui permettant une inventivité inédite et l’utilisation simultanée de techniques variées, alternant traits spontanés et jeu de transparences. Les œuvres qui en résultent sont frappantes par leur énergie pure et leur présence spectaculaire, nous plongeant directement au sein de l’univers miresque. Dans cette composition magistrale et vivante, le fond composé de tâches de couleurs translucides et volatiles est aussi important que la forme. Exécutée avec une assurance technique et une économie de moyens picturaux typiques des dernières décennies de la vie de Miró, Tête illustre à la fois son style mature, équilibre entre figuration et abstraction, et son langage calligraphique développé tout au long de sa carrière par l’utilisation exquise de la ligne. Avec ses traits de fusain audacieux et ses éclaboussures colorées, cette grande feuille reflète la puissance expressive de l'artiste. Abandonnant une approche plus figurative, Miró a développé un vocabulaire de formes fantaisistes et ambiguës qui prennent forme de manière changeante et délicieuse. "L'objet de toutes ces explorations est de déterminer la relation entre le dessin et les matériaux, la relation entre la ligne et l'espace. L'artiste n'est pas tant intéressé à exprimer quelque chose avec une technique appropriée qu'à faire s'exprimer la matière à sa manière. Successivement, sur la même feuille, crayon noir et encre de Chine, aquarelle et pastel, gouache et peinture à l'huile diluée, crayons de couleur... sont employés, et leurs contrastes et similitudes sont exploités au maximum, et pas rarement au-delà de leurs capacités." (Jacques Dupin, Joan Miró, Life and Work, Londres, 1962, p.372).

Le lexique pictural et l'échelle de l'œuvre reflètent l'influence de la nouvelle génération de peintres américains d'après-guerre, découverte par Miró lors de son second voyage à New York en 1959. Plusieurs jeunes peintres américains, dont Jackson Pollock, se sont inspirés de Miró pour leurs "drippings" éclaboussés de peinture, mais dans les années qui suivirent, Miró s’inspira également de la dimension spatiale et de la spontanéité des œuvres de cette avant-garde américaine. Fasciné par cet art des expressionnistes abstraits, il opère une transformation dans sa manière de peindre bien qu’il continue sa recherche de simplicité et de pureté des lignes. Jusqu'à la fin il se renouvelle, il invente. Il est avant tout un peintre libre et continue à explorer sans cesse la technique et le style. Miró ira même jusqu’à peindre avec ses doigts et ses pieds, faire couler la peinture blanche sur des fonds blancs monumentaux et brûler ses toiles : "Basquiat dix ans avant Basquiat " (Jean-Louis Prat).

Tête qui se déploie dans une frénésie de recherches et l’inventivité prodigieuse de Miró témoigne de l’influence de la peinture gestuelle de Jackson Pollock et poursuit la réflexion de Joan Miró : "Plus que le tableau lui-même, ce qui compte, c’est ce qu’il jette en l’air, ce qu’il répand. Peu importe que le tableau soit détruit. L’art peut mourir, ce qui compte, c’est qu’il ait répandu des germes sur la terre." (Joan Miró, propos recueillis pas Yvon Taillandier, le 15 février 1959)

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