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Details & Cataloguing

Modernités

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Paris

Pablo Picasso
1881 - 1973
NU ALLONGÉ ET TÊTE D'HOMME
daté 25.3.67 et numéroté III (au dos)
huile sur toile
60,4 x 73,2 cm; 23 3/4 x 28 7/8 in.
Peint le 25 mars 1967.
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Provenance

Jacqueline Picasso, Paris
Galerie Louise Leiris, Paris (no. 18046, ph. no. 6H926)
Collection Dobe, Zurich
Collection particulière, Suisse (et vendu: Sotheby's, Londres, 8 décembre 1999, lot 177)
Acquis lors de cette vente par le propriétaire actuel

Exposition

Reykjavik, Reykjavik Museum, Picasso, exposition inattendue dédiée aux peintres, 1986, no. 24, reproduit dans le catalogue p. 57 (sous le titre Fantasme)

Bibliographie

Christian Zervos, Pablo Picasso, Œuvres de 1965 à 1967, Paris, 1972, vol. XXV, no. 311, reproduit p. 136

Description

Peint en 1967, Nu allongé et tête d’homme témoigne de la force expressive des œuvres de maturité de Picasso. Dans ce tableau les deux figures reprennent des éléments de l’iconographie et de la composition du ‘peintre et de son modèle’, sujet central dans l’œuvre du maître, au point de devenir, comme le soulignait Michel Leiris, un genre à part entière, au même titre que le paysage ou la nature morte.
Selon Jean Leymarie, "Le peintre et son modèle, c’est le dialogue entre l’art et la nature, entre la peinture et le réel" (in Jean Leymarie, Picasso : Métamorphoses et unité, Genève, 1971, p.279). La juxtaposition de l’homme et de la femme nue, de l’artiste et de sa muse, reflète cette recherche incessante de la représentation de la tension érotique que l’artiste trouvait au coeur du processus créatif. Dans cette œuvre, les attributs habituels du thème, le pinceau, la palette, le chevalet, l’atelier, n’apparaissent pas. Seul le divan de l’odalisque est suggéré par les très riches empâtements blancs sur lesquels elle repose. La spontanéité de l’exécution, le sujet libéré de tout attribut, diffusent une charge érotique directe entre les deux figures. La séduction et le désir sont signalés par le jeu plein d’esprit du long coup de pinceau qui, surgissant de l’homme, enveloppe le nu allongé en suivant de près ses contours.
En se référant aux odalisques des maîtres anciens - celles de Rubens, Ingres, et Delacroix -, Picasso s’inscrit dans leur continuité et dans celle de l’histoire de l’art. Mais il fait aussi certainement allusion ici, avec le traitement si particulier de la femme nue, à son ami et plus grand rival Henri Matisse. Il dira à Roland Penrose après la mort du maître : "Matisse en mourant, m'a légué ses odalisques" (Roland Penrose, Picasso, Paris, Flammarion, 1982, p. 159). Vers la fin de sa propre vie, installé avec Jacqueline Roque à Notre Dame de Vie à Mougins, Picasso fait du peintre et son modèle le thème central de son art et le résumé de ses recherches esthétiques. Nu allongé et tête d’homme s’inscrit dans cette série d’œuvres qui deviennent en quelque sorte l’éclatant testament de l’artiste, tout à la fois hommage à la tradition des grands maîtres du passé, au métier de peintre lui-même, et une incarnation de son insatiable énergie créatrice.

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