77
77
Paire de fauteuils en bois sculpté et doré de la fin de l’époque Louis XV, vers 1768-1770, par Nicolas Heurtaut
Estimation
40 00060 000
ACCÉDER AU LOT
77
Paire de fauteuils en bois sculpté et doré de la fin de l’époque Louis XV, vers 1768-1770, par Nicolas Heurtaut
Estimation
40 00060 000
ACCÉDER AU LOT

Details & Cataloguing

Excellence

|
Paris

Paire de fauteuils en bois sculpté et doré de la fin de l’époque Louis XV, vers 1768-1770, par Nicolas Heurtaut
à dossier cabriolet de forme médaillon, sculpté de piastres et rehaussé de feuilles d'acanthe, les supports d'accotoir terminés par des grecques, la ceinture circulaire sculptée de piastres et centrée d'un décrochement orné d'une rosace feuillagée, reposant sur des pieds fuselés à cannelures rudentées ; recouverts de moire bleue ; estampillés N. HEURTAUT
Quantité: 2
Haut. 88,5 cm, larg. 61 cm, prof. 52 cm ; height 34 3/4 in., width 24 in., depth 20 ½ in.
Lire le rapport d'état Lire le rapport d'état

Provenance

Vente à Paris, galerie Charpentier, Me Ader, le 9 juin 1936, lot 110
Vente à Paris, palais Galliera, Mes Ader, Picard et Tajan, le 26 novembre 1974, lot 74
B.B.S. Un Hommage, vente Sotheby's à Paris, le 30 juin 2016, lot 103

Bibliographie

Jean Nicolay, L’art et la manière des maîtres ébénistes français au XVIIIe siècle, Paris, 1956, p. 175-176, repr. p. 225, fig. G

Description

Maître incontesté de l’art du siège à l’époque rocaille, Nicolas Heurtaut fut aussi dans son domaine l’un des précurseurs du néoclassicisme : d’un modèle rare, cette paire de fauteuils illustre avec brio la manière dont il traduisit le goût grec en menuiserie à la fin de la décennie 1760. Une seule autre paire identique est connue – également estampillée de sa main - et fut vendue dans ces salles, le 5 juillet 2001, lot 53. Elle constitue aussi l’un des tout derniers exemples de sa production puisqu’il décéda en 1771.

L’ensemble néoclassique le plus connu de Heurtaut est bien sûr celui livré à la duchesse d'Enville pour son château de La Roche-Guyon, comprenant deux canapés et douze fauteuils dont la moitié est aujourd’hui conservée au musée du Louvre (cf. Bill G.B. Pallot, Le mobilier du musée du Louvre, t. II, Dijon, 1993, p. 110-113, cat. n° 36), et l’autre partie appartient à une collection particulière (vente Sotheby’s à Monaco, les 22 et 23 juin 1991, lot 538). Cet ensemble fut livré, doré, garni et couvert en tapisseries tissées aux Gobelins, avant la fin de l’année 1769.
Née Marie-Louise-Nicole-Elisabeth de La Rochefoucauld (1716-1797), la duchesse d’Enville fut séduite par le goût en vogue à Paris dans les années 1765-1770, et fit à ce titre réaménager son château de la Roche-Guyon suivant les tout nouveaux préceptes néoclassiques. Le grand salon fut orné de quatre somptueuses pièces de tapisserie illustrant l’Histoire d’Esther, également tissées aux Gobelins, et aujourd’hui conservées dans une collection particulière à Paris (vente Sotheby’s à Monaco, le 6 décembre 1987, lot 118). La pièce reçut non seulement le mobilier de salon évoqué ci-dessus, mais aussi plusieurs autres suites de sièges, probablement livrées par Heurtaut ainsi que semblent le prouver « quelques notes de fournitures faites à la duchesse d’Anville », figurant dans l’inventaire après-décès du sculpteur et menuisier (cf. Bill G.B. Pallot, « 1772 : fournisseurs et clients de Nicolas Heurtaut à l’époque néo-classique », L’Estampille n° 179, mars 1985, p. 52-57).
Parmi tous ces ensembles de sièges livrés, le modèle d’au moins l’un d’entre eux semble avoir été très proche de celui de nos fauteuils – exception faite de son dossier cintré dans le haut et non en médaillon – ainsi qu’on peut le constater à l’extrême-droite d’une aquarelle exécutée au XIXe siècle par Joseph-François-Désiré Thierry et montrant précisément le grand salon du château de La Roche-Guyon (cette aquarelle a fait partie de la collection de Karl Lagerfeld, vendue par Christie’s à Monaco, le 29 avril 2000, lot 49).

Un autre mobilier célèbre illustre la manière néoclassique de Heurtaut, celui de l’ancienne collection de Madame André Saint (vente à Paris, le 21 mai 1935, lot 150) où l’on retrouve au centre de la ceinture un décrochement similaire à celui qui orne nos fauteuils. Toutefois, ce mobilier comme celui de La Roche-Guyon se distingue – sur le dossier notamment – par une ligne encore sinueuse, alors que les fauteuils présentés ici adoptent déjà une silhouette Louis XVI, et si la forme des accotoirs demeure très légèrement en coup de fouet, elle est cependant atténuée par une sculpture caractéristique du goût grec.

A l’instar de Delanois exécutant à la même époque des sièges d’un goût radicalement nouveau pour le comte d’Orsay et le roi de Pologne, Heurtaut démontre ici qu’il sut également renouveler l’art du siège à l’aube des années 1770 ; leurs productions firent date et jouèrent un rôle décisif dans l'élaboration du style qui devait pleinement s'épanouir sous le règne de Louis XVI.

Excellence

|
Paris