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Tapisserie "Asie - La Caravane à la Mecque", Bruxelles, vers 1760, atelier de Pierre et Jean-François Van der Borght, le carton attribué à Maximilien de Hase ou à Nicolas de Haen
Estimation
150 000200 000
Lot. Vendu 162,500 EUR (Prix d’adjudication avec commission acheteur)
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Tapisserie "Asie - La Caravane à la Mecque", Bruxelles, vers 1760, atelier de Pierre et Jean-François Van der Borght, le carton attribué à Maximilien de Hase ou à Nicolas de Haen
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150 000200 000
Lot. Vendu 162,500 EUR (Prix d’adjudication avec commission acheteur)
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Details & Cataloguing

Excellence

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Paris

Tapisserie "Asie - La Caravane à la Mecque", Bruxelles, vers 1760, atelier de Pierre et Jean-François Van der Borght, le carton attribué à Maximilien de Hase ou à Nicolas de Haen
en laine et soie, représentant une scène de pèlerins partant pour la Mecque avec leur caravane sur un fond de paysage, la bordure simulant un cadre en bois doré, signée en bas à droite d'un B fleurdelisé pour Bruxelles
Haut. 330 cm, Long. 597 cm ; height 129 3/4 in., length 235 in.
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Provenance

Collection privée, Paris

Bibliographie

Bibliographie comparative :

J. Blazkova, La tenture des continents au Musée des Arts Décoratifs à Prague, Artes Textiles, 1971, VII, pp. 174-193

D. Boccara, Les belles heures de la tapisserie, Paris, 1971

J. Boccara, Ames de laine et de soie, Saint-Just-en-Chaussée, 1988

G. Delmarcel, La tapisserie flamande, Tielt, 2000

J. Denucé, Les tapisseries anversoises. Fabrication et commerce (Sources pour l'histoire de l'art flamand, IV), Anvers, 1936

H. Hyde, L'iconographie des quatre parties du monde dans les tapisseries, Gazette des Beaux-Arts, X, 1924

M. Swain, Tapestries and Textiles at the Palace of Holyroodhouse in the Royal Collection, 1988

Description

Dans un paysage de l’empire Ottoman, est représentée une caravane partant pour la Mecque. Au centre, figure un chameau portant un palanquin ou Mahmal. Ce palanquin richement décoré servait jadis à transporter les nobles dames à la Mecque. C’était également un symbole politique envoyé depuis le VIIe siècle par les souverains avec leurs caravanes de pèlerins à la Mecque pour appuyer leur prestige.

Selon le Docteur Ibrahim Al-Mounajjed de l’Université du Roi Saoud qui a publié une étude sur le sujet de La Caravane à la Mecque, « Depuis les premiers temps de l’Islam jusqu’au milieu du XIXe siècle, Damas, avec le Caire, furent l’un des principaux points de départ de la caravane qui conduisait les pèlerins à la Mecque… Un convoi de vingt mille pèlerins se formait à partir de tous les coins du monde musulman. Ils se regroupaient par origine ethnique et géographique ». Et il cite « les Roumis venus de la région de Constantinople, les Halabi originaires d’Alep, les Ajam arrivés de Perse. L’immense cortège avait à sa tête quarante cavaliers brandissant des bannières de soie, et suivaient des hommes d’arme, soit à cheval, soit à pied. Les janissaires précédaient immédiatement le Mahmal, le sanjak, et l’étendard du Sultan ».

Au début du XVIIIe siècle, le Sultan, protecteur des Lieux Saints et du pèlerinage, ordonna au gouverneur de Damas d’accompagner en personne la caravane. Ce sujet, qui a été choisi pour notre tapisserie pour symboliser l’Asie, démontre l’importance de ce thème dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle. Car pour les cours européennes à cette époque, la religion musulmane était la grande religion de l’Asie.

Cette tapisserie faisait partie de la série des « Continents » composée de cinq pièces. Un document des archives de la ville d’Anvers datant du XVIIIe siècle et intitulé « Mémoire des tentures de la tapisserie de la manufacture (de Pierre van der Borght, près Sainte-Gudule) à Bruxelles », décrit les cinq tapisseries. Il s’agit de représentations d’une conception très moderne : le continent n’est plus représenté par une figure allégorique, mais par une scène située dans un paysage typique de la partie du monde que l’on souhaite dépeindre. Les animaux et les plantes, évoqués avec une grande exactitude, ainsi que les personnages, sont naturellement intégrés dans un paysage vallonné, composé d’arbres, de palmiers et de ruines romantiques. Les attitudes et les expressions des personnages sont très variées : au premier plan, se trouvent deux femmes richement parées devant le chameau harnaché d’un palanquin. Autour, des hommes ou des femmes font des révérences ou s’agenouillent ; en arrière-plan, les pèlerins se dirigent vers la Mecque. A gauche, un jeune homme assis tenant une jarre symbolise une Source, alors qu’une femme se rafraîchit à ses côtés.

Le carton qui a servi de modèle à notre tapisserie pourrait ainsi être attribué à Maximilien de Hase ou à Nicolas de Haen (1683-1726), tous deux peintres bruxellois. Les initiales DH visibles sur une version de l’Amérique, conservée au musée des Arts Décoratifs de Prague, étaient généralement rattachées à Maximilien de Hase (1710-1787), neveu du célèbre cartonnier Jean van Orley, sans que l’on ait de certitudes. Quoi qu’il en soit, quelques figures sont reprises de modèles plus anciens, comme le Turc barbu qui est copié de L’Adoration des Mages de Pierre-Paul Rubens ; la femme qui trempe les pieds dans l’eau apparaît également sur une tapisserie d’après Teniers représentant La Traite des vaches, conservée au Kunsthistorisches Museum de Vienne.

La signature F.V.D.BORGHT renvoie à Jean-François Van der Borght, mort en 1774. Les Van der Borght, actifs à partir du dernier tiers du XVIIe siècle jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, comptent parmi les manufactures bruxelloises les plus importantes. Dans une lettre de 1756 du comte Harrach, le comte Cobenzl fait référence à cette série de Continents, ce qui laisse supposer que l’ensemble était depuis peu sur le marché. Le tissage de notre pièce doit par conséquent se situer entre 1750 et 1774. Dans la collection Hussein Pacha, se trouvait également une version de L’Europe.

Parmi les différentes éditions les plus importantes tissées d’après ces mêmes modèles, figurent trois pièces au musée des Arts Décoratifs de Prague ; quatre tapisseries du même atelier sont dans la collection de l’Etat autrichien ; deux pièces signées de Jacques Van der Borght sont conservées au château de Holyrood en Ecosse ; et enfin quatre pièces achetées sous le règne de Charles Emmanuel III de Savoie au XVIIIe siècle sont conservées au Palais Carignano à Turin.

Un modèle identique à notre tapisserie, propriété de l’Etat autrichien, est conservé au château de Schönbrunn.

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