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Paire de vases en porcelaine de Paris, manufacture de Dihl, à monture de bronze doré, vers 1798-1810
Estimation
30 00050 000
Lot. Vendu 102,500 EUR (Prix d’adjudication avec commission acheteur)
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Paire de vases en porcelaine de Paris, manufacture de Dihl, à monture de bronze doré, vers 1798-1810
Estimation
30 00050 000
Lot. Vendu 102,500 EUR (Prix d’adjudication avec commission acheteur)
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Details & Cataloguing

Excellence

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Paris

Paire de vases en porcelaine de Paris, manufacture de Dihl, à monture de bronze doré, vers 1798-1810
de forme ovoïde inspirée des vases canopes, à fond vert imitant la pierre dure, le col à fond or orné sur l’épaulement de trois têtes de visages d’Egyptiennes en bronze doré, reposant sur trois paires de pieds en bronze doré sur une base circulaire ; sans marque
Quantité: 2
Haut. 52 cm ; height 20 1/2 in.

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Description

La manufacture de porcelaine de Dihl et Guérhard est l’une des rares manufactures parisiennes nées sous l’Ancien Régime à avoir survécu à la Révolution française et rencontré un grand succès au début du XIXe siècle. Les raisons de ces persistance et succès sont multiples mais tiennent en grande partie aux caractères et qualités de ses propriétaires. Christophe Dihl, sculpteur s’associe le 25 février 1781 à Antoine Guérhard, bourgeois de Paris et sa femme Louis-Madeleine Croizé pour établir une manufacture de porcelaine rue de Bondy, l’un apportant son industrie, son talent, ses soins et une grande quantité de moules, les époux fournissant de leur côté 8.000 livres de fonds. Pour échapper aux interdictions formulées dans les privilèges de la manufacture de Sèvres, ils se placent sous la protection du très jeune duc d’Angoulême. En 1785, la manufacture emploie déjà 12 sculpteurs et 30 peintres et se dit accablée de commandes et vendre considérablement. En 1787, un contemporain estime que la manufacture de Dihl et Guérhard égale à quelque chose près celle de Sèvres. Cette même année, les associés apportent 432.000 livres et déplacent la manufacture dans l’hôtel Bergeret qu’ils achètent rue du Temple. Des visiteurs illustres s’y succèdent : la baronne d’Oberkirch accompagne en 1786 la duchesse de Bourbon et remarque des vases et des services magnifiques. Gouverneur Morris, représentant des Etats Unis à Paris, achète à partir de 1789 des porcelaines pour Georges Washington, notant dans son journal : « nous trouvons que la porcelaine ici est plus élégante et meilleur marché que celle de Sèvres ».

L’an VI (1797-1798) est une année marquante pour Christophe Dihl. Il épouse Mme Guérhard, veuve depuis 1793, en présence des meilleurs peintres de la manufacture : Piat-Joseph Sauvage, Etienne-Charles Le Guay et sa jeune épouse Marie Victoire Jaquotot. Cette même année, Le Guay réalise le portrait de Christophe Dihl sur plaque de porcelaine, aujourd’hui conservé au musée de Sèvres où l’on aperçoit sur le bureau un vase fuseau à bandeau à fond écaille décoré d’une frise d’enfants en grisaille probablement par Piat-Joseph Sauvage. Le 28 Brumaire an VI et le 1er Thermidor an VI, Dihl expose au Salon plusieurs tableaux peints sur plaque de porcelaine et reçoit une récompense à l’Exposition des produits de l’industrie en 1798 pour tableaux peints sur porcelaine notamment la grande plaque peinte par Sauvage, aujourd’hui conservée au musée des Beaux-Arts de Bruxelles (voir Cyrille Froissart et John Whitehead : « Le peintre Piat-Joseph Sauvage et la porcelaine », Les Cahiers de Mairemont, 32-33, 2005, pp. 35-39) ou encore la plaque décorée d’un faisan de la Chine et de perroquets peinte par Jacques Barraband, récemment passée en vente publique (vente Bordeaux, étude Briscadieu, le 17 novembre 2018, lot 232).

Les recherches de Dihl sur les couleurs, la variété de fonds obtenus, imitant l’agate, le lapis, le jaspe, l’écaille, le vermeil ou le bronze patiné à l’antique, associées aux pinceaux de peintres talentueux, Le Guay ou Sauvage déjà évoqués mais également Drölling, Demarne ou Swebach permet à la manufacture d’être considérée à la fin du XVIIIe siècle et sous l’Empire comme l’une des premières en Europe. Les grands vases peints par Swebach sur fond imitant l’écaille de l’ancienne collection Robert de Balkany témoignent du degré de perfectionnement atteint dans l’imitation des matières par la manufacture de Dihl (vente Sotheby’s, Paris, le 20 septembre 2016, lot 25). Christophe Dihl vend une partie de son stock dans plusieurs ventes aux enchères à Londres en 1814 et 1816. Si les présents vases ne semblent pas y figurer, les descriptions des vases dans les catalogues reflètent la grande diversité des matières imitées par les fonds de couleur : clouded olive ground, clouded blue ground, bronze colour ground, tortoiseshell ground, sky-blue ground, veined with gold, gold ground etc. (Christie’s, 6-9 mai 1814 et Phillips, 8 juin 1816). Régine de Plinval de Guillebon illustre une paire de vases de Dihl à fond bleu agate que l’auteur date vers 1795 et dont les nuances sont comparables à celles de nos vases (Régine de Plinval de Guillebon, Faïence et porcelaine de Paris XVIIIe siècle – XIXe siècle, 1995, p. 151).

La source d’inspiration de la forme de nos vases et des masques d’Egyptiennes en bronze dans le col est peut-être les dessins réalisés par Dominique Vivant-Denon lors de la campagne en Egypte aux côtés de Bonaparte et publiés en 1802 dans son Voyage dans la Basse et la Haute Egypte pendant les campagnes du général Bonaparte en 1798-1799. La forme ovoïde de nos vases et le drapé sur les têtes figurent sur deux planches de vases et de coiffures hiéroglyphiques. De nombreuses planches de la publication de Vivant-Denon seront utilisées par la manufacture de Sèvres à partir de 1804 pour les décors et les formes du service Egyptien et des cabarets Egyptiens.

Entre 1804 et 1811, l’Empereur Napoléon 1er et Joséphine effectuent plusieurs commandes auprès de la manufacture de Dihl. Napoléon offre en 1804 au Roi Charles IV d’Espagne une table en bronze doré ornée de plaques peintes par Le Guay et Sauvage (Régine de Plinval de Guillebon, Faïence et Porcelaine de Paris, XVIIIe -XIXe siècle, 1995, p. 294). La Cour d’Espagne reçoit également en 1804 une très grande paire de vases fuseau à fond écaille aujourd’hui conservée au Palais Royal de Madrid. Joséphine de Beauharnais et le prince Eugène feront appel en 1811 pour les deux services à fond or décorés de tableaux, aujourd’hui majoritairement conservés au musée de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg (Atalia Kasakiewitsch, « Das Service des Eugène de Beauharnais », Keramos, n°141, juillet 1993, p. 13-32).

Une paire de vases de même forme, légèrement plus grands, signés Dihl en rouge sous la base, a été vendue par Sotheby’s en 1995 (Sotheby’s, Londres, 16 juin 1995, lot 387).

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