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Details & Cataloguing

Œuvres sur Papier

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Paris

Henri Matisse
1869 - 1954
VISAGE
signé du monogramme Hm (en bas à droite)
encre de Chine et pinceau sur papier
65 x 49,9 cm
Exécuté à Nice en 1952.
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L'authenticité de cette œuvre a été confirmée par Marguerite Duthuit-Matisse.

Provenance

Claude Duthuit, Paris
Acquis auprès du précédent par le propriétaire actuel en 1976

Description

Comme l’indique Marguerite Duthuit, fille de l’artiste, sur le certificat d’authenticité de l’œuvre, Visage “…appartient au groupe des tout derniers dessins d’Henri Matisse.” Ceux qu’il trace à la fin de sa vie depuis sa chambre de l’Hôtel Regina à Nice.

En moins de vingt traits, à l’encre de Chine, le peintre brosse un visage calligraphique, d’une expressivité et d’une finesse esthétique sans pareilles. Le dessin a toujours été primordial chez Matisse. A la fin de sa vie, trop fatigué pour peindre, il délaisse la peinture et réduit son art à l’essence même du trait. En 1948 débute la décoration pour la Chapelle du Rosaire dans laquelle le contraste du noir et blanc devient un élément fondamental: sa technique de dessin s’y déploie dans toute sa splendeur. Après l’inauguration en 1951 de ce lieu que Matisse considère comme son chef d’œuvre, il consacre l’essentiel de son activité aux gouaches découpées et aux dessins au pinceau. Dans un message adressé à sa ville natale en 1952 lors de l’inauguration de son musée au Cateau-Cambresis, il écrit: “C’est dans la création de la chapelle de Vence que je me suis enfin éveillé à moi-même et j’ai compris que tout le labeur acharné de ma vie était pour la grande famille humaine, à laquelle devait être révélée un peu de la fraîche beauté du monde par mon intermédiaire. Je n’aurai donc été qu’un medium.” (Musée Matisse, Une fête en Cimmérie. Représentation du visage dans l’œuvre de Matisse. Nice, 25 juin – 4 septembre 2003, p.46). Après l'achèvement de la Chapelle du Rosaire, les visages chez Matisse ne sont plus des portraits spécifiques mais s’apparentent plutôt à une recherche de forme essentielle.

Visage de 1952 est un exemple très abouti et de grande dimension de ces portraits qu’il accroche ensuite sur les murs de sa chambre d’hôtel. Une photographie de la jeune assistante et modèle de Matisse, Lydia Delectorskaya, prise en 1952 montre Visage installé en hauteur dans un coin du mur du salon du maître, au-dessus d’une frise de papier découpé. Au sujet des portraits des années 1950, Matisse écrit: “Ces dessins jaillissent d’une seule pièce, constitués d’éléments sans coordination apparente avec le travail d’analyse qui les a précédés, et la multiplicité des sensations exprimées dans chacun d’eux paraît impossible à exécuter tant est grande la rapidité avec laquelle leur réunion s’effectue. Je suis absolument convaincu qu’ils représentent le but de ma curiosité.” (Musée Matisse, Le Cateau-Cambresis, Les dessins au pinceau de Matisse, 15 octobre 2011 au 19 février 2012, p. 48). C’est également en 1952 que s’ouvre la grande rétrospective Matisse au Museum of Modern Art de New York: la consécration du vivant du peintre qui a marqué à jamais la peinture moderne. Les dessins au pinceau sont considérés à juste titre comme le testament esthétique du maître, qui meurt deux ans après avoir dessiné Visage.

Il reste très peu de feuilles de cette qualité et de cette taille sur le marché international. La plupart se trouvent désormais dans des institutions muséales prestigieuses telles que le Metropolitan Museum of Art de New York ou la Fondation Pierre et Tana Matisse. Ce magnifique dessin témoigne par ailleurs d’une histoire: celle de l’amitié tissée entre Claude Duthuit, petit-fils d’Henri Matisse, et le propriétaire actuel. Celui-ci eut la chance à la fin des années 1970 de pouvoir acquérir cette œuvre directement auprès de Marguerite Duthuit, mère de Claude et fille de Matisse. Témoignage de ce lien unique, ce dessin au pinceau n’a jamais été exposé et demeurait jusqu’à présent complètement inconnu du marché de l’art.

“Il suffit d’un signe pour évoquer un visage, il n’est nul besoin d’imposer aux gens des yeux, une bouche… il faut laisser le champ libre à la rêverie du spectateur.”
Henri Matisse, ‘Il moi maestro Henri Matisse’, La Biennale de Venezia, n°26, décembre 1955

“Par le dessin les sentiments et l’âme du peintre passent sans difficulté dans l’esprit du spectateur.”
Henri Matisse, 1949, Ecrits et propos sur l’art, p. 160

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