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PROVENANT DE L'ANCIENNE COLLECTION FRANCO RUSSOLI

René Magritte
LE TOIT DU MONDE
Estimation
1 500 0002 000 000
Lot. Vendu 2,688,750 EUR (Prix d’adjudication avec commission acheteur)
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PROVENANT DE L'ANCIENNE COLLECTION FRANCO RUSSOLI

René Magritte
LE TOIT DU MONDE
Estimation
1 500 0002 000 000
Lot. Vendu 2,688,750 EUR (Prix d’adjudication avec commission acheteur)
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Details & Cataloguing

Modernités : de Rodin à Soulages

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Paris

René Magritte
1898 - 1967
LE TOIT DU MONDE
signé magritte (en bas à droite)
huile sur toile
65,2 x 74,5 cm; 25 5/8 x 29 3/8 in.
Peint en 1926.
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Provenance

Galerie Le Centaure, Bruxelles, 1927
Eugène Flagey, Ixelles
Galleria Gissi, Turin
Carlo Ponti & Sophia Loren, Milan
Franco Russoli, Milan (acquis auprès du précédent dans les années 1970)
Collection particulière, Europe

Exposition

Bruxelles, Galerie Le Centaure, Exposition Magritte, 1927, no. 12
Anvers, Guillaume Campo, 75e Anniversaire de la Galerie Campo, 1972, no. 217, reproduit dans le catalogue n.p.
Bruxelles, Palais des Beaux-Arts et Paris, Musée National d'Art Moderne, Rétrospective Magritte, 1978-79, no. 28, reproduit dans le catalogue n.p.
Milan, Galleria del Milione, Mostra Magritte, 1984
Rome, Scuderie del Quirinale, Metafisica, 2003-04, reproduit dans le catalogue

Bibliographie

Paul-Gustave Van Hecke, 'René Magritte: peintre de la pensée abstraite' in Selection Chronique de la vue artistique et littéraire, no. 6, mars 1927, reproduit p. 454
David Sylvester (ed.) et Sarah Whitfield, René Magritte, Catalogue Raisonné, Londres, 1992, vol. I, no. 103, reproduit p. 184

Description

Un chef d'oeuvre de la collection Franco Russoli
Le Toit du monde de René Magritte

Franco Russoli nait à Florence le 9 juillet 1923. Peu après sa naissance, son père doit se rendre à Pise où la famille emménage. C’est là, au cours de la Seconde Guerre Mondiale que le jeune homme obtient son diplôme d’histoire et s’engage dans la résistance. Sa thèse qu’il soutient en 1945 porte sur les Macchiaioli. Il devient alors l’assistant de Matteo Marangoni à la cathédrale de Pise. Au même moment, il entre dans les rangs de la Surintendance où il œuvre à la reconstruction de la ville, détruite par les bombardements. En 1946–47, avec Piero Sanpaolesi et quelques passionnés téméraires, il organise la première exposition de l’Italie libérée : la Mostra di Scultura del Trecento, qui donnera naissance au Musée National de San Matteo.

En 1950, Franco Russoli déménage à Milan. Aux côtés de Fernanda Wittgens, il s’occupe de réorganiser et reconstruire les musées de la ville. En 1957 et pendant une vingtaine d’années, le jeune directeur de la Pinacoteca Brera met toute son énergie à réaliser la "grande Brera". Ce projet prévoyait un agrandissement du musée dans lequel seraient exposées les collections privées d’art moderne que les grands collectionneurs milanais devaient donner à l’institution. Acquis en 1972, le Palais Citterio l’avait été pour accroître les espaces d’exposition de Brera tout autant que pour accueillir certaines fondations d’artistes italiens comme Lucio Fontana, Marino Marini et Renato Guttuso. L’ambition était de créer ce que Russoli appelait "un musée vivant" appelé à devenir par suite un centre de production de l’Art Contemporain. La mort prématurée de son concepteur mit un malheureux terme au projet.

Parallèlement à son activité de muséologue, Russoli fut un critique militant et l’auteur de nombreux textes de présentation des expositions et préfaces aux catalogues de ses amis artistes. Pablo Picasso, Alberto Giacometti, Gino Severini, Lucio Fontana, Graham Sutherland, Giorgio De Chirico, Max Ernst étaient de ceux-là.

Sa vie durant, la Collection de Franco Russoli s’est constituée grâce aux dons de ses amis. Elle fut complétée par les achats qu’il menait avec son épouse pour assouvir et accomplir leur grande passion de l’art.

Dans les années 1970, Russoli est nommé superintendant des Galeries et Monuments de la Lombardie. Il devient une figure politique majeure et compte au premier rang de ceux qui contribuent à fonder le nouveau Ministère des Biens Culturels Italien et le FAI (Fondo per l’Ambiente Italiano). Il est au même moment le président de ICOM Italia dont il rédige le règlement. Le 21 mars 1977 à l’âge de 53 ans, Russoli décède brusquement au sommet de sa carrière, à peine quelques mois avant l’achèvement de la "grande Brera". De nos jours encore, elle est un rêve pour la ville.

Erica Bernardi

LE TOIT DU MONDE

Peint en 1926, Le Toit du monde fait partie du premier cycle des tableaux surréalistes de Magritte. C’est en effet en 1926, alors qu’il est encore à Bruxelles, et peu avant son installation à Paris, que, de ses dires mêmes, Magritte s'inscrit de plain-pied dans le Surréalisme avec Le Jockey perdu. Réalisé peu de temps après, Le Toit du monde est caractéristique des compositions surréalistes de Magritte des débuts, empreintes de silence et de mystère.

Cette peinture énigmatique et dépourvue de toute figure humaine met en scène une tête de violon émergeant d’une table anthropomorphe posée sur un sol alvéolé. Ce motif principal se détache sur un fond de montagnes obscures parcouru d’un dense réseau noir, évoquant tant l’éruption de lave d’un volcan en fusion que la représentation d’un réseau vasculaire humain. Le Toit du monde est ainsi le premier tableau de Magritte à utiliser l’image du système veineux humain, une figure stylistique qui marquera certaines de ses plus emblématiques compositions en 1927, telles que Le Sang du monde (Fig. 2) ou Paysage (Fig. 3). Ce motif, qui deviendra essentiel dans les compositions de Magritte à cette période, trouve à n’en pas douter sa source d’inspiration dans le statut professionnel de Paul Nougé, proche ami du peintre, qui en parallèle de ses travaux de poète et écrivain, occupe les fonctions de laborantin. Les travaux de biologiste menés par Paul Nougé, et notamment l’utilisation du microscope permettant à l'infiniment petit d’acquérir une dimension monumentale, influencèrent fortement les recherches du jeune Magritte.

Paul Nougé est à l’époque l’un des amis les plus proches de Magritte. C’est lui qui, le plus souvent, donne les titres aux œuvres composées par Magritte, lors de soirées dédiées à cet effet. Il est également à l’origine de la théorie des "objets bouleversants" qui jouera un rôle fondamental dans l’émergence du surréalisme bruxellois. Cette théorie consistait, dans une démarche proche de celle de Lautréamont, à associer des objets sans rapport afin de créer un résultat dérangeant jouant sur les matières et les tailles de ces objets.

Dans le présent tableau, les différents éléments des théories de Nougé se retrouvent : le minuscule et l’invisible (le réseau de vaisseaux sanguins) acquièrent ici une dimension monumentale, comme vus au travers d’un microscope, et deviennent le décor de la composition. Le sol rose alvéolé fait également sans nul doute référence au microcosme biologique et s’inspire des images du tissu cellulaire humain illustrées dans les magazines scientifiques de l’époque. Ce motif se retrouve dans plusieurs tableaux de l’époque, notamment le Portrait de Paul Nougé peint en 1927. L’association énigmatique d’une tête de violon, d’une table et d’une jambe humaine plonge quant à elle le spectateur directement au cœur de la théorie des "objets bouleversants", avec des éléments empruntés au réel et dont la recontextualisation aléatoire plonge le spectateur dans le doute, posant la question de l'étrangeté du monde qui nous entoure. Là se trouve déjà l'origine de La Trahison des Images : est-ce qu'une pipe est réellement une pipe ?

Doté d’une provenance exceptionnelle (Galerie Le Centaure, Eugène Flagey, Carlo Ponti et Sophia Loren, Franco Russoli entre autres), ce tableau entraîne le spectateur au cœur de l’énigme poétique que constitue l’art de Magritte pour qui "l’art doit évoquer le mystère sans lequel le monde n’existerait pas".

Modernités : de Rodin à Soulages

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