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PROVENANT DE LA COLLECTION SERGIO TOMASINELLI

Man Ray
TEARFUL WOMAN
Estimation
300 000400 000
Lot. Vendu 751,500 EUR (Prix d’adjudication avec commission acheteur)
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31

PROVENANT DE LA COLLECTION SERGIO TOMASINELLI

Man Ray
TEARFUL WOMAN
Estimation
300 000400 000
Lot. Vendu 751,500 EUR (Prix d’adjudication avec commission acheteur)
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Details & Cataloguing

Modernités : de Rodin à Soulages

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Paris

Man Ray
1890 - 1976
TEARFUL WOMAN
signé, daté 35 et inscrit Hand Colored (on black + white) sur le montage ; porte le cachet MAN RAY 31bis, RUE CAMPAGNE PREMIERE PARIS XIV et inscrit Photographie Retouchée au revers du montage
photographie rehaussée à la main en couleurs : crayons de couleur sur tirage argentique, monté sur carton
photographie : 23,1 x 17,9 cm; 9 1/8 x 7 in.
montage: 27,8 x 20,3 cm; 11 x 8 in.
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Provenance

Luciano Anselmino, Galleria Il Fauno, Turin (acquis directement de l'artiste)
Acquis auprès du précédent par le propriétaire actuel vers 1977

Bibliographie

Houston, Museum of Fine Art; Canberra, Australian National Gallery; et Londres, Royal Academy of Arts, The Art of Photography: 1839-1989, 1989, no. 245, un autre tirage rehaussé en couleurs à la main reproduit en couleurs en couverture

Description

Cette œuvre illustre de manière frappante le don de Man Ray pour l’innovation artistique, qui resta une constante toute au long de sa longue carrière. Cette photographie en noir et blanc transformée en image sous sa main représente le lien visuel entre la photographie et la peinture, les deux supports qui firent la réputation de Man Ray et lui donnèrent sa place au premier plan de l’avant-garde du 20e siècle.

Toujours à la recherche de sa liberté artistique (et personnelle), et tout aussi doué avec son appareil photo qu’avec un pinceau ou un crayon, Man Ray ne s’autorisa jamais à se laisser limiter par les conventions artistiques. Il choisissait le support qui était le mieux adapté à son sujet, et inventa fréquemment des techniques lorsqu’aucune des techniques existantes ne répondait à son besoin. Man Ray exprima en 1935 que "les moyens sont choisis pour mettre en valeur l’idée. [L’artiste] peut même inventer un support ou un style adapté à l’occasion. On peut le décrire comme une astuce dans un premier temps, mais les astuces d’aujourd’hui peuvent devenir les vérités de demain" (cité de Man Ray: Writings on Art, ed. Jennifer Mundy, Los Angeles & Londres, 2015, p. 395).

Man Ray se forma initialement à New York pour devenir peintre, mais insatisfait des clichés de ses œuvres réalisés par d’autres photographes, il entreprit d’utiliser un appareil photo en 1915. À partir de là, et pendant les 60 années qui suivirent, sa production créative fut sans doute influencée par les différentes possibilités qu’offraient la peinture et la photographie. Comme il l’exprima au cours d’un entretien en 1975 : "J’ai finalement décidé qu’il n’était pas possible de comparer entre les deux, la photographie et la peinture. Je peins ce qui ne peut être photographié, ce qui vient de l’imagination, ou d’un rêve, ou d’un impulsion inconsciente. Je photographie les choses que je ne veux pas peindre, les choses qui existent déjà" ("Entretien avec Paul Hill et Tom Cooper", Camera, no. 2, février 1975).

Les innovations techniques ponctuent l’ensemble de l’œuvre de Man Ray. En 1917 à New York, il commença à utiliser l’aérographe mécanique afin de créer d’étranges compositions peintes et remplies d’objets d’un réalisme presque photographique. En 1922, alors établi à Paris, il créa par hasard ses premières photographies sans appareil, qu’il nomma les Rayographies et qu’il décrit plus tard comme des "peintures à la lumière". Il perfectionna la solarisation aux alentours de 1929, une technique photographique qu’il utilisa avec grand succès afin de donner à ses portraits une qualité hors du commun.

Man Ray se fit un nom en tant que photographe dans les années 1920 grâce aux riches teintes monochromes qu’il réussit à obtenir dans ses Rayographies. Toutefois, il continuait à rechercher de nouveaux outils à utiliser. Comme il l’écrivit dans son autobiographie : "il était inévitable que le contact maintenu avec les peintres continue de faire se consumer en moi ma première passion, la peinture. […] Les idées venaient à moi et exigeaient un support plus souple pour s’exprimer, et non la rigidité de l’appareil. Pour en être certain, j’avais utilisé la photographie avec autant de liberté que je m’autorisais à oser, ou plutôt jusqu’aux limites de mes capacités d’invention, mais il manquait la couleur" (Man Ray, Self Portrait, Boston et Londres, 1963, p. 254).

Ses expérimentations autour de la photographie en couleur commencèrent à produire des résultats au début des années 1930, en particulier le procédé carbro, un procédé complexe au bichromate qui nécessitait l’utilisation de trois photographies distinctes créées à partir de filtres rouges, bleus et verts. Il se souvint que "cela prenait des heures, que tout se passait mal, le registre, les colorants etc." (cité de Man Ray: Writings on Art, op. cit., p. 399). Toutefois, en 1934, il se sentit suffisamment à l’aise avec les résultats obtenus pour utiliser une image carbro pour la couverture de son album novateur – en partie un manifeste, et en partie une rétrospective - Man Ray Photographs 1920-1934 Paris.

Les difficultés qu’il rencontra peuvent avoir incité Man Ray à déclarer en 1935 que "lorsque la photographie en couleur deviendra aussi simple que l’art en noir et blanc, je l’adopterai avec le même sentiment d’empressement et d’inévitabilité" (cité de Man Ray: Writings on Art, op. cit., p. 126). La présente œuvre, datée de 1935, résulte d’une autre innovation émanant de la recherche menée par l’artiste dans le domaine de la couleur. Dans une composition découpée de près d’un visage de femme, provenant d’une version non découpée de sa superbe photographie des années 1930 intitulée Larmes de Verre ( Glass Tears). Man Ray utilise des crayons colorés afin de transformer la photographie noir et blanc en une image polychrome, les lèvres d’un rouge éclatant formant le point focal, si évocateur de son tableau novateur A l’Heure de l’observatoire – les amoureux. Il ne cherche pas à masquer la technique, admettant librement sa suffisance par cette inscription sur le cadre "coloré à la main (sur noir + blanc)". Faisant une allusion humoristique au fait qu’à l’époque, les photographies étaient souvent retouchées au cours du processus de tirage, Man Ray inscrit sur la face arrière du cadre “Photographie Retouchée”.

Un autre tirage coloré à la main, pratiquement identique à l’œuvre ici présente et précédemment intégrée à la collection du photographe Robert Mapplethorpe, s’est vendu au printemps cette année établissant un nouveau prix record pour une photographie de Man Ray. Contrairement au tirage de Mapplethorpe, l’œuvre présentée ici est agencée comme un exemplaire de présentation, annoté par Man Ray.

"La couleur permettra certainement encore davantage à la photographie de rattraper son retard sur la peinture que toute présentation originale en noir et blanc. Je suis certain que, dans un avenir proche, les photographies en noir et blanc sembleront aussi primitives que les films muets. Il ne s’agit pas là d’une question de supériorité, il est simplement nécessaire d’accéder à de plus en plus de couleur. Et par-dessus tout, j’ai insisté pour qu’il y aie de la couleur même lorsque cela semblait artificiel et tiré par les cheveux. Mais je ne suis pas prêt à les montrer, car je les considère encore comme des expérimentations." (Man Ray, 1957", in Man Ray: Writings on Art, op. cit., p. 399).

Modernités : de Rodin à Soulages

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