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Important guéridon en métal doublé d'argent au cinquième par François Levrat, Paris, vers 1820
Estimation
30 00050 000
Lot. Vendu 35,000 EUR (Prix d’adjudication avec commission acheteur)
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Important guéridon en métal doublé d'argent au cinquième par François Levrat, Paris, vers 1820
Estimation
30 00050 000
Lot. Vendu 35,000 EUR (Prix d’adjudication avec commission acheteur)
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Details & Cataloguing

Excellence Française

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Paris

Important guéridon en métal doublé d'argent au cinquième par François Levrat, Paris, vers 1820
la base triangulaire chantournée reposant sur trois pieds griffes à roulettes et sertie de trois rosaces feuillagées, le large fût orné de grandes feuilles d’acanthe, la base ornée d’une frise de palmettes alternant avec des feuilles de laurier entre deux frises de palmettes et de feuilles d’eau sur fond amati, le haut ciselé d’une frise de canaux timbrée de fleurettes, le plateau rond bordé d’une bande d’oves alternant avec des flèches et une frise de perles
Haut. 82 cm, 32 1/33 in.; diam. 95 cm, 37 1/3 in.
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Bibliographie

Références bibliographiques :
P-N. Beauvallet, Fragmens d'architecture, sculpture et peinture, dans le style antique, Paris, 1804-1820 ;
F. Bradbury, History of old Sheffield plate, Sheffield, 1912 (reed. 1983), pp. 170-171;
D. Alcouffe (dir.), Un âge d'or des arts décoratifs 1814-1848, cat. exp. Grand-Palais, Paris, 1991, pp. 79 et 140;
Antoine Maës, « L’ameublement du salon d’Apollon, XVIIe-XVIIIe siècle », dans Bulletin du Centre de recherche du château de Versailles, 2013 (http://crcv.revues.org/12144 ; DOI : 10.4000/crcv.12144).

Description

Ce spectaculaire guéridon s’inscrit dans la tradition du mobilier d’argent qui fut successivement produit et fondu selon les besoins financiers des cours d'Europe aux XVIIe et XVIIIe siècles. Dès les années 1660, Colbert charge Charles Le Brun de superviser la fabrication d’un mobilier d’argent pour Louis XIV. En 1682, quand Versailles devient la résidence officielle de la cour, la « Grande argenterie » est réunie dans le grand appartement du Roi, soulignant la puissance, la richesse et le rayonnement du monarque. Quand en 1689 les finances de la France sont épuisées par ses guerres, ce somptueux mobilier d’argent est intégralement fondu. En substitut à l’emploi onéreux de l’argent, les ébénistes développent des techniques de dorures à l’or blanc imitant l’éclat du métal précieux. Quand le maréchal d’Empire Joachim Murat acquiert en 1805 l’hôtel d’Evreux (actuel Palais de l’Elysée), son épouse, Caroline Bonaparte, y fait aménager un Salon d’Argent composé d’un entier mobilier doré à l’or blanc.

En 1743, un inventeur de Sheffield, Thomas Boulsover (1706-1788), mit au point un procédé permettant le placage d’argent sur cuivre par laminage à chaud. Il découvrit surtout qu’ainsi associés les métaux plaqués pouvaient être mis en forme et estampés solidairement. D’autres après Boulsover apportèrent des améliorations à son invention et une industrie entière s’établit à Sheffield qui prospéra jusqu'à la mise au point de la galvanoplastie par les cousins George Richards Elkington et Henry, de Birmingham, à la fin des années 1830. Ce procédé révolutionnant le coût de production rendit possible la fabrication de pièces d’orfèvrerie de plus grandes dimensions. Levrat fut l’un des premiers à avoir produit en France des objets en métal doublé d’argent, d’or et de platine dont la qualité égalait celle des ateliers de Sheffield. En 1819, l’excellence de ses réalisations fut saluée par Louis XVIII qui lui remit une médaille d’argent en récompense des « efforts couronnés d’un plein succès au moyen desquels ce fabriquant distingué est parvenu à arracher cette branche d’industrie aux Anglais, en la portant au dernier degré de perfection.» (Journal de Lyon et du département du Rhône, 8 novembre 1819, n° 37).

En 1809, François Levrat est mentionné pour la première fois, associé avec Charpentier. En 1810, il s’associe avec Papinaud et s’établit au 66 rue de Popincourt, à Paris. Ils remportent en 1811 le grand prix (1 500 francs) décerné par la société d’encouragement pour l’industrie française pour la confection d’une cuisine de campagne en plaqué d’argent. Levrat remporte la médaille d’argent pour l’orfèvrerie en plaqué à l’Exposition des Produits de l’Industrie de 1819 puis à nouveau à celle de 1823. Fort de son succès, il établit un dépôt à Lyon chez M. Parrayon, marchand de nouveautés, place de l’Herbier. La presse locale se fait l’écho du prestige de ses articles « qui sont poinçonnés et contrôlés, ne présentent aucun danger, et se font remarquer sur la table des principales maisons de la Capitale, autant par la solidité que par l’élégance et l’heureux choix des formes. » (Journal de Lyon et du département du Rhône, ibidem). Avant 1815, Levrat produit essentiellement à partir de cuivre doublé d’argent au quarantième qu’il poinçonne de ses initiales. Après 1815, il emploie plus généralement une doublure au vingtième et poinçonne en toutes lettres. Pour certaines commandes exceptionnelles Levrat a ponctuellement employé l’argent en plus grande proportion. Notre guéridon, vraisemblablement destiné à un commanditaire prestigieux, est ainsi doublé au cinquième, soit vingt pour cent d’argent pour quatre-vingt de cuivre. En 1825, François Levrat est encore inscrit à l’Almanach du Commerce. En 1827, Louis Levrat - sans doute son fils -, lui succède en association avec Théodore Parquin. Si le guéridon ici présent est un témoignage unique du mobilier en doublé produit par François Levrat, Parquin en réalisa en plus grand nombre, essentiellement des baignoires.

Les références antiques de notre guéridon s’inscrivent dans un style d’inspiration classique qui sera réinterprété sous l’Empire – orchestré par Charles Percier - et qui perdurera sous Louis XVIII. Le fût richement orné de notre guéridon évoque une planche d’après le sculpteur Pierre-Nicolas Beauvallet, largement diffusée dans le neuvième cahier de son recueil Fragmens d'architecture, sculpture et peinture, dans le style antique, publié en 1806 (fig. 2). Son piétement en plinthe chantournée terminée par trois pieds griffes et son fût à l’imposante base de frise feuillagée font échos à un guéridon réalisé en 1813 par Pierre-Benoît Marcion (Château de Versailles, inv. n° T377C). Son foisonnant décor de feuilles d’acanthes, frises de lauriers et palmettes rappellent également certains travaux de Pierre-Philippe Thomire, dont ses candélabres exécutés pour la Salle du Trône des Tuileries vers 1822. Enfin, ses proportions imposantes peuvent également être rapprochées du mobilier anglais sous George IV. Une influence venue d’Outre-Manche sur les modèles de Levrat concorde avec sa parfaite connaissance de la production de Sheffield. Nous ne connaissons de nos jours que fort peu d’exemplaires de mobilier doublé d’argent du premier quart du XIXe siècle. Une paire de guéridons, comparables au nôtre, fut vendue par Christie’s à New York, le 28 avril 2017, lot 13.

Nous remercions Monsieur Xavier Bétoux pour son aide précieuse dans la rédaction de cette notice.

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