60
60
Masque d'épaule nimba, Baga, Guinée
ACCÉDER AU LOT
60
Masque d'épaule nimba, Baga, Guinée
ACCÉDER AU LOT

Details & Cataloguing

Arts d'Afrique et d'Océanie

|
Paris

Masque d'épaule nimba, Baga, Guinée

Provenance

Collection Emil Storrer, Zurich, acquis en 1957
Collection privée
Christie's, Paris, 11 décembre 2007, n° 35
Bernard Dulon, Paris
Collection privée

Exposition

Paris, Biennale des Antiquaires, Bernard Dulon, 16-22 septembre 2010

Bibliographie

Himmelheber, Negerkunst und Negerkünstler, 1960, p. 129, n° 112
Dulon, XXVe Biennale des Antiquaires, 2010, n.p. 

"Sto.1 [ou 7]" inscrit à l'encre blanche à l'intérieur du masque. 

Description

En 1960, Hans Himmelheber publiait, sous le titre Negerkunst und Negerkünstler, la somme d'une vie de recherches consacrée à l'art et aux artistes du continent africain. Le collectionneur et marchand zurichois Emil Storrer lui fournit les photographies des trois œuvres choisies pour illustrer l'art déjà emblématique des Baga. Parmi elles figurent la statue qu'il collecta en 1952 en pays Baga, aujourd'hui conservée à l'University of Iowa Museum of Art, et notre majestueux masque d'épaule.  

La saisissante conception des masques nimba (ou dimba) fascina les artistes du tout début du XXe siècle. En 1907, Picasso l'inscrit au panthéon des icônes du Primitivisme, avec une série de dessins (Tête, Tête de profil) et une sculpture (Figure) qui s'inspirent directement de la Nimba entrée en 1902 dans les collections du musée d'ethnographie du Trocadéro (William Rubin, 'Primitivism' in 20th Century Art, 1984, p. 275-279). Selon Rubin, c'est la Nimba acquise par Picasso dans les années 1920 qui est le catalyseur de la série des portraits monumentaux de Marie-Thérèse Walter de 1931-1932. La Nimba était alors désignée comme une "déesse de la fertilité" et pour Picasso : "Marie-Thérèse était l'incarnation de la sensualité et, par extension, de la fécondité." (ibid, p. 326). 

Selon Frederic Lamp (Art of the Baga, 1996, p. 155-179), le révolutionnaire langage sculptural exprimé par ces masques d'épaule puise dans l'histoire même du peuple Baga, contraint à l'exil par les peuples Fulbe, avant le XVe siècle. "L'établissement d'une nouvelle société, régie par de nouvelles conditions politiques et sociales",  se traduisit dans cette image idéalisée de la femme symbolisant, en même temps que la rigueur et la dignité, les valeurs de la fécondité, de la fertilité de la terre et de l'abondance des récoltes (idem). "Selon les sous-groupes Baga, ce masque danse à l'occasion des festivités rattachées au cycle de la céréale, participe aux rites de passage ou encore aux rituels funéraires. Les sillons gravés de part et d'autre des crêtes de la coiffure évoqueraient les champs prometteurs de nourriture." (Anne van Cutsem-Vanderstraete, "Les ailleurs culinaires" in L'art de manger, 2014, p. 36). 

Les anciens masques d'épaule Nimba sont rares.  Leur corpus restreint, une quinzaine d'œuvres collectées avant l'indépendance de la Guinée, s'explique par un contexte traditionnel limité à la région centre-nord du pays Baga, et par l'interdiction de ces rituels et la destruction de leurs supports par le gouvernement de Sekou Touré à partir de 1958. Voir Berliner (Baga, Mémoires religieuses, 2013, n° 1), pour l'autre masque d'épaule Nimba d'Emil Storrer, qu'il collecta en Guinée en 1952, aujourd'hui dans la collection Barbier-Mueller. 

Au sein de cet étroit corpus constituant l'une des expressions les plus emblématiques de l'art africain, cette Nimba s'impose par le somptueux décor graphique et la majestueuse ampleur de la tête, illustrant cette "vision de la femme au zénith du pouvoir, de la beauté et de la présence affective, la vision Baga de la bonté et de la lumière" (Lamp, idem, p. 158). 

Nimba Shoulder Mask, Baga, Guinea

In 1960, Hans Himmelheber published his Negerkunst und Negerkünstler, the sum total of a lifetime of research devoted to the art and artists of the African continent. The photographs of the three pieces he selected to illustrate the already iconic art of the Baga people were supplied by the Zurich dealer and collector Emil Storrer. The three pieces chosen included the figure Storrer collected in situ in 1952 (now in the University of Iowa Museum of Art) and the majestic shoulder mask offered here.  

The striking design of nimba (or dimba) masks fascinated modern artists as early as the turn of the 20th century. In 1907, Picasso 'introduced' it to the pantheon of Primitivist icons through a series of drawings (head, head in profile) and a sculpture (Figure) that drew their inspiration directly from the nimba that had entered the collection of the Trocadéro Museum in 1902 (Rubin, 'Primitivism' in 20th Century Art, 1984, pp. 275-279). According to William Rubin, the nimba which Picasso acquired in the 1920s was the catalyst for the series of monumental heads portraying Marie-Thérèse Walter in 1931-1932. The nimba was then believed to be a 'fertility goddess' and for Picasso, 'Marie-Thérèse was the embodiment of sensuality and by extension, of fertility' (ibid., p. 326). 

According to Frederick Lamp (Art of the Baga, 1996, pp. 155-179), the revolutionary sculptural language of these shoulder masks is connected with the history of the Baga people, who were forced into exile under pressure from the Fulani people before the the fifteenth century. 'The establishment of a new society, ruled in accordance with new political and social conditions,' was reflected in this idealized depiction of women, symbolizing, as well as discipline and dignity, the values of fecundity, fertility of the land and bountiful harvest (ibid.). "Depending on the Baga subgroup, this mask was either made to dance during ceremonies associated with the cereal cycle, or participated in rites of passage or in funerary rituals. 'The grooves carved on both sides of the ridges of the coiffure evoke fields filled with the promise of food'  (Anne van Cutsem-Vanderstraete, "Les ailleurs culinaires" in L'art de manger, 2014, p. 36). 

Ancient nimba shoulder masks are rare. The small corpus - only fifteen known works collected before the independence of Guinea - is due to a traditional context limited geographically to the north-central region of Baga country, and to the prohibition of these rituals - together with the destruction of their paraphernalia - by the government of Sekou Toure in 1958. See Berliner (Baga, Mémoires religieuses, 2013, No. 1), for a  Nimba shoulder mask from the Barbier-Mueller collection, Collected by Emil Storrer in 1952. 

Nimba shoulder masks are amongst the most iconic forms of African art. Within the small corpus, the offered nimba stands out for its beautiful graphic decor, and the majestic scale of the head, embodying the 'vision of woman at her zenith of power, beauty and affective presence. She represented the Baga vision of goodness and light.' (Lamp, ibid., p. 158).  

Arts d'Afrique et d'Océanie

|
Paris