
XXe siècle (lots 111-170)
L'Erotisme. 1957. Édition originale. Avec un précieux envoi à Maurice Blanchot : l'une des amitiés intellectuelles qui compta le plus pour Bataille.
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June 17, 01:27 PM GMT
Estimate
6,000 - 8,000 EUR
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Description
Bataille, Georges
L'Érotisme.
Paris, Les Éditions de Minuit, 1957.
In-8 (225 x 140 mm). Broché.
Exemplaire de Maurice Blanchot : l'une des amitiés intellectuelles qui compta le plus pour Bataille.
Édition originale, sur papier d'édition, de cet essai majeur, explorant l’érotisme à travers de multiples thèmes : sacrifice religieux, mariage, orgies, christianisme, prostitution, Sade, mystique, sainteté ou inceste.
Illustré de 20 planches hors texte choisies par l'auteur, l’ouvrage mêle réflexion philosophique et iconographie.
Précieux envoi autographe signé, à l'encre sur le faux-titre :
"à Maurice Blanchot,
ce livre qui répond si mal
au mot qui lui sert de titre,
avec l'affection profonde de
Georges Bataille".
L’amitié intellectuelle qui unissait Bataille à Blanchot est essentielle. C’est à la fin de l'année 1940 que les deux écrivains se lient d’une amitié marquée par de profondes affinités intellectuelles. Bataille lit à Blanchot L’Expérience intérieure, dont certains ont souligné la proximité avec Thomas l’obscur, le roman de Blanchot publié en 1941. Tous deux participent au groupe de discussions philosophiques dit du Collègue socratique. Chacun incarne pour l’autre l’exigence d’écrire, chacun dans la solitude, formant une communauté de ceux qui n’ont pas de communauté, comme l’évoquera Blanchot dans La Communauté inavouable en 1983. Les deux hommes écrivent aussi l’un sur l’autre : Blanchot consacre à Bataille un chapitre dans Faux Pas en 1943 et dans La Communauté inavouable donc, tandis que Bataille prend des notes pour un essai qu’il veut consacrer à Blanchot, Maurice Blanchot et l’existentialisme.
Si Bataille affirme : "Je pense fondamentalement ce que pense Blanchot", ce dernier avoue sa difficulté à parler des ouvrages de son ami : "Après lui j’ai soif de silence". "J’y ai longtemps réfléchi, j’y réfléchis encore. Je ne vois pas comment évoquer en termes justes une pensée aussi extrême et aussi libre, si l’on se contente de la répéter." (Faux Pas, 1943).
Paradoxalement, ils se rapprochaient notamment par leur conscience de l’impossibilité d’une communication absolue. Une des rares lettres connues de Blanchot à Bataille résume la souffrance et l’exigence qui les unissaient : "Il me semble depuis longtemps que les difficultés nerveuses dont vous souffrez – pour en parler en termes d’objectivité médicale – ne sont que votre manière de vivre authentiquement cette vérité, de vous maintenir au niveau de ce malheur impersonnel qu’est le monde en son fond. […] Si je parle si indiscrètement de ces choses qui vous concernent, c’est qu’il me semble que je leur appartiens aussi, par l’amitié, mais non seulement par l’amitié : quelque chose là, silencieusement nous est commun. Je crois que nous le savons : que les choses en leur fond soient sans issue, je ne vois rien qui me détournerait de le dire avec vous ; j’ajouterai seulement que ce ‘sans issue’ ne peut s’affirmer que par la nécessité de toujours chercher une issue, par la décision, inexorable, de ne jamais renoncer à en trouver une."