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Jean-Jules-Antoine Lecomte du Noüy

La Sorcière

Vente aux enchères clôturée

June 11, 01:34 PM GMT

Estimation

120,000 - 180,000 EUR

Description du lot

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Description

Jean-Jules Antoine Lecomte du Noüy

Paris 1842 - 1923

La Sorcière


Huile sur toile

Signé et daté en bas à droite Jean. du. Noüy pxit. / .1903.

96 x 96 cm ; 37¾ by 37¾ in.

Paris, Salon des artistes français, 1904, n° 1084.

Péladan, 'Le Salon des Artistes français', dans La Revue hebdomadaire, vol. 13, 7 mai 1904, p. 10 ;

L. Roger-Milès, 'Les Salons de 1904, Exposition de la société des artistes français', dans L’Eclair : journal politique quotidien absolument indépendant. Supplément gratuit, vol. 17, n° 5633, 30 avril 1904, p. 6 ;

Thiébault-Sisson, 'Salon de 1904', dans Le Temps. Supplément, vol. 44, n° 15658, 30 avril 1904, p. 1 ;

Anonyme, 'Les Salons de 1904 : Société des artistes français', dans La Liberté, 30 avril 1904, n° 13 871, p. 2 ;

P. Veber, 'Le Salon de la Société des artistes français', dans The New York Herald (european edition). Suppléments, 30 avril 1904, n° 24722 p. 2 ;

L. Baschet (dir.), Catalogue illustré du Salon de 1904, 1er mai 1904, n° 1083 ;

L. Plée, 'Les salons de 1904 : La société des artistes français', dans Les Annales Politiques et littéraire, vol. 22, n° 1088, 1er mai 1904, p. 276 ;

G. Denoinville, 'Le Salon de 1904. 3e article', dans L’écho de France : républicain, démocratique, indépendant, Paris, 4 mai 1904, p. 2 ;

Anonyme, 'Société des artistes français', dans Le Tam Tam, vol. 45, 14 mai 1904, p. 5 ;

F. Polak, L’Art et la Mode, vol. 25, n° 21, 21 mai 1904, p. 413 ;

G. Mourey, 'Le Salon de la Société des Artistes Français', dans Paris Illustré, vol. 23, n° 18, juin 1904, rep. p. 7 ;

R. Diederen, From Homer to the Harem: The art of Jean Lecomte du Nouÿ, cat. exp., Dahesh Museum of Art, 2004, p. 186, n° 302.

Ancien élève de Charles Gleyre, d’Emile Signol et de Jean-Léon Gérôme dont il était particulièrement proche, Jean-Jules Antoine Lecomte du Noüy (1842-1923) est une figure marquante des courants académiques et orientalistes de la fin du XIXe siècle. Il est admis à l’Ecole des Beaux-Arts de Paris en 1861 et commence à exposer des tableaux, dès 1863, mais aussi des sculptures au Salon des artistes français, avec Francesca de Rimini et Paolo dans la caverne (1863, Sète, musée Paul Valéry). Il y est fréquemment récompensé et certaines de ses œuvres sont achetées par l’Etat, qui lui commande également, avec la ville de Paris, des compositions pour l’église de la Trinité.


Lecomte du Noüy se fait connaître avec ses tableaux orientalistes, nourris des dessins rapportés de ses voyages à l’Est de la Méditerranée, commencés en 1865. Avec des sujets historiques ou littéraires, il développe des scènes théâtrales, parfois sensuelles, tirant vers l’étrange, marquées par le style néo-grec hérité de Gérôme, comme en témoigne Le Songe de l’Enuque (1874, Cleveland, Cleveland Museum of Art, 1991.173).


Il présente au Salon des artistes français de 1904 plusieurs œuvres, dont La Sorcière, peinte l’année précédente et considérée par ses contemporains comme l’une des œuvres marquantes de l’évènement. A la croisée de ses scènes de harems et de ses fumeurs de narguilé hallucinants, elle est reproduite en photographie par la maison Goupil. Lecomte du Noüy y fait preuve d’une grande qualité de dessin mais adopte une touche plus visible, en adéquation avec les productions présentées aux Salons au début du XXe siècle.


Accroupie et repliée sur elle-même, La Sorcière, jeune et séduisante, se tournant et offrant un regard mutin vers le spectateur, elle se tient près d’un chaudron bouillant dans lequel se dissolvent encore les ingrédients dont un lézard dont on aperçoit la queue. Dénudée, un reste d’un tissu enroulé autour de sa jambe droite, elle semble contrainte par le cadre, plongeant l’observateur dans une scène plus intimiste, dans un tête-à-tête avec le sujet. Nous plongeant dans une atmosphère nocturne, Lecomte du Noüy joue avec les effets de clairs-obscurs produits par les flammes du chaudron et des vapeurs qui s’en échappent.


On reconnaît différents éléments iconographiques traditionnels associés aux sorcières tels que le feu, le chaudron et les fagots de bois. Elle serait assise sur une peau de bête, peut-être celle d’un bouc – animal associé au diable et aux Sabbats. Quant à l’instrument sous son bras, il rappellerait une baguette, un fuseau ou encore peut-être un instrument à vent, utilisé pour charmer, comme dans les contes. Le cadre lui-même participe à ce jeu de références historiques et folkloriques avec des chauves-souris dans les écoinçons et un encadrement noir aux motifs guillochés évoquant ceux du XVIIe siècle, la grande époque de la sorcellerie.


Assise sur une peau de bête entourée de végétation, rappelant les mythes des sorcières recluses dans les bois, entre nature et animalité, la sorcière nous fixe, un verre de potion dans la main gauche. Des fleurs dans les cheveux, elle invite l’observateur de sa main droite. Un Cupidon ailé, tenant un arc et une flèche, laisse imaginer que le breuvage serait un philtre d’amour. Pourtant, le lézard qui plonge la tête dans le chaudron, et le geste de la sorcière serrant le verre contre elle, pourraient aussi également suggérer qu’elle aurait changé d’apparence pour séduire et tromper, ayant abandonné les fagots des représentations des vieilles sorcières au sol et défait sa peau de bête. Ainsi, ce tableau témoigne de l’évolution de la représentation des sorcières dans l’imaginaire collectif aux XIXe et XXe siècles. Elles passent de figures terrifiantes, telles qu’on l’observe chez Baldung Grien, à des enchanteresses, comme en témoignent notre Sorcière ou la Circé offrant la coupe à Ulysse de John William Waterhouse (1891, Oldham, Gallery Oldham, inv. 3.55/9).


Le travail préparatoire de l’artiste nous est notamment connu grâce à des dessins, comme une étude pour la figure, réalisée au crayon noir et pastel sur papier (Galerie A. Laurentin, Paris). Il est aussi possible de relever l’existence d’une petite huile sur toile préparatoire à la composition (Galerie Hann, 1995). Cette dernière permet d’observer l’évolution de la réflexion de l’artiste sur son œuvre, qui avait initialement envisagé de situer la scène dans un intérieur de cuisine. L’absence du Cupidon et le choix d’un autre décor dans la version finale souligneraient ainsi la volonté de Lecomte de Noüy de faire de son tableau une œuvre sensuelle, mettant en scène une figure ensorcelante captivant le spectateur.