
Premier codicille du premier testament de Napoléon Ier. Manuscrit autographe signé "Nap." Les toutes premières dernières volontés de l'Empereur. Un document d’une insigne importance : le seul témoignage connu du tout premier testament de Napoléon Ier rédigé à Sainte-Hélène au début du mois d’août 1819.
Vente aux enchères clôturée
June 25, 05:03 PM GMT
Estimation
300,000 - 500,000 EUR
Description du lot
Description
Napoléon Ier
Premier codicille du premier testament de Napoléon Ier.
Manuscrit autographe signé "Nap.", adressé au général Bertrand, grand maréchal du Palais.
[Sainte-Hélène], [3?] août 1[819].
2 pages sur un bifeuillet in-8 (182 x 110 mm). Encre sur papier vergé, filigrane "1814". Transcription postérieure au crayon de quelques mots au verso du second feuillet. Chemise de maroquin rouge, large bordure dorée en encadrement, armes impériales dorées au centre des plats, dos lisse, doublure et gardes de moire rose.
Un document d’une insigne importance : le seul témoignage connu du tout premier testament de Napoléon Ier rédigé à Sainte-Hélène au début du mois d’août 1819.
Ce codicille ne concerne que les biens de Sainte-Hélène qu’il entend léguer à ses compagnons d’exil.
"Mon cher Bertrand, je vous envoie un codicille écrit de ma main afin qu’après ma mort vous puissiez redonner tout ce qui se rapporte à St Hélène. Vous en disposerez de la manière suivante : vous donnerez la moitié du collier de diamants à Made Bertrand et l’autre moitié à Made Montholon. Vous donnerez 50 000 [francs] à Montholon, 50 000 à Marchand, 20 000 à St-Denis, 20 000 à Noverraz, 20 000 à Pierron, 10 000 à Archambault et 10 000 à Gentilini enfin 120 000 à vous ce qui fait 300 000 que j’ai ici. Vous garderez mon argenterie, mes armes, mes porcelaines, mes livres à mes armes emportés pour mon fils et tout ce que vous pouvez penser lui être utile un jour. Je vous donne mes manuscrits. Ne les faites imprimer qu’après avoir consulté les livres que j’avais pu trouver ici.
Je vous remettrai ce soir une lettre pour Laffitte et mes dispositions pour l’emploi d’une somme de 6 000 000. Gardez tout cela en tête que vous puissiez me la rendre si cela me convient."
Arrivé à Sainte-Hélène en octobre 1815, Napoléon est, dès avril 1816, sous l’étroite surveillance d’Hudson Lowe, gouverneur de l’île. Ce dernier s’avère un geôlier redoutable et la suspicion de l’ex-Empereur à son égard ne cesse de croître. Il se sent de plus en plus menacé et tremble pour sa vie. À ces tourments s’ajoute une santé de plus en plus chancelante. Son médecin personnel, le docteur O’Meara en informe aussitôt Hudson Lowe qui ne prête aucune attention à ses remarques alarmantes. Au début de l’été 1818, son état se dégrade alors que le docteur O’Meara est contraint de quitter l’île. L’Empereur refuse alors les services de son remplaçant, le docteur Verling.
C’est dans ce contexte de méfiance que Napoléon, rongé par la maladie et l’inquiétude, rédige dans l’urgence un premier testament qu’il remet, dans une enveloppe cachetée, au général Bertrand le 19 août avec d’autres documents. Ce dernier précise qu’il s’agissait d’"un paquet cacheté avec deux cachets aux armes de l’Empereur, sur lequel était écrit : ‘Ceci est mon testament, écrit de ma main, signé : Napoléon’" et "le soir, un paquet cacheté avec trois cachets à ses armes sur lequel était écrit : ‘Paquet que Bertrand tiendra à ma disposition ou qu’il ouvrira après ma mort’. Sans signature".
Ce codicille n’évoque que le partage de l’argent et des objets détenus à Sainte-Hélène qu’il entend léguer à ses compagnons d’exil. La primauté est accordée à Bertrand, seul exécuteur testamentaire. Les fidèles serviteurs de l’Empereur exilé ne sont pas oubliés : Louis-Joseph Marchand (valet de chambre), Louis-Étienne Saint-Denis, dit le mamelouk Ali (bibliothécaire), Jean Abram Noverraz, (second chasseur), Jean Baptiste Alexandre Pierron (chef d’office), Achille Archambault (valet d’écurie) et Angelo Gentilini (valet de pied).
L’histoire mouvementée de ce légendaire testament ne fait que commencer. Le 11 avril 1821, sentant sa fin proche, Napoléon s’attèle de nouveau à ses toutes dernières volontés qu’il commence à dicter à Montholon le 13 avril, annulant ainsi les dispositions prises en 1819. Deux jours plus tard, le 15 avril, il recopie de sa main ce second testament sous la dictée de Montholon (conservé aux Archives nationales, AE/I/13/21a). Jusqu’au 29 avril se succèdent plusieurs codicilles. Le papier utilisé en 1821 est un papier anglais au filigrane "1818" et "1819" alors que celui utilisé en 1819 est filigrané "1814".
Napoléon avait, entre temps, chargé Marchand de récupérer chez Bertrand le premier testament afin de le brûler. Le 12 décembre 1820, l’Empereur écrit au général Bertrand avoir "bien reçu les deux paquets cachetés que je vous avais remis le 19 août 1819, lorsque lui [Hudson Lowe] menaçait de m’assassiner". Le codicille en revanche était toujours en possession de Bertrand et fut précieusement conservé par ses descendants.
Quelques semaines avant sa mort, l’Empereur, exprime ses dispositions morales et institue comme ses exécuteurs testamentaires Montholon, Bertrand et Marchand. Le collier de diamants, devant être partagé en 1819 entre Mme Bertrand et Mme de Montholon, reviendra en totalité à Montholon. D’autre part, les sommes se sont amplifiées et le comte de Montholon sera largement privilégié par rapport au général Bertrand.
Le testament n’ayant pas été enregistré en Angleterre, ainsi que la loi l’exigeait, Montholon, à son retour en France, se chargea de cette démarche. Il fallut six années de procès pour arriver à un compromis. Ce n’est qu’en 1854 que Napoléon III instituera une commission chargée de donner au testament une complète exécution.
Ce très précieux document est le seul et unique témoignage des toutes premières volontés de l’Empereur exilé.
[On joint :] Une plume provenant de la succession Bertrand et qui pourrait avoir appartenu à Napoléon.
Henri-Gatien, général comte Bertrand (archives).
Christie’s Londres, 29 novembre 1995, lot 161 A.
Napoléon, l’Empereur sous la verrière du Grand Palais. La collection Pierre-Jean Chalençon. Biennale de Paris, 8-16 septembre 2018, ill. p. 11.
Napoléon, Correspondance générale publiée par la Fondation Napoléon, Paris, CNL, 2018, tome XV, p. 91.