Voir en plein écran - Voir 1 du lot 124. Cabinet à deux corps en poirier noirci, étain, palissandre de Rio et monture de bronze argenté, par Alphonse Giroux, France, vers 1850, les bronzes signés Mathieu Béfort Jeune.

Property from a French Private Collection

Cabinet à deux corps en poirier noirci, étain, palissandre de Rio et monture de bronze argenté, par Alphonse Giroux, France, vers 1850, les bronzes signés Mathieu Béfort Jeune

Vente aux enchères clôturée

December 11, 05:00 PM GMT

Estimation

60,000 - 100,000 EUR

Description du lot

Read in English
Read in English

Description

la galerie ouvrant à deux tiroirs et deux vantaux décorée de corbeilles de fruits, d’allégories des saisons, et bordée d’oves, ouvrant sur trois tiroirs, la partie supérieure ouvrant par deux portes vitrées, l’intérieur garni d’étagères, le bois noirci à décor de filets d’étain, le fronton à décor d’enroulements. Les serrures des portes et des tiroirs gravées de la signature ALPH. GIROUX&CIE PARIS et certains bronze signés au dos BEFORT JEUNE.


Height. 107 1/4 in, width. 51 ¼ in, depth. 21 1/4 in ; Haut. 272 cm, larg. 130 cm, prof. 54 cm

Veuillez noter que ce lot contient du palissandre de Rio. Ce lot contient des espèces protégées. Veuillez noter que Sotheby's n'est pas en mesure d'assister les acheteurs avec le transport de lots contenant des espèces protégées vers les Etats-Unis et le Royaume-Uni. L'impossibilité par l'acheteur d'exporter ou d'importer ces lots ne justifie pas un retard de paiement ou l'annulation de la vente. Please note that this lot contains some Rio rosewood. Please note that this lot contains restricted materials. Sotheby's is not able to assist buyers with the shipment of any lots containing restricted materials into the U.S.A or the U.K. Buyer's inability to export or import these lots cannot justify a delay in payment or a sale's cancellation.

REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES.

Payne, Paris, la quintessence du meuble au XIXe siècle, Saint-Rémy-en-l’Eau, 2018.

A. Dion-Tenenbaum et A. Gay-Mazuel, Revivals. L’historicisme dans les arts décoratifs français au XIXe siècle, Paris, 2020.

L’éclectisme du milieu de siècle

Au milieu du XIXe siècle, la volonté de régénérer les arts décoratifs incite les artistes à s’inspirer des styles du passé, de l’Antiquité à la fin du XVIIIe siècle, et à regarder vers des horizons lointains comme le Moyen-Orient. Ce besoin de renouveau se développe dans le climat d’émulation des Expositions universelles, qui pousse tous les pays à inventer de nouveaux procédés industriels de création. La dynastie Beurdeley, Henry Dasson ou Paul Sormani deviennent de fins collectionneurs de meubles du XVIIIe siècle et exécutent, aux côtés de créations de style, des reproductions fidèles de meubles des règnes de Louis XV et Louis XVI. Ces copies sont présentées aux expositions universelles ainsi qu’aux expositions d’art industriel organisées par l’Union centrale des beaux-arts appliqués à l’industrie. En parallèle, cette génération d’ébénistes dessine des meubles composites et crée ainsi des œuvres originales mêlant des styles divers. Les « marchands de curiosités » forment un maillon essentiel dans la transmission des techniques et des modèles anciens, agissant comme les marchands merciers du XVIIIe siècle.Ce cabinet à deux corps est un parfait témoignage d’un emprunt de formes et d’ornements issus d’un vocabulaire multiple pour former un meuble harmonieux. Ce meuble, bien loin d’être un simple pastiche, est une œuvre magistrale. On perçoit dans la composition et les proportions du corps supérieur l’influence des cabinets français du XVIIe siècle, d’autant plus que l’utilisation du bois noirci rappelle l’ébène, bois noble par excellence alors utilisé dans toute l’Europe. La partie inférieure doit beaucoup aux meubles à hauteur d’appui et aux commodes de la fin du XVIIIe siècle, aux lignes droites, massives comme c’est le cas de certaines œuvres de Bernard Molitor notamment. L’ornementation de bronze doré sur les montants, les chutes et la façade ne sont pas sans rappeler certaines œuvres de Jean-Henri Riesener ; alors que le fronton de notre meuble se réfère bien plus au désir de mouvement de l’époque Louis XV.


La Maison Alphonse Giroux

Maison active dès la fin du XVIIIe siècle, la maison Alphonse Giroux (1799-1881) fut l’un des magasins de luxe parisiens les plus florissants du Consulat à la fin du Second Empire. Initié par François-Simon Alphonse Giroux, la maison sera cédée en 1838 à ses fils André (1801-1879) et Alphonse-Gustave (1809-1886). À l’image des grands marchands merciers de l’Ancien Régime, la société du 7, rue du coq Saint-Honoré à Paris était décrite comme « Magasin de luxe, galerie, papeterie, tabletterie et ébénisterie ». Également fournisseur de la Couronne, de l’aristocratie et de la bourgeoisie, c’est dans ces ateliers que Louis XVIII et Charles X choisirent les étrennes de la jeune princesse Louise et du duc de Bordeaux. En 1834, le talent et la renommée de la maison Giroux rayonnent si bien en qualité d’ébéniste qu’elle figure dans la rubrique Ébénistes des Almanachs du Commerce. Celle-ci remporta par ailleurs de nombreux prix nationaux et internationaux, dont une médaille d’argent à l’exposition des produits de l’industrie. La publication des Meubles et Fantaisies : Maison Alp. Giroux à Paris vers 1840 assure la diffusion de quatre-vingt-quinze images en couleur de différentes sortes ; mais la renommée de la maison Giroux se développe également au travers des commandes impériales à partir du milieu de siècle. C’est le cas par exemple du bonheur-du-jour présenté à l’Exposition Universelle de 1855, qui séduisit l’Impératrice Eugénie. Ce meuble impressionnant, en tilleul sculpté, aujourd’hui conservé au château de Compiègne semble couvert de plantes grimpantes, qui envahissent l’espace et lui donnent l’air d’être échappé d’un conte. Intéressé par l’optique, Giroux père est non seulement l’inventeur du kaléidoscope mais aussi le dépositaire exclusif du daguerréotype, en collaboration avec la Maison Susse. Spécialisé dans le papier et les fournitures artistiques, il est également restaurateur de tableaux et propose des objets de fantaisie et d’écriture : on y vend des écritoires, encriers, et également des jouets.


Mathieu Béfort dit Béfort Jeune (1813-1880)

Nommé Béfort Jeune dans le Bottin du Commerce, Béfort exerce son métier de 1843 à 1879. Au début de sa carrière, il est installé au 4 rue Neuve Saint-Gilles, où il travaille en tant que menuisier en marqueterie. Il se spécialise notamment dans le mobilier ancien. En 1848, son atelier est décrit ainsi : « Béfort Jeune, marqueteur, spécialité de meubles de Boule (sic) et Riesener, bois rose, porcelaine et mosaïque ». Faisant partie d’une dynastie, il est fort probable que le travail du père chevauche celui de ses deux fils et qu’occasionnellement le fils ait terminé ou réparé les meubles de son père, ce qui peut générer un problème de datation pour les meubles de style Louis XIV. Il y a peu de documentation sur cette génération d’ébénistes, pourtant appréciée. La plupart des meubles Béfort Jeune a été répertorié avec le nom des fabricants apposés sous les bronzes. La majeure partie des meubles Béfort Jeune sont des pastiches du style Louis XIV qui adaptent des modèles Ancien Régime à la taille des pièces au XIXe siècle, et privilégient le renouveau des meubles Boulle dans un style Louis XVI.


Plusieurs exemples de collaboration entre la maison Giroux et Mathieu Béfort sont connus : voir Vente Christie’s Londres, 29 novembre 2016, lot 349 (cabinet en marqueterie Boulle d’époque Napoléon III) et lot 351 (paire de gaines en marqueterie Boulle d’époque Napoléon III).