
XIXe siècle ─ lots 47 à 144
Lettres à la fiancée. Paris, 1901. Exceptionnel exemplaire sur Japon, enrichi d’un poème et de 5 lettres autographes Exemplaire sur Japon, enrichi d'un poème de Hugo et de cinq lettres autographes à Adèle Foucher etc. Reliure Marius Michel.
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Lot Closed
October 28, 02:29 PM GMT
Estimate
12,000 - 15,000 EUR
Lot Details
Description
Hugo, Victor
Lettres à la fiancée. 1820-1822.
Paris, Bibliothèque-Charpentier, Eugène Fasquelle, 1901.
In-8 (235 x 146 mm). Maroquin janséniste bleu nuit, dos à nerfs, doublure de maroquin bleu cobalt ornée d’un triple encadrement de filets dorés avec fleurs mosaïquées de maroquin ocre dans les angles, gardes de soie moirée à motifs or et bleu, doubles gardes marbrées, tranches dorées sur témoins, couverture et dos, chemise demi-maroquin bleu nuit à bandes et étui (Marius Michel).
La correspondance amoureuse de Victor Hugo à Adèle Foucher.
Exceptionnel exemplaire sur Japon, enrichi d’un poème et de 5 lettres autographes de Hugo à sa future épouse. Avec un billet autographe d’Adèle à son fiancé.
Édition originale, posthume.
Deux portraits héliogravés, Victor Hugo par Victor Ratier et Adèle Foucher d’après Devéria, et facsimilé de la première lettre connue de Hugo à sa fiancée, en janvier 1820.
Un des 6 exemplaires sur Japon (n° 5), seul grand papier.
Réunion de 120 lettres du poète, écrites entre janvier 1820 et octobre 1822, à celle qu’il épousa le 12 octobre 1822, tous deux étant respectivement âgés de 20 et 19 ans.
Bel exemplaire dans une reliure doublée de Marius Michel, enrichi de :
HUGO, Victor. Poème autographe, Élégie. (1 page ½ in-8, sur un bifeuillet). Composé en décembre 1819, ici présentant 40 vers, il a été repris dans Odes et Ballades sous le titre "Premier soupir" et 29 vers. Avec d’importantes variantes portant sur une vingtaine de vers [voir infra].
HUGO, Victor. 5 lettres autographes dont deux signées "Victor" à son ange bien-aimé, quelques semaines avant leur mariage, mêlant déclarations d’amour et aveux de tourments.
- Dimanche soir [23 ou 30 juin 1822 ; 4 p. in-12 sur un bifeuillet]. Au sortir d’une soirée chez les Foucher. S’indignant des airs de fatuité et d’impertinence qu’Adèle et lui ont dû subir, il affirme ne vouloir rien supporter que d’elle et surtout pas de membres de sa famille qui s’imaginent que la fraternité ou la parenté, signifient égalité : "Adèle tu n’es l’égale de personne. Je ne connais pas une âme humaine qui puisse se comparer à la tienne". Il reprend sa lettre le lendemain matin, pour lui exprimer toute l’impatience qu’il a de parvenir à la vie de bonheur que lui apportera leur mariage. "Ô mon Adèle, bonheur est un mot trop faible pour exprimer ce qu’éprouvera ton mari dans ce bienheureux jour, ce qu’il éprouve quand tu daignes lui permettre une caresse ou un baiser".
- Jeudi 9 ½ du soir [18 juillet 1822 ; 2 p. in-12]. Il se désole de n’avoir pu passer davantage de temps auprès d’elle et de la savoir souffrante. "Dis-moi ce que tu penses, ne me rassure pas perfidement, oui, ce serait perfidie, songes-y bien, Adèle, que de me tranquilliser à tort. Dis-moi la vérité, toute la vérité, il faut que je la sache, afin de vivre ou mourir". Le lendemain, il avoue n’avoir envie que de travailler ─ il évoque une conférence qui a obtenu un bon résultat ─ et de s’occuper d’elle, mais s’il lui écrit tant, c’est de sa faute : "Pourquoi t’es-tu fait adorer de ton pauvre mari ?”
- Dimanche 9 h½ [9 ou 16 juin 1822 ; 2 p. in-12]. Il souffre de ce qu’il imagine être de l’indifférence de la part d’Adèle. "Mon sommeil dépend de ton adieu. […] Oh ! Dis-moi, oui, dis-moi, répète-moi que ce n’est pas de l’indifférence, mais… qu’est-ce donc alors ? – tout, plutôt que de l’indifférence. […] mais non, tu m’aimes, tu m’aimes, n ’est-ce pas, ange ? Je n’ai besoin que de cette conviction dans la vie, mais j’en ai tant besoin !".
- Jeudi 9h du soir [25 juillet 1822 ; 4 p. in-12 sur un bifeuillet]. "Je souffre, je souffre bien cruellement, moi qui ai vu pleurer mon Adèle […] Toute mon âme se soulève tumultueusement, et toutes les douleurs que j’éprouve sont également inexprimables. Tu m’as accusé de ne pas t’aimer, et ce reproche m’est bien amer, puisque ce qui me tourmente, et ce qui t’importune, c’est mon trop d’amour. Adèle, il est donc vrai que tu aurais été plus heureuse d’être aimée par quelque être tranquille et froid, qui n’eût connu ni la chaste susceptibilité, ni les délicates jalousies d’un grand amour ? […] Je voudrais savoir si j’ai aujourd’hui commis à mon insu quelque crime qui m’ait mérité une telle douleur".
- Mardi 4 h ½ [11 septembre 1822 ; 1 p. in-8 et une ligne au verso]. Occupé par des visites et par les démarches pour obtenir sa pension. "J’ai à peine le tems de te répéter combien je t’aime, de te redire des redites. Je serais heureux de cette éternelle monotonie de mes lettres, si elle ne t’ennuie pas. Adieu, mon Adèle bien aimée, j’espère que j’aurai un mot de toi et au moins un baiser. Je le prends d’ici et d’avance". Et en post-scriptum, Hugo précise qu’il ne veut pas "un" mot mais six pages !
Ces cinq lettres ne figurent pas dans la présente édition et furent publiées ultérieurement, en 1947, dans le volume de correspondance des Œuvres complètes chez Ollendorff.
FOUCHER, Adèle. Lettre autographe à Victor, avec annotation de la main de Hugo : "Reçue le samedi 16 février 1822" (2 pages in-12 et deux lignes au verso). Elle répond au reproche de son fiancé qui a réclamé une lettre.
"Que veux-tu que je te dise que je t’aime, tu le sais bien. Hier tu m’as grondée injustement [...] Est-il quelque chose de plus fascheux que d’être avec des gens que la danse ne fatigue jamais et qui comptent pour rien un visage ennuyé. Tu m’as grondée, tu m’as fait de la peine car je ne suis heureuse que lorsque je danse avec toi". Elle aurait envie parfois d’envoyer promener tout le monde. Elle écrit à la hâte que sa mère la demande aussitôt et la dernière phrase de sa lettre, incomplète, est en partie caviardée : "Aime-moi, personne au monde que moi ne s’en trouvera plus heureuse".
Louis Barthou (ex-libris, I, 1935, n° 217).
Pierre Bergé (ex-libris ; IV, n° 920).
Transcription du poème Élégie (les variantes sont indiquées en gras et la version définitive entre crochets).
Vis [Sois] heureuse, ô ma douce amie,
Salue en paix la vie et jouis des beaux jours ;
Sur le fleuve du temps mollement endormie,
Laisse les flots suivre leur cours !
Va, le sort te sourit encore ;
Le ciel ne peut vouloir, dissipe tout effroi,
Qu’un jour triste succède à ta brillante [joyeuse] aurore.
Le ciel doit m’écouter quand pour toi je l’implore.
Puisse hélas l’avenir ne peser que sur moi
[Notre avenir commun ne pèse que sur moi].
Que du sort sur moi seul le courroux se déploie !
Aux traits cuisants de la douleur
Puisses-tu jamais n’être en proie !
Quand je te saurai dans la joie
Je sentirai peu le malheur.
Je ne veux pas longtemps souffrir qu’il me tourmente
Comme Gallus, sans épouvante
Je puis contempler le cercueil ;
J’ai, n’offrant qu’à la gloire une âme indépendante,
Commencé sans bassesse une vie innocente
Que je finirai sans orgueil.
Le temple de mémoire est près des noirs royaumes,
Et la gloire et la mort ne sont que deux fantômes
En habit de fête ou de deuil.
Tes regrets seuls font mes alarmes :
Peut-être, à mon funeste sort
Tes yeux donneraient quelques larmes :
Voilà pourquoi je crains la mort
Toutefois, l’honneur parle en maître :
Peut-être, loin de toi, demain j’irai languir.
Ah ! puisque j’ai pu te connaître ;
[Quoi, déjà tout est sombre et fatal dans ma vie !]
J’ai dû t’aimer, je dois te fuir !
Bientôt (Que sur mon front l’infortune retombe !)
Puis, — hélas ! sur mon front que le malheur retombe !
Il faudra qu’à l’absence, à de nouveaux désirs,
Un sentiment bien doux succombe ;
Tu m’oublieras dans les plaisirs,
Moi je t’oublierai [Je me souviendrai] dans la tombe.
[Oui, je mourrai ; déjà ma lyre en est en deuil.
Jeune, je m’éteindrai, laissant peu de mémoire,
Sans peur ; puisque de front j’ai contemplé la gloire,
Je puis voir de près le cercueil.
L’élysée immortel est près des noirs royaumes,
Et la gloire et la mort ne sont que deux fantômes,
En habits de fête ou de deuil !]
Vis heureuse, ô ma douce [jeune] amie,
Jouis en paix de tes beaux jours !
Sur le fleuve du temps mollement endormie,
Laisse les flots suivre leur cours !