
XXe siècle (lots 51 à 142)
Rare dessin original signé. Vers 1930. Encre sur papier.
Lot Closed
March 1, 02:26 PM GMT
Estimate
15,000 - 20,000 EUR
Lot Details
Description
XXe siècle (lots 51 à 142)
García Lorca, Federico
Dessin surréaliste, original signé.
[Début des années 1930.]
Encre sur papier (215 x 128 mm). Signé "Federico Garcia Lorca".
Bords très légèrement jaunis.
Très rare dessin surréaliste de García Lorca.
Dans les années 20, alors que la relation entre poésie et peinture s’intensifie chez les artistes espagnols, le poète Federico García Lorca développe aussi une pratique graphique, restée aujourd'hui trop méconnue. Dessins à l’encre, au crayon, voire à l’aquarelle accompagnent ses poèmes et ses lettres. Dès 1927, il désigne ses dessins comme des "poèmes" qu’il qualifie tantôt de "poésie pure" ou de "plastique pure", comme si les termes étaient échangeables. Le dessin n’est pas juste un moyen d’expression alternatif à la poésie mais une forme de poésie en soi.
Cet idéal de l’artiste-poète, partagé entre autres par Joan Miró, conduit ce dernier à écrire, quarante ans après la mort de García Lorca, fusillé lors de la guerre civile espagnole le 19 août 1936 : "Los dibujos de Lorca me parecen obra de un poeta, que es el mejor elogio que puedo hacer a toda expresión plástica" [Les dessins de Lorca me semblent être l'œuvre d'un poète, c’est le meilleur compliment que je puisse faire à toute expression plastique] (J. Miró, Composición; Trece de nieve, n° 1-2 ; 1976, p. 156-157).
García Lorca se plaît à explorer les esthétiques et symboliques des avant-gardes européennes, mais son œuvre dessiné prend un tournant ouvertement surréaliste après 1927. Formes et lignes libres, empreintes d’une forte symbolique érotique et onirique peuplent alors les compositions de García Lorca qui, à cette époque, voue une admiration pour Salvador Dalí.
Dans ses dessins, le thème du visage est particulièrement récurrent. Dissimulé par sa déconstruction plastique, il est uniquement reconnaissable par le tracé de bouches ou des yeux, multiples ou uniques, centrés ou éparpillés sur la surface de l’œuvre. Ici, l’œil, motif chargé de symbolique psychanalyste, est aveugle et sa pupille est blanche. On retrouve une représentation similaire dans son dessin Rostro con flechas (vers 1935-1936). D’autres dessins présentent un œil avec une pupille noire, symbole de vie, comme La vista y el tacto (vers 1929-1930).
Dans ce dessin, les formes végétales noires et blanches ondulant sont très proches de celles qui dessinent les contours de la "forêt sexuelle" de Bosque sexual (vers 1932). De cet ensemble de formes abstraites vaguement humanisées, jaillissent trois lignes au bout desquelles pendent trois poissons pris à l’hameçon.
Pablo Luis Ávila (né en 1932). L’auteur et peintre de Grenade Pablo Luis Ávila a reproduit le dessin dans l’ouvrage qu’il a publié en 1983 à la mémoire du poète espagnol Jorge Guillén. Sonreído va el sol: poesie e studi offerti a Jorge Guillén regroupe poèmes et textes de proches de Guillén, principalement des auteurs affiliés au groupe littéraire avant-gardiste la Generación del 27 auquel appartenait García Lorca.
L. Plaza Chillón, "Una proyección gráfica de las palabras : los dibujos "abstractos" y vibracionistats de Federico García Lorca", De Arte, 13, 2014, p. 216-239.
L. Ávila (dir.), Sonreído va el sol: poesie e studi offerti a Jorge Guillén, Milan, All'Insegna del Pesce d'Oro, 1983, p. 14.