View full screen - View 1 of Lot 49. Dessins et croquis dans les marges de son dictionnaire, env. 440 dessins, 1878-1881.

XIXe siècle (lots 28 à 50)

Toulouse-Lautrec, Henri de

Dessins et croquis dans les marges de son dictionnaire, env. 440 dessins, 1878-1881

Lot Closed

March 1, 01:49 PM GMT

Estimate

80,000 - 120,000 EUR

Lot Details

Description

XIXe siècle (lots 28 à 50)


Toulouse-Lautrec, Henri de

Dessins et croquis originaux dans les marges de son Nouveau dictionnaire élémentaire latin-français par J. Geoffroy. Paris, Delalain et fils, [1873].

[1875-1881].


Un volume in-8 (220 x 140 mm). Cartonnage recouvert de toile beige, dos lisse, premier plat portant l’inscription autographe : "H. de Toulouse-Lautrec / Dictionnaire Latin" à l’encre noire, suivie des deux grandes initiales "T.L." (Reliure de l’époque). Dans un emboîtage moderne de basane fauve, pièce de titre brune.

Toile frottée, usures aux coupes et aux coins, dos restauré, quelques bords de feuillets effrangés, papier un peu jauni. Attaches de la première et de la dernière garde restaurées.


Précieuses et fascinantes marginalia de Toulouse-Lautrec.


Avec deux quatrains autographes.


Environ 440 dessins ou croquis, à l’encre et plus rarement au crayon, parsèment les pages de ce dictionnaire de version latine ayant appartenu au jeune Toulouse-Lautrec.

Plus de 200 de ces dessins occupent les seuls contreplats et gardes du dictionnaire, où fourmillent une multitude enchevêtrée de divers petits personnages, visages plus ou moins caricaturaux, têtes d’animaux, oiseaux. Les autres croquis s’égayent dans les marges, le plus souvent dans la marge supérieure et plus rarement dans les marges inférieures ou intérieures.

Certains de ces dessins sont de simples esquisses, tracés d’un seul trait de plume, d’autres sont beaucoup plus élaborés et présentent de très fins détails ; une vingtaine d’entre eux sont au crayon, les autres à l’encre noire ou brune. Si certains mesurent quelques centimètres, un grand nombre mesurent deux ou trois millimètres de hauteur.


Des marginalia d’écolier. Élève brillant dans plusieurs matières, Toulouse-Lautrec a orné plusieurs de ses cahiers et livres de classe de dessins, peut-être pour tromper l’ennui devant des devoirs fastidieux qui l’intéressaient moins que le dessin : "quand l’apprentissage ridicule de la grammaire et de la versification devenait insupportable, il […] trempait sa plume dans l’encrier et dessinait un petit chef-d’œuvre", explique A. Huxley. "Ses cahiers et ses livres de classe sont remplis de croquis d'après les élèves et les professeurs, de dessins de chevaux et d'animaux et de scènes imaginaires. Son dictionnaire latin, sa grammaire grecque sont couverts d'hiéroglyphes presque à toutes les pages !" (Ph. Huisman et M.G. Dortu, Lautrec par Lautrec, p. 19).


La plupart de ces cahiers de classe et livres scolaires sont aujourd’hui conservés au musée Toulouse-Lautrec d’Albi, notamment un autre dictionnaire, cette fois de français-latin, datant des années 1878-1881, également émaillé de croquis.


Toulouse-Lautrec dessinateur précoce. La santé fragile du jeune garçon, atteint d’une maladie des os, dut favoriser un goût certain pour le dessin. Son environnement familier à Toulouse, auprès de son père, passionné de chasse et d’équitation, n’a pu que l’aider à développer ses qualités d’observateur, des hommes comme des animaux. On dit qu’à l’âge de trois ans, au moment du baptême de son petit frère, Henry aurait demandé à signer le registre de baptême, si ce n’est de son nom puisque ne sachant pas encore écrire, mais en dessinant un bœuf !


Des thèmes récurrents. Ces croquis d’adolescent, exécutés d’un trait assuré et enlevé, témoigne non seulement de sa précocité de dessinateur mais également de l’humour provocateur dont Toulouse-Lautrec fera preuve, dans sa vie d’homme comme dans les sujets de prédilection de son œuvre.


Les chevaux, très présents dans les pages de ce dictionnaire, seront très souvent peints par l’artiste, dès l’une de ses premières toiles représentant Le comte Alphonse de Toulouse-Lautrec conduisant son mail-coach en 1880 (Petit Palais), mais aussi ses Artilleur sellant son chevalCheval blanc GazelleCavalier Monsieur du PassageLe comte Alphonse de Toulouse-Lautrec en fauconnier.


Son art de transcrire le mouvement et la réalité des corps, comme plus tard dans ses représentations de de la vie nocturne parisienne, se révèle parfaitement ici, par exemple dans le croquis d’haridelles tirant un chariot en regard de la silhouette d’un cheval de race (p. VI-VII).


D’autres animaux, comme chiens, sangliers, oiseaux ─ notamment les oiseaux de proie si prisés par son père fauconnier et chasseur ─, sont également une cible de choix pour le jeune artiste.


On trouve un grand nombre de dessins inspiré par le monde du cirque et du spectacle avec des portraits de fous, d’acrobates et autres personnages vêtus à la mode médiévale.


Et bien entendu une foule de visages, de face ou de profil, et de personnages, plus ou moins caricaturés, allant d’un militaire devant un feu de camp à une danseuse, d’un toréador à des femmes en robes à tournure, d’un élégant en costume d’équitation à une silhouette féminine à taille de guêpe surmontant le dessin de ce même insecte. On peut relever quelques rapides croquis de bateaux (peut-être réalisés durant ses séjours à Nice) ou d’objets (chaussure, béquille…), des études de mains, certaines tenant des rênes, etc.


Deux poèmes autographes. Au premier contreplat du volume, le futur bachelier a inscrit quelques bouts rimés, pour dissuader les chapardeurs :

"Si tenté du démon

Tu dérobes ce livre

Apprends que tout fripon

Est indigne de vivre".


Et plus bas, dans une sorte de sabir français-latin :

"Adspice Pierrot pendu,

Qui librum n’a pas rendu

Si librum reddidisset

Pierrot pendu non fuisset".

Entre ces deux quatrains, un grand dessin représentant un Pierrot en habit d’Arlequin, langue tombante, pendu à une potence : destin funeste d’un voleur de livres !


On relève également quelques autres annotations autographes dispersées dans ces pages. Sur la première garde blanche, l’adverbe "beaucoup", orthographié de deux façons différentes, et sur la dernière garde, c’est le verbe "ressusciter" qui fait l’objet de quatre tentatives d’orthographe. À la page 111, une légende accompagne un croquis à l’encre et au crayon mêlant la silhouette d’un jockey à la forme d’un canon fumant : "Est-ce le jockey ? est-ce le canon" et page 119, une énigmatique mention, en lettres majuscules, "TRIPA / BOULIDA" entoure un profil d’homme [peut-être un des professeurs de Toulouse-Lautrec ?]. En fin de volume quelques mots épars, en latin ou en français.


Œuvre en rapport. Pendant du présent Dictionnaire latin-français, le Dictionnaire français-latin publié la même année, également enluminé par l’artiste, a figuré à l'exposition du Centenaire de Toulouse-Lautrec (n° 83bis). Conservé dans une reliure en toile similaire, il a été ainsi décrit : "À l’intérieur de la couverture au début et à la fin, série de croquis de la jeunesse de Toulouse-Lautrec des têtes ayant un certain caractère et de nombreuses études de bateaux", avec, comme notre exemplaire, des croquis de cavaliers, une "série de têtes d’hommes peut-être des professeurs", et "beaucoup d’études de cheveux" et des esquisses d’acrobates.


Ce Dictionnaire français-latin est conservé depuis 1973 au musée Toulouse-Lautrec d'Albi (Inv. L.C. 7), où il a rejoint dix autres livres de classe illustrés grâce au don de M. Philippe Brame (La Revue du Louvre, p. 453, n° 20).


8vo (219 x 140mm). With around 440 pen-and-ink drawings by Lautrec on approximately 110 pages, including endpapers, title-page, and the margins of text pages; small, neat repairs to a few leaves. Contemporary drab buckram, inscribed on the cover: "H. de Toulouse-Lautrec. Dictionnaire Latin | T.L."; a few ink stains, edges rubbed, rebacked, resewn, endpapers extended. Housed in a pigskin folding-case.


Toulouse-Lautrec's Latin-French dictionary, bearing around 440 of his pen-and-ink drawings


This remarkable collection of drawings was done by the sixteen-year-old Toulouse-Lautrec in 1880-81 in a dictionary he was using in preparation for his baccalaureate. He first sat for the examination in 1880, failed, tried again in 1881 and passed. In the interval between the two examinations, the bored pupil decorated the margins with these drawings. It was also in 1880-81 that Toulouse-Lautrec received his first art lessons, first from his uncle, Charles de Toulouse-Lautrec, and then from the painter René Princeteau, a friend of Lautrec's father through his great knowledge of horses.


These quick drawings reflect the adolescent artist's sharp powers of observations and the influences of his father, a falconer, and of Princeteau, a horseman. Falcons, horses, and beagles all adorn the title-page. It is the horses, however, whose lively presence is felt most on page after page. After looking through this volume in 1955, Aldous Huxley wrote, "... when the learned foolery of grammar and versification became unbearable, he would ... dip his pen in the ink and draw a tiny masterpiece. Dictionnaire Latin-Français. Above the words is a cavalryman galloping to the left, a jockey walking his horse towards the right. Coetus and Cohaerentia are topped by a pair of horse's hoofs, glimpsed from the back as the animal canters past. Two pages of the preface are made beautiful, the first by an unusually large drawing of a tired old nag, the second by a no less powerful version of the three horses in tandem which adorned the flyleaf." Lautrec's great lithographs of horses, particularly Partie de compagne, are clearly foreshadowed in these images.


Lautrec's love of the theatre and the music hall first appear here in the form of court jesters, female acrobats in tights, and personages in vaguely medieval costume.


On the first pastedown, two quatrains in Toulouse-Lautrec's hand appear among the drawings. The first reads:

"i tenté du démon

Tu dérobes ce livre

Apprends que tout fripon

Est indigne de vivre".

[If, driven by a demon

you steal this book

know that no rascal

merits to live.]


The other verse, written in a combination of Latin and French, appears below a drawing of a pierrot hanged on a gallows, saluted by a dapper gentleman in a top hat. The verse says, "Look at Pierrot hanged, who did not return the book; if he returned it, he could not have been hanged." ("Adpice Pierrot pendu, / Qui librum n’a pas rendu / Si librum reddivisset / Pierrot pendu non fuisset).


The front cover has also been inscribed by the artist, "H. de Toulouse-Lautrec. Dictionnaire Latin" and has been boldly initialed "T.L."


In summarizing the lively spirit of these early drawings, Huxley wrote, "Even as a boy, as yet completely ignorant of the masters under whose influence his mature style was to be formed, Hokusai, Degas, Goya, even in the margins of his Latin dictionary he was making manifest the vitalizing spirit in the movements of life."


A remarkable collection of drawings by the young artist.