
Composition
Lot Closed
December 7, 03:20 PM GMT
Estimate
15,000 - 20,000 EUR
Lot Details
Description
Nicolas de Staël
1914 - 1955
Composition
signed and dated 44
charcoal on paper
27 x 22 cm; 10 ⅝ x 8 ⅝ in.
Executed in 1944.
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Nicolas de Staël
1914 - 1955
Composition
signé et daté 44
fusain sur papier
27 x 22 cm; 10 ⅝ x 8 ⅝ in.
Exécuté en 1944.
M. Desjardins
Private Collection, Paris
Acquired from the above by the present owner in 2015
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M. Desjardins
Collection particulière, Paris
Acquis auprès du précédent par le propriétaire actuel en 2015
Françoise de Staël, Ed., Nicolas De Staël: Catalogue Raisonné des Œuvres Sur Papier, Paris 2013, no. 88, p. 79, illustrated
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Françoise de Staël, Ed., Nicolas De Staël: Catalogue Raisonné des Œuvres sur Papier, Paris, 2013, no. 88, p. 79, illustré
Indifferent to the fashions of his time and astonishingly polyhedral in his practice, Nicolas de Staël is recognized as one of the greatest painters of the last century. Throughout his career, he transcended the debates between abstraction and figuration that agitated his contemporaries, immersing himself in the atmosphere of the different places he visited and constantly cultivating a fruitful simultaneity between drawing, collage and painting. This development is reflected in his works on paper, which range from the first monochrome abstract drawings to the last colored nudes on pasted paper. Because of its versatility and transportability, this medium was to be the faithful companion of De Staël's emotional and artistic peregrinations between north and south, east, and west.
Originally from Russia, he arrived in Paris just after the war and was offered an hôtel particulier on rue Nollet, where he set up his studio in 1943. Although the place could sound aulic, he found himself in conditions of great poverty and no heating. During this period, he explored the possibilities of drawing on paper and began to construct biomorphic forms through the interplay of light and shadow. As the daughter Anne tells: "Staël always drew a lot. There isn't a space that isn't tense and innervated by the extreme vibration of a line. Bringing down what he sees on paper takes place through a network of limits, delimitations and veins that bring the motif to life" (cited in: Francoise de Stael, Nicolas de Stael Catalogue Raisonné des oeuvres sur papier, 2013, p. 10) This early production, influenced by Kandinsky and Arp, is extraordinarily well illustrated by the two Compositions dated 1944 in charcoal on paper, which will be presented at auction.
A decade later, the artist, who was then enjoying increasing success and moved at the other end of France, in the south, did not abandon the simple material of paper. After a trip to New York and Sicily in 1953, the same year he bought a small château in Ménerbes, in the fascinating Vaucluse region. Increasingly figurative, his practice came to terms with the Mediterranean, windy landscapes of Provence, but also with human figures, increasingly concealing the signs of a profound existential crisis. This difficult period for the artist emerges from his suffering words in a 1954 letter to Pierre Lecuire: 'ne me parlez pas joliment, ça fait mal parfois au-delà des limites' (13 May 1954).
Paper was no longer a simple support but had become a medium. In the exceptional Nu Assis, L'arlesienne, from 1954, this change is evident. Manually tearing up small pieces of paper, de Stael assembles them into an anthropomorphic mosaic, as if bringing order to his fragmented feelings. On the light cream background, vibrant, deep pigments depict a seated female figure, showing a great synthesis of colors and composition. The blue and vermilion nuances probably echo the bright, sunny sites of Agrigento, as well as Matisse's grandiose Atelier Rouge, which he discovered at MoMA. He was likely also inspired by the French artist's collages, whose joie de vivre he translates into his own, more dramatic alphabet. Offering a unique and radical interpretation of the nude, at the heart of his latest research, de Stael seems also to adopt again the angle and position of the Portrait d’Anne currently on show at the Musée d'Art Moderne in Paris.
Without ever abandoning the humble material of paper, de Staël bequeathed to future generations the precious results of a troubled exploration. Witnessing an extraordinary creative journey, from the first chiaroscuro drawings to the last luminous collages, these rare works reveal the sublime expressive intensity their author achieved through this medium.
"Don't worry about me, I'll bounce back from the shallows if the swell allows it, I'll stay there because I'm going to go without hope to the end of my heartbreaks, to the end of their tenderness. You've helped me a lot. I'll go as far as deafness, as far as silence, and that will take time. I cry alone in front of the paintings, they are slowly, very slowly becoming human in reverse.”
Nicolas de Staël, letter to Pierre Lecuire, 27 November 1954
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Indifférent aux modes de son temps et étonnamment polyédrique dans sa pratique, Nicolas de Staël est reconnu comme l'un des plus grands peintres du siècle dernier. Tout au long de sa carrière, il a transcendé les débats entre abstraction et figuration qui agitaient ses contemporains, s'imprégnant de l'atmosphère des différents lieux qu'il visitait et cultivant sans cesse une simultanéité féconde entre dessin, collage et peinture. Cette évolution se reflète dans ses œuvres sur papier, qui vont des premiers dessins abstraits monochromes aux derniers nus colorés sur papier collé. En raison de sa polyvalence et de sa facilité de transport, ce support sera le compagnon fidèle des pérégrinations émotionnelles et artistiques de De Staël entre le nord et le sud, l'est et l'ouest.
Originaire de Russie, il arrive à Paris juste après la guerre, où un hôtel particulier rue Nollet lui est proposé et où il installe son atelier en 1943. Bien que l'endroit puisse paraître aulique, il se retrouve dans des conditions de grande pauvreté et sans chauffage. Durant cette période, il explore les possibilités du dessin sur papier et commence à construire des formes biomorphiques par le jeu de l'ombre et de la lumière. Comme le raconte sa fille Anne : « Staël a toujours beaucoup dessiné. Il n’est pas un espace qui ne soit tendu et innervé par l’extrême vibration d’une ligne. Faire descendre ce qu’il voit sur le papier a lieu à travers un réseau de limites, délimitations et veines qui se mettent à faire vivre le motif » (cité dans : Françoise de Staël Nicolas de Staël Catalogue Raisonné des œuvres sur papier, 2013, p. 10). Cette production précoce, influencée par Kandinsky et Arp, est extraordinairement bien illustrée par les deux Compositions datées de 1944 au fusain sur papier, qui seront présentées à la vente Sotheby’s.
Dix ans plus tard, l'artiste, qui connaît alors un succès grandissant et s'installe à l'autre bout de la France, dans le sud, n'abandonne pas le matériau simple qu'est le papier. Après un voyage à New York et en Sicile en 1953, il achète la même année un petit château à Ménerbes, dans le fascinant Vaucluse. De plus en plus figurative, sa pratique s'accommode des paysages méditerranéens et venteuses de la Provence, mais aussi des figures humaines, qui cachent de plus en plus les signes de la profonde crise existentielle de l’artiste. Cette période difficile ressort des mots de souffrance qu'il prononce dans une lettre de 1954 à Pierre Lecuire : "ne me parlez pas joliment, ça fait mal parfois au-delà des limites" (13 mai 1954).
Le papier n'est plus un simple support mais devient un médium. Dans l'exceptionnel Nu Assis, L'arlesienne, de 1954, ce changement est évident. Déchirant manuellement de petits morceaux de papier, de Staël les assemble en une mosaïque anthropomorphique, comme s'il mettait de l'ordre dans ses sentiments fragmentés. Sur le fond crème clair, des pigments vibrants et profonds représentent une figure féminine assise, faisant preuve d'une grande synthèse des couleurs et de la composition. Les nuances de bleu et de vermillon font probablement écho aux sites lumineux et ensoleillés d'Agrigente, ainsi qu'au grandiose Atelier Rouge de Matisse, qu'il avait découvert au MoMA. Il s'est probablement aussi inspiré des collages du maitre français, dont il traduit la joie de vivre dans son propre alphabet, plus dramatique. Proposant une interprétation unique et radicale du nu, au cœur de ses dernières recherches, de Staël semble également reprendre l'angle et la position du Portrait d'Anne actuellement exposé au Musée d'Art Moderne de Paris.
Sans jamais abandonner l'humble matériau qu'est le papier, de Staël a légué aux générations futures les précieux résultats d'une exploration troublée. Témoins d'un extraordinaire parcours créatif, des premiers dessins en clair-obscur aux derniers collages lumineux, ces œuvres rares révèlent la sublime intensité expressive atteinte par leur auteur à travers ce support.
« Ne vous tourmentez pas à mon sujet, des bas-fonds on rebondit si la houle le permet, j’y reste parce que je vais aller sans espoir jusqu’au bout de mes déchirements, jusqu’à leur tendresse. Vous m’avez beaucoup aidé. J’irai jusqu’à la surdité, jusqu’au silence et cela mettra du temps. Je pleure tout seul face aux tableaux, ils s’humanisent doucement, très doucement à l’envers. »
Nicolas de Staël, lettre à Pierre Lecuire, 27 novembre 1954