
Livres et Manuscrits des XIX & XXe siècles (lots 99 à 171)
Réponse à l'exposé du Parquet de la cour de Justice. Dactylographie corrigée, après sa condamnation en 1950
Lot Closed
June 22, 01:49 PM GMT
Estimate
5,000 - 7,000 EUR
Lot Details
Description
Livres et Manuscrits des XIX & XXe siècles (lot 99 à 171)
CÉLINE, LOUIS-FERDINAND
Réponse à l’exposé du Parquet de la cour de Justice.
Tapuscrit corrigé signé. 24 février 1950.
DOCUMENT FONDAMENTAL DANS LA DÉFENSE DE CÉLINE, APRÈS SA CONDAMNATION PAR LA COUR DE JUSTICE DE LA SEINE.
10 pages in-folio (340 x 210 mm). Avec 65 corrections à l’encre bleue et 2 longs becquets avec plusieurs lignes autographes, contrecollés aux pages 5 et 7. Signé "LF Celine".
Le 21 février 1950, le verdict l’a condamné par contumace à un an d'emprisonnement, à 50 000 francs d'amende, à la confiscation de la moitié de ses biens présents et à venir, et à l'indignité nationale. Céline rédige alors cette défense, à l’origine intitulée "Premières impressions et précisions sur le réquisitoire", pour récuser plusieurs des accusations et rétablir sa vérité.
Le premier point concerne Les Beaux Draps, publié en 1941, un livre qu'il ne considère pas comme "antisémitisme mais farouchement patriotique". "Ce que je pensais ou ne pensais pas des juifs était peut-être absurde, mais je ne suis qu’un écrivain – je ne fonde pas des partis politiques, je n’ai jamais prêté ma plume à aucun parti politique […] Je suis un bon soldat ─ je l’ai prouvé ─ je suis un bon soldat, mais un bon médecin aussi et je considérais la guerre comme une catastrophe dont la France ne se relèverait pas". Il souligne l’absurdité qu’il y a à isoler des passages sans tenir compte de l’esprit d'un livre qui n’exprime que son "patriotisme exacerbé par la jactance des néo-collaborateurs prébendiers, opportunistes de la fausse et cabotine Résistance".
Il rappelle ensuite qu’il n’a jamais été traduit en allemand sous le régime hitlérien et que les nazis interdisaient ses livres, tout comme le gouvernement de Vichy. Quant à L’École des cadavres, il affirme avoir toujours trouvé étrange que Denoël ait réédité son livre, en même temps qu’il publiait Le Cheval blanc d’Elsa Triolet, ici évoqué sous le titre de "Cheval de Troie, roman philosémite". Il soupçonne son éditeur d’avoir voulu le compromettre, notamment en lui demandant une nouvelle préface.
Il conteste plusieurs assertions retenues contre lui : sa correspondance avec Jean Lestandi [directeur du Pilori] qui a été manipulée ou même inventée, sa soi-disant appartenance au Cercle Européen, son prétendu abonnement aux Cahiers franco-allemands. Il expose les véritables raisons de son voyage en Allemagne en mars 1942 qui n’était en réalité qu’un prétexte pour rencontrer son amie danoise Karen Jensen et étudier la possibilité de se réfugier au Danemark, ayant eu dès le début de la guerre le dessein de s’échapper de France "où je n’avais rien à faire avec les Allemands", et ce qui a également motivé son départ de Paris en juin 1944.
Les longs ajouts autographes explicitent sa prétendue persécution contre le professeur Pierre Rouquès et son arrestation à Baden-Baden : "Sommé d’exercer la médecine pour le service allemand je me suis alors rabattu, forcé et contraint, sur Sigmaringen où j’ai pratiqué la médecine – soigné seulement des français (et pas même Pétain qui me détestait)".
Et il conclut : "Je suis un patriote, trop patriote, qu’on persécute, c’est tout. Et je n’en sors pas – c’est ça la vérité – en gros et en détail. Pas autre chose".
Après la dissolution des Cours de justice d’exception en février 1951, Céline fit opposition au jugement et fut remis entre les mains du Tribunal militaire. Il bénéficia de l’amnistie applicable aux anciens combattants blessés de guerre et rentra en France au mois de juillet suivant.
LITERATURE:
Cahiers Céline, 1986, n° 7, p. 313-324.
Fr. Gibault, Céline cavalier de l’Apocalypse, p. 369-375.
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