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Manet, Edouard

Lettre autographe illustrée et inédite à Mme Jules Guillemet, [1880]. 3 pages avec aquarelles (brioche, insectes, etc.).

Livres et Manuscrits des XIX & XXe siècles (lots 99 à 171)

Manet, Edouard

Manet, Edouard

Lettre autographe illustrée et inédite à Mme Jules Guillemet, [1880]. 3 pages avec aquarelles (brioche, insectes, etc.).

Lettre autographe illustrée et inédite à Mme Jules Guillemet, [1880]. 3 pages avec aquarelles (brioche, insectes, etc.).

Livres et Manuscrits des XIX & XXe siècles (lot 99 à 171)


MANET, ÉDOUARD 

Lettre autographe, illustrée, à Mme Jules Guillemet.

[Juillet 1880].


MERVEILLEUSE LETTRE DE CIRCONSTANCE ILLUSTRÉE D'AQUARELLES.


LETTRE INÉDITE, ÉCRITE AU PINCEAU.


3 pages in-8 (200 x 124 mm) sur un bifeuillet. Aquarelle et lavis d'encre ; écriture à l'encre noire appliquée au pinceau.


Cette lettre date probablement de la visite du couple Guillemet à la mi-juillet 1880, à Bellevue, près de Meudon, où Manet passait l’été pour se soigner. Le couple rendra visite au peintre à trois reprises au moins, probablement le 11 juillet, le 15 août et vers le 29 août. Cette lettre suit vraisemblablement la première visite du couple et la lettre que Manet leur écrit fin juillet (voir lot 142).


Un pinceau pour écrire. Il s'agit probablement de la seule lettre connue écrite au pinceau, ce qui n'en facilite guère la lecture, mais la rend plus graphique encore.


"Bellevue

Il n’y a que moi ici ce matin à déjeuner sans la gaieté et l’entrain de Mme Guillemet. À Mardi. L’explication de la conduite de Jules [Guillemet]. Je me porte assez bien ce matin. Je crois que c’est à vous que je le dois. Prenez le bateau."


Aquarelle et lavis d'encre ; portrait à la plume et encre noire ; écriture à l'encre noire appliquée au pinceau.


Des natures mortes par lettres. Manet a illustré sa missive d'une brioche, d'une silhouette de femme et d'une scène animalière.

C'est autour de 1880 que Manet réalise certaines de ses plus belles natures mortes, notamment la fameuse Botte d’asperges ou Le Citron. "De plus en plus dans les années quatre-vingt, Manet va ainsi exécuter des natures mortes de petites dimensions, représentant un seul objet, ou en nombre restreint, composant des sortes d’extraits, des quintessences de peinture. Ce sont souvent des envois amicaux, un cadeau intime où l’on pourrait chaque fois trouver des allusions plaisantes ou des signaux d’affection et de tendresse. C’est ainsi qu’il faut voir le délicieux Bouquet de violettes envoyé à Berthe Morisot, les Trois pommes adressées à Méry Laurent ou encore les lettres celles illustrées d'une mirabelle, d'une prune ou d'une amande que reçoit Isabelle Lemonnier. À la fin de l'été 1880, Mme Jules Guillemet se voit offrir une prune aquarellée : "Je vous ai envoyé les premières prunes de mon jardin, voilà la dernière. Elle est pour vous", lui écrit-il. "Ces dons ‘de fruits, de fleurs et de branches’ répondent en peinture ou à l’aquarelle aux poèmes de circonstance composés par Mallarmé à la même époque. — adresses, éventails, envois d’anniversaire, etc. ; le peintre et le poète se retrouvent dans ces modestes et merveilleux envois." (Manet 1832-1883, Paris, Grand Palais et New York, Metropolitan Museum of Art, 1983, p. 451, voir aussi C. Armstrong, "Manet’s Little Nothings", Manet and Modern Beauty, p. 113-127).


[p. 1 : Une brioche.] Après s’être déjà inspiré en 1870 de La Brioche de Chardin, conservée au Louvre, pour en proposer sa propre version (The Metropolitan Museum of Art, New York), Manet en renouvela le thème en 1876 (Dallas Museum of Art) puis en 1880 (Carnegie Museum of Art, Pittsburgh). L’aquarelle qui orne cette lettre reproduit une brioche sous le même angle, également surmontée d’une rose de couleur rose, là où Chardin plaçait une fleur blanche. Rendant visite à Manet à Bellevue en juillet 1880, Mme Guillemet apporta à Manet une brioche (voir lot 142) : on peut penser que c’est ce cadeau gourmand qui inspira cette dernière version d'une viennoiserie, peinte la même année.


[p. 2 : Femme chez la modiste.] Le peintre a représenté une femme, vue de profil. Dans un second temps, ajoutant pétales et feuilles, Manet a transformé ce personnage en une rose, changeant le sens de lecture du dessin. Par-dessus la composition, il a peint des marottes (porte-chapeaux) en bois tourné, telles que l'on en trouve dans les magasins de mode, l'une surmontée d'un chapeau.


[p. 3 : Insectes et Grenouilles.] Comme prêtes à bondir pour les gober, de gourmandes grenouilles observent papillons, guêpes et mouches.


L’élégante Mme Jules Guillemet, née Jeanne Besnier de la Pontonerie (1850-1913), a été l’un des modèles favoris de Manet — en témoignent de nombreux pastels, tableaux et dessins. Manet fait poser le couple de ses amis pour Dans la Serre, toile exposée au Salon de 1879 (Staatliche Museen Preussischer Kulturbesitz, Berlin), ainsi que la sœur de Mme Guillemet (notamment dans Un coin du jardin de Bellevue, Zürich, collection Bührle).


Les lettres de circonstance du "solitaire de Bellevue". L’isolement à Bellevue, près de Meudon, fait de massages thérapeutiques et de promenades, est une torture pour l’artiste habitué à l’animation de Paris, aussi apprécie-t-il ces visites amicales. Quand il est seul, il écrit à ses amis certaines de ses plus belles lettres illustrées : elles sont adressées à Méry Laurent, Isabelle Lemonnier, Mme Guillemet ou la sœur de cette dernière, Marguerite, mais aussi à Henri Guérard ou Félix Bracquemond, etc. Manet, qui n’aime guère les correspondances — ses lettres sont souvent brèves, sans recherche d’écriture, sans césures ni accentuation — y privilégie naturellement le dessin.


"Il égrène les croquis, prépare des feuilles à l’aquarelle qu’il utilise ensuite comme papier à lettres, l’écriture venant s’immiscer, se poser sur les motifs […] et sont autant de modestes cadeaux envoyés aux amis" (Arnauld Le Brusq, p. 6). Il dessine les fruits de saison, les fleurs de son jardin, des toilettes de dames.


Nous remercions Mme Juliet Wilson-Bareau et M. Samuel Rodary pour les renseignements qu'ils nous ont aimablement communiqués.


PROVENANCE :

Cette lettre provient d'un volume qui contenait une seconde lettre à Mme Jules Guillemet. Une note manuscrite insérée dans ce volume (voir reproduction, lot 142) permet d'établir ces provenances :


Mme Jules Guillemet (1850-1913), destinataire de la lettre. On ne peut savoir si elle a gardé sa lettre après son divorce en 1888, avant de se remarier en 1906 et de mourir en 1913.


Stchukine

Il pourrait s’agir d’Ivan Stchoukine (1869-1908), frère du grand collectionneur Sergueï Stchoukine (voir Icônes de l'art moderne. La collection Chtchoukine, Fondation Vuitton, 2016-2017), qui s’établit en France en 1893. Dandy, séducteur, érudit, il possède une riche bibliothèque dont ses amis peuvent profiter à loisir. Il se défait de sa collection de tableaux impressionnistes, qui l’ennuient, pour se tourner vers les maîtres anciens espagnols. En 1905, il voyage en Espagne avec Ignacio Zuloaga et Renoir, et rapporte des tableaux attribués à Goya ou Zurbarán, collection qu’il vend en partie en 1907. Son train de vie dispendieux contribue à sa fin tragique et théâtrale : en janvier 1908, il réunit son cercle d’amis pour le nouvel an russe et leur propose de leur donner ou d’acheter pour une somme modeste ses tableaux espagnols, avant d’être retrouvé mort le lendemain. Surpris, ses amis découvrent alors les énormes dettes qu’il avait contractées.


Collectionneur non identifié, qui a reçu le volume et les deux lettres de Manet de la part de Stchukine. Il s’agit peut-être de Plácido Zuloaga (1834-1910), dont les relations avec Ivan Stchoukine, semblent attestées. Un tableau attribué à Goya fit partie de leurs collections respectives, d'abord celle de Zuloaga, puis celle de Stchoukine (A Catalogue of Painting in the Collections of Mr and Mrs Charles P. Taft, 1920, p. 89).


Vente à Drouot (après juillet 1910, le volume aurait été acquis après la mort de P[lácido] Zuloaga, d’après la même note).


Valentina Zuloaga (ex-libris gravé par son mari), belle-fille de Plácido Zuloaga et épouse du peintre Ignacio Zuloaga (1870-1945). Proche d’Ivan Stchoukine, dont il réalise en 1899 un portrait (Musée de l’Ermitage), Ignacio Zuloaga l’a accompagné en Espagne, en 1905.


Maria Rosa Suárez Zuloaga, nièce d’Ignacio Zuloaga.


LITTERATURE :

Aglaé Achechova, "Aux origines du fonds russe de la BULAC : le don ultime du mystérieux M. Stchoukine. Partie 1", 5 mars 2018, voir https://bulac.hypotheses.org/5883.


Françoise Cachin, ‎Manet, lettres à Isabelle, Méry et autres dames‎. ‎Paris, Arts et Métiers Graphiques, Centre Georges Pompidou, Flammarion, Herscher, Skira, 1985.


Arnauld Le Busq, Manet, lettres illustrées, Paris, Bibliothèque de l’image, 2002.


Leah Lehmbeck, "‘L’Esprit de l’atelier’: Manet’s Late Portraits of Women, 1878–1883" in Manet, Portraying Life, London, Thames and Hudson, 2012.


Manet 1832-1883, Paris, Grand Palais, 1983.


Manet and Modern Beauty, the artist's last years, Los Angeles, J. Paul Getty Museum et Chicago, The Art Institute of Chicago, 2019.


Manet, Les Natures mortes, Musée d’Orsay, 2001.

Please note: Condition XVI of the Conditions of Business for Buyers (Online Only) is not applicable to this lot.


(Veuillez noter que l'Article XVI des Conditions Générales de Vente applicables aux Vendeurs (Ventes Effectuées Exclusivement en Ligne) n'est pas applicable pour ce lot.)


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