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Livres et Manuscrits des XIX & XXe siècles (lots 99 à 171)
Lettre à Rosny l'Aîné. 25 décembre [1919]. Sur son article qui a pris sa défense au moment du Goncourt.
Lot Closed
June 22, 02:42 PM GMT
Estimate
5,000 - 7,000 EUR
Lot Details
Description
Livres et Manuscrits des XIX & XXe siècles (lot 99 à 171)
PROUST, MARCEL
Lettre autographe signée à Rosny Aîné.
25 décembre [1919].
PROUST DÉFENDU PAR ROSNY COMME FLAUBERT LE FUT PAR SENARD.
5 pages in-12 (195 x 149 mm) sur 2 bifeuillets filigranés "IM" ou "IW". Signée "Marcel Proust".
Traces d'onglets.
À propos d'un "magnifique article" dans Comoedia.
Après l'attribution du Prix Goncourt aux Jeunes filles en fleurs en novembre 1919, Marcel Proust fut l'objet d'une campagne de presse assez hostile. Dans un élogieux article paru dans Comedia le 23 décembre, J.H. Rosny aîné, qui avait voté en faveur de Proust, défend le lauréat contre ses détracteurs et estime que son œuvre avait "besoin de publicité" : "Il est probable qu’un tel livre subsistera longtemps après que l’immense majorité des livres parus depuis le commencement de ce siècle se seront complètement effacés de la mémoire des hommes." Cette lettre est la réponse, enchantée, lyrique, de Proust au critique.
Il s'excuse de n'avoir pas tout de suite reçu l'article (à cause de ses incessants changements d'adresse). Ce plaidoyer en sa faveur lui a "fait invinciblement penser à la plaidoirie pour Madame Bovary. "Sans doute l'accusé était ici bien moindre et vous pouvez en parlant de lui, citer le vers de La Fontaine : Mon exemple est tiré d'animaux plus petits". Modeste cependant, Proust refuse qu'on le compare à Flaubert, "un des Maîtres du Roman Universel, celui peut'être qui lui a fait faire le plus brusque changement de direction par de nouvelles découvertes". Il a apprécié la pureté du désintéressement "pour un livre [qu'il protège] d'un geste qui paraît si grand contre des chroniqueurs minuscules." Il compare l'argumentaire de son défenseur au raisonnement à la Corneille, avec "des intervalles de grande simplicité profonde" dont il cite une phrase. "A ces mots-là, bien des yeux se seront mouillés, comme à ses grandes détentes de la phrase qu'il y a dans la préface de Flaubert à Bouilhet. Encore Flaubert était-il l'ami de Bouilhet et vous ne me connaissez pas".
Dans un amusant post-scriptum, il se moque de ce qu'un critique ait vu en lui un mondain dont la réputation s'était faite "sur le coup du five o'clock" : "ce n'est pas que rarement que je vais dans [...] les 'five o'clock', c'est jamais. Depuis quinze ans je ne suis pas sorti deux fois avant neuf heures du soir et si j'avais pu le faire j'aurais mieux aimé aller au Louvre à tout ce que ne connais pas qu'à ce que l'épilepsie grammaticale du langage actuel, nomme des 'thés dansants', des "thés littéraires', etc.".
Article de Rosny Aîné :
"J'estime pour mon compte que le livre de Proust est un grand livre, comme il en paraît rarement. Il fourmille de trouvailles, d'images ingénieuses, de remarques fines et originales ; il a des éclairs de génie. Il est probable qu'un tel livre subsistera longtemps après que l'immense majorité des livres parus depuis le commencement de ce siècle se seront complètement effacés de la mémoire des hommes. Qu'on puisse nous reprocher d'avoir été injustes en le préférant, cela me dépasse, Marcel Proust est un de nos plus beaux choix, un de ceux dont personnellement je l'honore." (Article de J. H. Rosny Aîné, "Le Cas de Marcel Proust", Comoedia, 23 décembre 1919).
LITERATURE:
Corr., XVIII, n° 324 (voir aussi n° 319).
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