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Hugo, Victor
LETTRE AUTOGRAPHE SIGNÉE À CHARLES BAUDELAIRE. HAUTEVILLE HOUSE, 19 JUILLET [1860].
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Hugo, Victor
LETTRE AUTOGRAPHE SIGNÉE À CHARLES BAUDELAIRE. HAUTEVILLE HOUSE, 19 JUILLET [1860].
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Bibliothèque Jean-François Chaponnière : Une collection Genevoise

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Paris

Hugo, Victor
LETTRE AUTOGRAPHE SIGNÉE À CHARLES BAUDELAIRE. HAUTEVILLE HOUSE, 19 JUILLET [1860].
2 pages in-8 (190 x 110 mm), sur un bifeuillet, suscription autographe à la 4e page. Signée "Victor Hugo".
Petite déchirure angulaire touchant à un mot.

Exceptionnelle lettre de Hugo lecteur des Paradis artificiels.

Baudelaire lui ayant demandé l’autorisation de citer certaines de ses œuvres dans la notice qu'il rédige pour l’anthologie préparée par Eugène Crépet, Les Poètes français, Hugo répond que cela dépend de la longueur des extraits et de ses contrats d’édition, mais il serait heureux que cela puisse se faire : "Ce qui me charme en ceci, c’est que mon nom serait prononcé par vous et incrusté dans une de ces pages profondes et belles que vous savez écrire".

IL FAIT L’ÉLOGE DE L’ŒUVRE VIGOUREUSE DE BAUDELAIRE, avant d’inviter le poète à venir le voir en exil : "C’est le mystérieux étincelant. Le poëme du haschich est une surprenante étude, vraie et fantastique, toute pleine du verbe et de la clarté de l’in [connu ?]. Le chapitre Morale est magnifique. J’ai donc enfin lu, grâce à vous, ce fameux mangeur d’opium. Vous faites revivre puissamment cette œuvre. Analyser ainsi, c’est créer.
Je vis ici dans ma solitude face à face avec l’infini, les rayons de l’impossible et de l’idéal me traversant à chaque instant de part en part, […] je vois de l’invisible, j’habite entre la vague et l’astre ; ceci vous dit à quel point les livres comme le vôtre me vont, et toutes les préparations qu’ils trouvent en moi. Je passe ma vie à boire ce haschisch qu’on appelle l’azur et cet opium qu’on appelle l’ombre. Venez donc un de ces jours vous reposer sur mon rocher. Je serai charmé de vous serrer la main".

Cette lettre fut envoyée à Baudelaire par l’intermédiaire de l’éditeur Hetzel, chargé de se renseigner sur les autorisations évoquées. C'est dans le tome IV des Poëtes français que parut en 1862 la notice signée Baudelaire sur Hugo, suivie d’une dizaine d’extraits dont La Tristesse d’Olympio. Dans cette étude, Baudelaire parle d’une doctrine littéraire révolutionnaire, d’un esprit rare et providentiel, d’un homme "élu pour exprimer par la poésie ce que j’appellerai le mystère de la vie […] un génie sans frontières. Ici nous sommes éblouis, enchantés et enveloppés comme par la vie elle-même". Mais l’admiration qui s’exprime ici ne fut pas exempte de réserves, Hugo avouant en mars 1869 à Asselineau que Baudelaire l’avait souvent choqué et qu’il avait dû le heurter souvent, et Baudelaire étant capable de rédiger un article élogieux sur les Misérables tout en déclarant à sa mère que ce livre est immonde et inepte : "cela prouve qu’un grand homme peut être un sot" (lettre à sa mère, 10 août 1862).
Si les deux hommes ne se rencontrèrent que peu de fois, de leur première entrevue en 1840 jusqu’au dernier séjour de Baudelaire à Bruxelles, ils sont cependant éternellement liés par la place qu’ils occupèrent dans leur siècle : "Sans doute ces deux phares de la poésie française appartiennent-ils à ces familles ennemies bien représentés dans la littérature française. On dit Pascal et Montaigne, Corneille et Racine, Rousseau et Voltaire ; pourquoi ne dirait-on pas, dans ce sens : Baudelaire et Hugo ?" (Cl. Pichois).

Référence : Lettres à Baudelaire, Études Baudelairiennes, IV-V, p. 192-193. -- Correspondance, I, p. 45.

Transcription complète :
"Hauteville House, 19 juillet.
Un mot d’abord, Monsieur, sur le recueil dont vous m’entretenez. Soyez assez bon pour m’aider à m’en faire une idée un peu précise. S’il ne s’agit que d’y insérer quelques pièces courtes et en petit nombre, je pourrais, je crois, sans me heurter à mes traités de librairie, en concéder l’autorisation. De même pour des fragments ou des citations. S’il s’agissait de réimprimer des pièces d’une certaine longueur ou en certain nombre, nous rencontrerions des résistances dans mes cessionnaires et mes éditeurs. Quelques lignes de vous peuvent m’éclairer sur ce que je puis faire. Ce qui me charme en ceci, c’est que mon nom serait prononcé par vous et incrusté dans une de ces pages profondes et belles que vous savez écrire.
Et à ce propos, quelle œuvre vigoureuse que votre livre des Paradis artificiels ! C’est le mystérieux étincelant. Le poëme du haschich est une surprenante étude, vraie et fantastique, toute pleine du Verbe et de la clarté de l’in[connu ?]. Le chapitre Morale est magnifique. J’ai donc enfin lu, grâce à vous, ce fameux mangeur d’opium. Vous faites revivre puissamment cette œuvre. Analyser ainsi, c’est créer.
Je vis ici dans ma solitude face à face avec l’infini, les rayons de l’impossible et de l’idéal me traversant à chaque instant de part en part, il éclaire à tout moment dans mon âme et sur ma tête, je vois de l’invisible, j’habite entre la vague et l’astre ; ceci vous dit à quel point les livres comme le vôtre me vont, et toutes les préparations qu’ils trouvent en moi. Je passe ma vie à boire ce haschisch qu’on appelle l’azur et cet opium qu’on appelle l’ombre.
Venez donc un de ces jours vous reposer sur mon rocher. Je serai charmé de vous serrer la main.
Victor Hugo".

 


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