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VOLTAIRE. LETTRE AUTOGRAPHE AU COMTE D'ARGENTAL, 11 OCTOBRE 1761]. 4 P. IN-4. SUR SES PIÈCES DE THÉÂTRE ET CRÉBILLON
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4,000 - 6,000 EUR
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Description
- Voltaire
- Lettre autographe [au comte d’Argental. 11 octobre 1761].
4 pages in-4 (230 x 185 mm).Pli central partiellement fendu, 8 mots grattés. Sur ses pièces de théâtre et ses interprètes, de sa rivalité avec Crébillon et de diverses nouvelles de la cour. À son ami Charles-Augustin de Ferriol d’Argental et à son épouse qu'il surnomme ses anges. Voltaire se défend avec humour d’être responsable de la grossesse de mademoiselle Hus, à qui il préférerait Mlle Dubois pour jouer le rôle d’Atide dans Zulime. Puis il parle de son Droit du Seigneur, comédie qui a suscité les critiques de Crébillon avant même qu’elle ne soit jouée : "Le pauvre vieux fou a encore les passions vives il est désespéré du succez d’Oreste, et on luy a fait acroire que son Electre est bonne -- il se venge comme un sot. S’il avait le nez fin il verrait qu’il y aurait quelque prétexte dans le second acte, mais il a choisi pour les objets de ses refus le 3 et le 4 qui sont pleins de la morale la plus sévère et la plus touchante. Voicy mon avis que je soumets au vôtre. Je n’avoue point le droit du Seigneur. Mais il est bon qu’on sache que Crébillon l’a refusé parce qu’il l’a cru de moy. Il renouvelle son indigne manœuvre de Mahomet par laquelle il déplut beaucoup à Mde de Pompadour. Il est sûr qu’il déplaira beaucoup plus au public et qu’il fera grand bien à la pièce". Il commente ensuite de façon quelque peu acerbe la pièce de Corneille, Cinna ou la Clémence d’Auguste : "L’Académie dit qu’on s’intéresse à Auguste, c’est-à-dire que l’intérest change ; et sauf respect c’est ce qui fait que la pièce est froide. Mais laissez-moi faire, je serai modeste, respectueux, et pas maladroit. Tout viendra en son temps. Je ne suis pas pressé de programme ; j’accouche, j’accouche : tenez, voilà des Gouju [allusion à l’opuscule que Voltaire a publié sous le titre "Lettre de Charles Gouju", à propos des Jésuites et après la condamnation du Père La Valette en mai 1761]. Voltaire demande des nouvelles de l’amiral Berryer, ministre de la marine, du roi d’Espagne et d’un possible mariage, il s’amuse des reliques envoyées par le duc de Choiseul et Mme de Pompadour, et clôt sa lettre sur une autre nouvelle théâtrale : "Mlle Corneille joue vendredi Isménie dans Mérope. N’est-ce pas une honte que vos histrions fassent jouer ce rôle par un homme ? et qu’ils suppriment les chœurs dans Œdipe ? Les barbares !" Référence : Correspondance, Pléiade, VI, p. 615-617. -- J.-J. Olivier, Voltaire et les comédiens interprètes de son théâtre, Paris, Lecène, 1900. Retranscription complète : Je m’arrache pour vous écrire à quelque chose de bien singulier que je fais pour vous plaire. O mes chers anges, je réponds donc à votre lettre du 5 octobre - que ne puis-je en même temps travailler et vous écrire - allons vite. D’abord vous saurez que je ne suis point le bonnau [sic, pour Bonneau] du Bertin des parties casuelles ; que je n’ay nulle part à la tuméfaction du ventre de mademoiselle Hus, que je ne luy ai jamais rien fait ny rien fait faire, ny rôle ni enfant, qu’Atide ne luy fut jamais destinée ; que je souhaitte passionnément qu’Atide soit jouée par la fille à Dubois laquelle Dubois a dit-on des talents. Ainsi ne me menacez point - et ne prêchez plus les saints. Quant au Droit du Seigneur, je n’ay jamais pris Chimène ny pour un seigneur ni pour mon confident. Quiconque l’a instruit a mal fait, mais Crébillon fait encor plus mal. Le pauvre vieux fou a encore les passions vives il est désespéré du succez d’Oreste, et on luy a fait acroire que son Electre est bonne - il se venge comme un sot. S’il avait le nez fin il verrait qu’il y aurait quelque prétexte dans le second acte, mais il a choisi pour les objets de ses refus le 3 et le 4 qui sont pleins de la morale la plus sévère et la plus touchante. Voicy mon avis que je soumets au vôtre. Je n’avoue point le droit du Seigneur. Mais il est bon qu’on sache que Crébillon l’a refusé parce qu’il l’a cru de moy. Il renouvelle son indigne manœuvre de Mahomet par laquelle il déplut beaucoup à Mde de Pompadour. Il est sûr qu’il déplaira beaucoup plus au public et qu’il fera grand bien à la pièce. C’est d’ailleurs vous insulter que de refuser sous prétexte de mauvaises mœurs, un ouvrage auquel il croit que vous vous intéressez. Vous avez sans doute assez de crédit pour faire jouer malgré luy cette pièce. Venons à l’Académie, elle a beau dire, je ne peux aller contre mon cœur. Mon cœur me dit qu’il s’intéresse beaucoup à Cinna dans le premier acte, et qu’ensuitte il s’indigne contre lui. Je trouve abominable et contradictoire que ce perfide dise qu’une âme généreuse a de peine à faillir ! Ah ! lâche si tu avais été généreux aurais-tu parlé comme tu fais à Maxime au second acte ? L’Académie dit qu’on s’intéresse à Auguste, c’est-à-dire que l’intérest change ; et sauf respect c’est ce qui fait que la pièce est froide. Mais laissez-moi faire, je serai modeste, respectueux, et pas maladroit. Tout viendra en son temps. Je ne suis pas pressé de programme ; j’accouche, j’accouche : tenez, voilà des Gouju. Eh bien, rien de décidé sur l’amiral Berrier ? et le roi d’Espagne ? épouse-t-il ? traite-t-il ? M. le duc de Choiseul m’a envoyé des reliques de Rome. Si je ne réussis pas dans ce monde, mon affaire est sûre pour l’autre. Je reçus le même jour les reliques et le portrait de Made de Pompadour qui m’est venu par bricole. Voyla bien des bénédictions. Mais j’aime mieux celles de mes anges. Melle Corneille joue vendredi Isménie dans Mérope. N’est-ce pas une honte que vos histrions fassent jouer ce rôle par un homme ? et qu’ils suppriment les chœurs dans Œdipe ? Les barbares !
Condition
Pli central partiellement fendu, 8 mots grattés.
"In response to your inquiry, we are pleased to provide you with a general report of the condition of the property described above. Since we are not professional conservators or restorers, we urge you to consult with a restorer or conservator of your choice who will be better able to provide a detailed, professional report. Prospective buyers should inspect each lot to satisfy themselves as to condition and must understand that any statement made by Sotheby's is merely a subjective, qualified opinion. Prospective buyers should also refer to any Important Notices regarding this sale, which are printed in the Sale Catalogue.
NOTWITHSTANDING THIS REPORT OR ANY DISCUSSIONS CONCERNING A LOT, ALL LOTS ARE OFFERED AND SOLD AS IS" IN ACCORDANCE WITH THE CONDITIONS OF BUSINESS PRINTED IN THE SALE CATALOGUE."
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