Lot 239
  • 239

MME DE SEVIGNÉ. L.A. [À DU PLESSIS]. GRIGNAN, 15 SEPTEMBRE [1691] + LETTRE DE CHARLES DE SÉVIGNY, 1700.

Estimate
8,000 - 12,000 EUR
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Description

  • Sévigné, Marie de Rabutin-Chantal, marquise de
  • Lettre autographe [à Jacques-Louis du Plessis-Mauron]. Grignan, 15 septembre [1691].
5 pages grand in-8 (198 x 146 mm). À propos de son second mariage et de ses sentiments conjugaux. Mme de Sévigné revient sur une précédente plaisanterie, évoquant la nécessité de consulter la prestigieuse faculté de Louvain "pour savoir sy c’estoit un crime que d’aymer sa femme", alors qu’il s’agit bien entendu d’un sentiment juste et raisonnable. "Je vous assure mesme que personne ne conteste icy ceste vérité, mais on soupire très obligemment pour vous, quand on considère les consequances qu’elle traine après elle. ll faut que vous conveniez qu'on n’est point portatif quand on est ataché inséparablement à deux ou trois personnes, on ne sauroit faire des courses légères, c’est toujours un établissement, et une résidence qu’il faut faire. On a un moy trop étendu, en comparaison d'un home qui ne tient à rien, qui est come un oyseau, qui ne tient qu'une place nécessaire et dont l'esprit doit estre aussy libre que le corps. Combien de fois, mon cher Monsieur, serez-vous content par vous-mesme, que vous serez peut-estre chagrin par cette moitié, qui seroit fâchée ? […] Pour les sentiments que vous me demandez pour cette chère moitié, il ne faudroit que votre considération pour vous en répondre à vous-même mais en y joignant la sienne, vous pouvez penser : quelle double raison de l’estimer."Dans la seconde partie de sa lettre, la marquise plaisante toujours, mais cette fois sur ses sentiments de piété : "Cest avec douleur que je vous l'annonce, mais il faut dire la vérité : il est certain que j'ay toujours le mesme amour que vous m'avez vu pour les bonnes choses, voilà tout ce que j'ai de bon. […] mais il faut respecter ces chemins peu battus de la Trape, des Cama[l]dules, et croire que Dieu qui prend les élus où il lui plaist, leur marque aussi les voies par où il veut les faire marcher". Directeur général des gabelles des provinces du Lyonnais, Provence, Dauphiné, Languedoc et Roussillon, Jacques Louis Du Plessis avait été le précepteur de Louis-Provence, petit-fils de Mme de Sévigné. Après une première union avec Marie-Madeleine de La Borde qui lui donna trois enfants, il se remaria en 1689 avec Louise Coutelle de Pondre dont il eut deux filles. Référence : Correspondance, Pléiade III, p. 978-979. [On joint :]SÉVIGNÉ, Charles de. Lettre autographe signée au comte de Rais. Rennes 27 juillet 1700 (2 p. in-4). À propos d’un prêt financier et des sommes dues, s’en remettant au notaire Bertelot. ------------- Retranscription complète :J’ay receu votre dernière lettre, mon cher Monsieur, vous n’estes pas entré dans ma plaisanterie. Il me semble que de vous dire bien sérieusement qu’il faloit consulter la célèbre faculté de Louvain pour savoir sy c’estoit un crime que d’aymer sa femme, vous devoit paroistre une assez grande badinerie pour vous persuader que je trouvoys ce sentiment aussy juste et aussy raisonnable qu’il l’est en effet. Je vous assure mesme que personne ne conteste icy ceste vérité, mais on soupire très obligemment pour vous, quand on considère les consequances qu’elle traine après elle. ll faut que vous conveniez qu'on n’est point portatif quand on est ataché inséparablement à deux ou trois personnes, on ne sauroit faire des courses légères, c’est toujours un établissement, et une résidence qu’il faut faire. On a un moy trop étendu, en comparaison d'un home qui ne tient à rien, qui est come un oyseau, qui ne tient qu`une place nécessaire et dont l`esprit doit estre aussy libre que le corps. Combien de fois, mon cher Monsieur, serez-vous content par vous-mesme, que vous serez peut-estre chagrin par cette moitié, qui seroit fâchée ? Quel partage, quelle attention, quelle diversion ne feroit point cette liaison dans un esprit aussy libre et aussy naturel que le votre, voilà ce qui fait soupirer et regretter de ne pouvoir pas profiter de quelque chose d’aussy bon que vous ; car je vous assure que rien ne se peut ajouter à l'estime parfaite qu’on a pour vous, elle passe tout ce que j'en connoissois. Mais le moyen de répondre à ces difficultés et coment votre sincérité pourroit-elle les contester ? Sy on estoit tousjours dans le mesme lieu, mais l'année est partagée, et la vie aussy, car on prétend aller à Paris et revenir selon les occasions ; jugez vous-mesme de ces débarquements. Voilà mon cher Monsieur ce que je vois dans l'esprit des personnes du monde qui vous estiment le plus et qui sont à plaindre encore plus que vous.Pour les sentiments que vous me demandez pour cette chère moitié, il ne faudroit que votre considération pour vous en répondre à vous-même mais en y joignant la sienne, vous pouvez penser : quelle double raison de l’estimer.Pour ma haute piété, je vous assure, mon cher Monsieur, qu'elle est tout come vous l’avez laissée.Cest avec douleur que je vous l'annonce, mais il faut dire la vérité : il est certain que j'ay toujours le mesme amour que vous m'avez vu pour les bonnes choses, voilà tout ce que j'ai de bon. Je suis assez de votre sentiment sur les partis extraordinaires. Il seroit juste de donner un bon exemple, où peut estre on a donné du scandale, mais il faut respecter ces chemins peu battus de la Trape, des Cama[l]dules, et croire que Dieu qui prend les élus où il lui plaist, leur marque aussi les voies par où il veut les faire marcher. Enfin voici un mot de Monsieur d’Alet : Quis judicadit, electos Deiis [qui indiquera les élus de Dieu].