Lot 229
  • 229

SADE. LETTRE AUTOGRAPHÉ SIGNÉE, [VINCENNES] 2 NOVEMBRE 1763. 6 P. IN-4. JOINT: BILLET MANUSCRIT, 1763.

Estimate
5,000 - 7,000 EUR
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Description

  • Sade, Donatien-Alphonse-François, marquis de
  • Lettre autographe signée au gouverneur de Vincennes. [Vincennes] 2 novembre 1763.
6 pages in-4 (205 x 158 mm). Signée "de Sade". Premier séjour en prison pour le jeune marquis, arrêté en octobre 1763 pour blasphème et débauche. Remarquable plaidoyer empli de contrition, adressé au gouverneur de Vincennes. Le jeune homme -- âgé de 22 ans et marié depuis 5 mois avec Renée-Pélagie Cordier de Launay de Montreuil -- demande qu’on instruise sa femme et sa belle-mère de son arrestation et donne l’adresse de sa belle-famille à Echauffour. Il affirme avoir conscience de ses torts et demande à voir un prêtre pour pouvoir se repentir : "Tout malheureux que je me trouve ici, je ne me plains point de mon sort, je méritais la vengeance de Dieu, je l’éprouve, pleurer mes fautes, détester mes erreurs, est mon unique occupation." Il espère qu’on l’autorisera à avoir son valet de chambre à ses côtés : "vous pouvez vous informer de ses mœurs […] Aucun de mes gens n’estait dans la confidence, aucun n’a jamais seu ni vu ce dont il était question". Si sa famille venait à apprendre ce qui s’est passé, il serait perdu et sans ressource. Sade cherche à excuser sa conduite : "La date du malheureux livre n’est que du mois de juin, je me suis marié le 17 de mai et je puis vous assurer que je n’ai mis les pieds dans la dite maison que dans le mois de juin. Sur cela j’ai été trois mois à la campagne, il y avait huit jours que j’en estait arrivé quand j’ai été arretté. Quelque court qu’ait été le temps de mes erreurs, je n’en suis pas moins coupable, elles ont toujours été assez longues pour irriter l’être supreme dont j’éprouve la juste colère". Enfin il demande la permission de prendre l’air quelque fois, pour raison de santé. En tête de la lettre, les demandes de Sade ont été résumées (par Duval ? secrétaire du lieutenant-général de police), avec indication de leur traitement : la famille se charge de prévenir Mme de Sade, l’autorisation de recevoir un confesseur est accordée, celle d’un valet de chambre dépend de la réponse du ministre et celle de la promenade ajournée, une lettre cachetée à l’intention de M. Saint-Florentin a été envoyée. [On joint :] Billet manuscrit, de la même main que celle des annotations marginales, daté du 4 novembre 1763 et adressé au Père Griffet, lui demandant de rendre visite au nouveau prisonnier, et de passer le voir quand il l'aura visité (1 p. in-8). Sur intervention de son oncle et des Montreuil, Sade sera rapidement libéré mais assigné à résidence au château d’Échauffour en Normandie. Quatre ans plus tard, il est à nouveau condamné pour des faits similaires, profanation, viol et "sadisme". Les scandales vont dès lors s’enchaîner et entraîner sa longue carrière de prisonnier. Référence : Alice M. Laborde, Correspondances du marquis de Sade et de ses proches enrichies de documents, notes et commentaires... Slatkine, 1994, p. 172.