Lot 181
  • 181

PROUST, MARCEL. L.A.S. À REYNALDO HAHN. [OCTOBRE 1898]. 9 P. IN-8. LETTRE ÉVOQUANT L'AFFAIRE DREYFUS.

Estimate
5,000 - 8,000 EUR
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Description

  • Marcel Proust
  • Lettre autographe signée à [Reynaldo Hahn]. [Trouville, début octobre 1898.]
9 pages in-8 (180 x 116 mm), sur 2 bifeuillets et 2 feuillets, filigranés "Au Printemps Paris Nouveau papier Français". Signée "Marcel".Légères taches brunes sur 2 pages. Lettre sentimentale et amicale, évoquant l’affaire Dreyfus. Peut-être pourraient-ils se croiser entre Dieppe et Trouville, sinon ce sera à Paris "ou du moins aux lieux où vous passerez l’automne et où je viendrai aussi souvent que me le permettront les nécessités qui gouvernent ma vie, parmi lesquelles je vous compte comme la plus favorable, dans le sens violent mélancolique et doux où elle s'exerce toujours, (avec une douceur de caresse et un gémissement de plainte) qui la fait ressembler au vent d'ouest". À propos de l’affaire Dreyfus, après le suicide du colonel Henry et la mise au secret du colonel Picquart. "J’ai trouvé admirable votre rapprochement des grands officiers mélancoliques et d'un cœur si noble avec Picquart. Quand je désespère de plus trouver un livre qui m'élève et qui m'enseigne je reçois une telle lettre et je retrouve avec quelque confiance dans la nature humaine et quelque allégresse dans la vie […] J'ai su que vous avez écrit une lettre à Reinach qu'il a déclarée écrite dans le plus admirable langage qu'il ait jamais lu". Puis Proust réaffirme son affection pour Reynaldo, en citant Vigny, Mallarmé et Baudelaire : "je vois mieux que c’est une étoile fixe en la voyant à la même place quand tant de feux ont passé je ne dis pas comme dans Vigny et ceux qui passeront, car il n'y en a pas d'allumé. […] J’ai été bien égayé quand vous m'avez écrit que Mme Lemaire s'imagine que j'ai fait venir Bréville à Dieppe le jour où j’y suis venu. Comment une femme si fine peut-elle concevoir quelque chose de si baroque. […] Au revoir cher âtre puisque c’est ainsi que vous appelait Mallarmé (ce qui, comme dirait Yturri est une consécration). Je vous dirai retournant les beaux vers de Baudelaire que rien aujourd’hui ni le boudoir, ni le soleil rayonnant sur la mer ne me vaut l’âtre". Le 9 septembre 1898, Reynaldo Hahn avait félicité Joseph Reinach, avocat d’Alfred Dreyfus, qui venait de répondre publiquement aux articles de Charles Maurras en faveur du colonel Henry, tout en défendant lui-même Maurras, qui "trouve un délicieux orgueil à traiter avec virtuosité des sujets pour lesquels il n’était point fait. Voilà pourquoi il feint d’admirer le Colonel Henry et ses talents. C’est un spécimen de cette dernière et funeste variante de l’intelligence, conséquence inévitable du trop de goût, du trop de souplesse, symptôme irrécusable du mal dont souffre notre génération". Référence : Correspondance, éd. Kolb, III, n° 278 (voir aussi n. 7, p. 474).

Condition

Légères taches brunes sur 2 pages.
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