Lot 17
  • 17

RENÉ MAGRITTE | Le Civilisateur

Estimate
400,000 - 600,000 EUR
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Bidding Closed

Description

  • René Magritte
  • Le Civilisateur
  • signé magritte (en bas à gauche); titré "Le Civilisateur" (II), signé Magritte et daté 1946 (au dos)
  • gouache sur papier
  • 40,7 x 59,3 cm; 16 x 23 3/8 in.
  • Executed in 1946.

Provenance

Collection particulière, Bruxelles

Exhibited

Bruxelles, Galerie Dietrich, Magritte, 1946, no. 7
New York, Hugo Gallery, René Magritte, 1947, no. 36
Tokyo, Galerie des arts de Tokyo (exposition itinérante se poursuivant à Toyama et Komamoto), René Magritte, 1982, no. 64
Paris, Centre Wallonie-Bruxelles, Hommage à Magritte, 1985-86, no. 47, listé dans le catalogue

Literature

Magritte, Titres, 1946
S.R., 'Magritte', La Cité Nouvelle (Bruxelles), 7 décembre 1946, p. 2
Lettre de Magritte à Salkin, 2 janvier 1947
Lettre de Magritte à Andrieu, 20 décembre 1947
Paul Nougé, 'Pour illustrer Magritte', dans Le fait accompli, no 34-35, avril 1970, l'oeuvre visible dans une photographie de l'exposition à la galerie Dietrich à Bruxelles en 1946
David Sylvester (ed.), René Magritte, Catalogue raisonné, vol. IV, Paris, 1994, no. 1208, reproduit p. 71
Harry Torczyner, René Magritte, signes et images, Paris, 1988, no. 9, reproduit p. 25
Michel Draguet, Magritte tout en papier, collages, dessins, gouaches, 2006, reproduit p. 141

Condition

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Catalogue Note

"La nature où viennent les plus belles inspirations de l’homme est ici représentée sous les apparences d’une forêt en forme de château et d’un chien."
René Magritte, Titres, 1946


Le Civilisateur de René Magritte

Exécutée en 1946, la présente gouache est la troisième œuvre de René Magritte à mettre en scène Jackie, le loulou de Poméranie qu’il possède avec Georgette son épouse et qui devient l’une des figures emblématiques de l’art magrittien sous le nom de Civilisateur. Les deux premières versions de ce sujet furent peintes sur toile en 1944 (D. Sylvester, cat. nos. 561 et 574), le chien se détachant sur un fond différent (un temple grec pour la première version). Magritte revient à ce sujet en 1946 mais en recourant à la technique de la gouache sur papier, qui lui permet de réaliser l’œuvre la plus aboutie de cette série. Dans cette troisième œuvre, dont la perfection technique dépasse celle des tableaux, le loulou de Poméranie se détache sur un fond constitué d’une forêt en forme de château. Cette figure stylistique n’est pas nouvelle dans l’art de Magritte, ayant déjà été utilisée précédemment dans plusieurs tableaux, tels que La Vie antérieure, 1944 (D. Sylvester, cat. No. 565) et Elseneur, 1944 (D. Sylvester, cat. No. 567).

Œuvre poétique empreinte de références littéraires (c’est en effet à Baudelaire que Magritte emprunte l’image de la forêt comme temple aux "vivants piliers"), le Civilisateur s’impose comme une ode à la beauté de la nature. Le choix du portrait animal était d’ailleurs justifié par Magritte dans le dessin préparatoire fait pour le premier Civilisateur peint en 1944 : "Il est curieux, me semble-t-il, de voir la figure humaine usée, puis les objets, remplacés par des animaux qui semblent le mieux suggérer la vie (la vie véritable, différente de celle que les hommes d’états et de bâton construisent" (carte dessinée du 10 juin 1944).

L’œuvre fut sélectionnée par Magritte pour faire partie de l’exposition organisée à la galerie Dietrich à Bruxelles du 30 novembre au 11 décembre 1946, exposition conçue comme un manifeste de la "Poésie en plein soleil". Pour Magritte, cette technique née pendant la guerre afin d’échapper à la grisaille de l’occupation, était aussi une façon de repositionner son Surréalisme, ce qui lui vaudra les foudres de Breton. La période Renoir ou en plein soleil de Magritte n’a en effet pas finie d’être redécouverte dans ce qu’elle impliquait de subversif quant à sa ré-appropriation de codes esthétiques considérés comme obsolètes par ses pairs et dont il reprend la modernité à l’aune d’un surréalisme doctrinal mourant. L’iconographie du chien associée au thème du civilisateur en est dès lors d’autant plus ironique.

Plus apaisant que Magritte, Paul Nougé, dans la préface du catalogue de l’exposition, synthétise encore ce nouveau parti pris esthétique selon l’approche solaire et optimiste : "Il s’agit toujours pour nous de restituer à ce monde son éclat, son charme et, pour tout dire, ses possibilités de combinaisons imprévisibles". Et il est vrai que dans le Civilisateur, le traitement des blés ou du ciel sont emblématiques de cette nouvelle esthétique centrée sur la lumière solaire. Pour autant, par la finesse de sa facture et le raffinement de sa palette, cette œuvre se démarque déjà des œuvres de cette période pour annoncer pleinement la perfection technique des années 1950.