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JEAN BAPTISTE GIRAUD (1752-1830), | Mercury
Description
- Mercury
- inscription gravée sur le tronc d’arbre ŒUVRE DE J.B.GIRAUD NE EN 1752 A AIX EN PROVENCE
- grande figure en bronze à belle patine brun mordoré
- H. 85 cm; 33 ½ in.
Literature
Livret du Salon de 1789, p. 54, n° 283 (Achille mourant) ; Mercure de France, 24 octobre 1789, n° 43, p. 91 (Achille mourant et Mercure, exposé en supplément au Livret, sous le n° 348) ; T-B. Émeric-David, Recherches sur l’art statuaire considéré chez les Anciens et chez les Modernes, Paris, 1805, pp. VII-VIII (Avertissements) ; F. Miel, « Notice sur les deux Giraud, sculpteurs français », dans Annales de la Société libre des Beaux-Arts, Paris, 1840, pp. 105-113 ; Exposition Universelle de 1900, Catalogue illustré officiel de l’exposition centennale de l’Art français, 1800 à 1889, Paris, 1900, p. 229, n° 1664 (maquette en cire de Mercure) ; L. Gonse, Les Chefs d’œuvres des Musées de France, Paris, 1904, p. 27 ; S. Lami, Dictionnaire des sculpteurs du dix-huitième siècle, t. I, Paris 1910, pp. 375-377 ; M. Shedd, « A neo-classical connoisseur and his collection: J. B. Giraud’s museum of casts at the Place Vendôme », dans Gazette des Beaux-Arts, avril 1984, pp. 198–206 ; A. Maral, A. Pingeot, Sculptures : La galerie du musée Granet, Paris, 2003, pp. 76-77.
Condition
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Catalogue Note
et dans le marbre qui s'animent sous ses doigts."
(Emeric-David, op. cit., 1805, p. VIII)
Ce bronze magistral est le seul témoignage connu à ce jour du Mercure en marbre de Jean-Baptiste Giraud, connaisseur éclairé de l’Antiquité et fervent admirateur de la statuaire grecque. Le Livret du Salon de 1789 fait mention d’un marbre de Giraud, l’Achille mourant, son morceau de réception cette même année à l’Académie Royale (n° 283 ; Musée Granet, Aix-en-Provence, inv. n° S-823.2.1). Dans le numéro du 24 octobre 1789 du Mercure de France, le chroniqueur du Salon voit dans l’Achille la perfection des Anciens : « Figure qui sert d’étude à l’antique, & qui est précieusement finie. » et ajoute au sujet d’un second marbre exposé par Giraud, en supplément au Livret : « On peut donner aussi beaucoup d’éloge à son Mercure, N° 348. » (op. cit. p. 91).
Formé par un orfèvre de sa ville natale, Aix-en-Provence, Giraud poursuit sa formation à Paris, à l’invitation d’un oncle négociant fortuné et sans descendance. Il continue son enseignement auprès de l’orfèvre Colin puis part le perfectionner en Italie, au contact des modèles antiques. Il y rencontre le peintre Jacques-Louis David avec lequel il se lie d’une amitié emprunte d’une admiration réciproque, comme en témoignent ces propos de David sur Giraud : « C’est certainement la première figure et le premier sculpteur chez nous ; c’est le seul qui tient réellement de l’antique et qui soit réellement savant. » (lettre de 1788 de David à son élève Wicar, cf. A. Maral, A. Pingeot, op. cit., p. 76). De retour à Paris, il est agréé par l’Académie Royale en 1788 et reçu l’année suivante avec son Achille mourant dont il fera don à sa ville natale. Malgré des débuts officiels prometteurs, Giraud ne participera qu’au seul Salon de 1789, préférant se vouer à l’étude de la statuaire antique et y consacrer la fortune dont il a hérité de son oncle. En 1790, il part à nouveau en Italie, parcourant Rome, Florence et Naples huit années durant à la recherche des plus fameux modèles antiques pour en faire les moulages. A Paris, Giraud engage en grande partie sa fortune personnelle pour ouvrir un musée dans son hôtel particulier de la place Vendôme, où il met gracieusement sa collection de moulages à disposition des artistes. Un acte notarié datant du 16 juillet 1788, indique que Giraud a acheté l’hôtel qui abritera sa collection de moulages (à l’époque place Louis-Le-Grand) à Philippe Laurent de Joubert, Baron de Sommières et de Montredon, trésorier des Etats du Languedoc, celui même qui fit l’acquisition du Mercure en marbre (source INHA, Autographes, Carton 39). Dans son temple des splendeurs gréco-romaines, Giraud attire les principales figures du néo-classicisme, dont Ingres, David, Granet ou le médailleur-sculpteur Jacques-Edouard Gatteaux (1788-1881). Sur le plan littéraire également, Giraud œuvra pour le retour aux modèles antiques. Avec son soutien et sous ses conseils, Emeric-David publiera en 1805 les Recherches sur l’art statuaire considéré chez les Anciens et chez les Modernes. Malgré sa reconnaissance sans équivoque de l’influence de Giraud, l’auteur s’attira les foudres du sculpteur-théoricien se considérant spolié de la paternité de son ouvrage à sa publication.
Enfin, il est impossible de parler de Jean-Baptiste Giraud sans citer son homonyme, le sculpteur Pierre-François-Grégoire Giraud (1783-1838). Les deux hommes partagèrent une admiration commune et inconditionnelle pour la statuaire grecque et leur complicité fut telle que le second hérita du premier à sa mort. Plusieurs des œuvres de Pierre-François-Grégoire sont en collections publiques, dont un Chien en marbre de 1827 (musée du Louvre, inv. n° CC192), une cire grandeur nature d’une Jeune femme couchée tenant deux enfants (après 1827, musée du Louvre, inv. n° RF870), ou le relief d’Aethra et Phalante dont la cire est à l’Ecole nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris avec un bronze du modèle datant de 1814 (legs Jacques-Edouard Gatteaux, 1881). Enfin, son marbre de Pâris tenant la pomme pour Vénus, sculpté d’après l’Antique, est probablement le plus vibrant hommage qu’il ait pu faire au Mercure de son mentor (musée des Beaux-Arts de Nantes).
Le Mercure du Salon de 1789 est signalé pour la dernière fois le 15 avril 1793 (lot 86) lors de la vente de la collection de Philippe Laurent de Joubert, l’ancien propriétaire de l’hôtel particulier de Giraud place Vendôme et ami de Jacques-Louis David qui en fit le portrait (Musée Fabre, Montpellier, inv. n° 836.5.1). Le marbre, décrit comme « Un Mercure en pied, belle figure de marbre blanc de 30 pouces de proportion [environ 76 cm] », aurait été acquis par un collectionneur anglais (cf. F. Miel, op. cit., p. 108). Il est également établi que Giraud modela une cire de son Mercure que le peintre Frédéric Montenard (1849-1926), arrière petit-neveu du sculpteur, prêta à l’Exposition Centennale de l’Art français (1800- 1889), organisée à Paris pendant l’Exposition Universelle de 1900. Elle figure au catalogue, sous le n° 1664. Comme le souligne Emeric-David, en avant-propos à son ouvrage de 1805, le Mercure n’est pas un cas isolé dans le travail de Giraud qui préféra modeler la cire à l’argile : « Les beautés dont je cherche à rendre compte, je les ai reconnues dans la cire et dans le marbre qui s’animent sous ses doigts. » (op. cit., p. VIII). En 1839, Miel fait la mention de trois autres cires par Jean-Baptiste : un Baigneur endormi, un Faune et un Soldat laboureur, ces deux derniers grandeur nature (op. cit, p. 108). Aucunes des cires réalisées par Jean-Baptiste Giraud ne sont aujourd’hui localisées et leur nature fragile laisse à craindre qu’elles aient, au moins pour certaines, été détruites.
Ce bronze du Mercure est le seul exemplaire connu du modèle en marbre de 1789 - non localisé à ce jour et peut-être toujours en Angleterre - et de la cire dont l'arrière petit-neveu de Giraud, Frédéric Montenard, en fut le dernier possesseur identifié. La perfection de son anatomie et la grâce de son attitude forment une réinterprétation savamment adaptée du Mercure Farnèse (Musée des Offices, Florence), marbre antique dont une copie a été réalisée par Barthélemy de Mélo pour le château de Versailles (vers 1684-85, inv. n° MR2056). La bourse qu’il tient dans sa main droite, autre attribut de la divinité du Commerce, rappelle également un autre marbre de Mercure, sculpté vers 1780 par Augustin Pajou (musée du Louvre, inv. n° R.F. 1624).
L’inscription gravée sur le tronc, ne mentionnant que la date de naissance du sculpteur, et la qualité du bronze confirment qu’il daterait de son vivant. Sa qualité exceptionnelle rend parfaitement compte du modelage subtil de la cire par Giraud, notamment dans l’écriture vibratile des drapés, la nervosité des mèches de la chevelure de Mercure et les passages souples des volumes de sa musculature. L’absence de document et d’autres fontes connues de Jean-Baptiste Giraud ne nous permettent pas de comparer la qualité hors du commun de ce Mercure avec d’autres bronzes du sculpteur. Il est probable que Jean-Baptiste Giraud ait impliqué l’un des artistes de son cercle d’érudits réunis place Vendôme. Certains d'entre eux, tels que le médailleur Nicolas-Marie Gatteaux (1751-1832), son fils le sculpteur Jacques-Edouard Gatteaux (1788-1881) et son élève Ursin-Jules Vatinelle (1798-1881) maîtrisaient parfaitement l’art de la fonte.
« C’est certainement la première figure et le premier sculpteur chez nous ; c’est le seul qui tient réellement de l’antique et qui soit réellement savant. »
(Lettre de Jacques-Louis David à Jean-Baptiste Wicar, 1789)