Lot 66
  • 66

LOUIS-LÉOPOLD BOILLY | Comparing little feet

Estimate
60,000 - 80,000 EUR
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Bidding Closed

Description

  • Circle of Louis-Léopold Boilly
  • Comparing little feet
  • Signé en bas à gauche Boilly
  • Huile sur toile
  • 45.8 x 38.4 cm ; 18  by 15 1/8  in.

Provenance

Collection de M. Marcel Midy, 1939 ;
Collection privée, Belgique.



Exhibited

Paris, ancien Hôtel de Sagan, Louis-Léopold Boilly, 31 mai - 22 juin 1930, n° 42 ;
Paris, musée Carnavalet, La Révolution française dans l’histoire, dans la littérature, dans l’art, 1939, p. 167, n° 1180.

Literature

A. Dinaux, « Boilly », Archives historiques et littéraires du Nord de la France et du Midi de la Belgique, Valenciennes, 1849, t. IV, p. 200 ;
Larousse, 1867, p. 877 ;
J. S. Hallam, The genre Works of Louis-Léopold Boilly, University of Washington, 1979, pp. 26, 28, 40, 45 et 205, repr. fig. 23.

Condition

A l’œil nu : L’illustration du catalogue ne transmet pas toute la profondeur et le sens du détail de la composition. Le tableau apparaît dans un bon état de conservation, avec une griffure visible dans la robe grise du personnage féminin à gauche (visible dans l’illustration du catalogue). Il y a quelques petites retouches visibles près des bords de la toile. La peinture est couverte d’un beau réseau de craquelures un peu grossier dans la partie supérieure du tableau. La couche picturale semble un peu mince dans les parties sombres du vêtement du personnage de gauche. On remarque une petite retouche dans les craquelures près de la porte ouverte. A la lampe U.V. : On remarque un vernis vert irrégulier. On remarque les retouches mentionnées ci-dessus, ainsi qu’un petit repeint sur le pied gauche de la demoiselle de gauche, et quelques petites restaurations dans le vêtement noir du personnage masculin. Vendu avec un cadre sculpté et en bois doré avec quelques altérations dans la partie décorée. The actual painting shows more definition than the catalogue illustration would suggest. With the naked eye: The painting appears to be in good condition with a minor damage to the paint visible in the grey gown of the lady on the left (visible in the catalogue illustration). Some minor retouchings are visible around the edges of the canvas. Painted surface is covered with a fine craquelure pattern which is a bit coarsed in the upper part of the painting. Some minor thinness can be seen in the darker parts of the clothing of the lady on the left. Little retouching to the craquelure near the open door. Under UV light: The varnish layer fluoresces in parts, showing the retouchings mentioned above, as well as on the left foot of the lady on the left, and some in the black coat of the man. Offered with a carved and giltwood frame with some damages and chips to the wooden decoration.
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Catalogue Note

Nous remercions M. Etienne Breton d'avoir confirmé l'authenticité de l'oeuvre d'après un examen de visu et M. Pascal Zuber d'après photographies et de leur aide dans la rédaction de cette notice. L'oeuvre sera incluse dans leur catalogue raisonné de l'oeuvre de l'artiste actuellement en préparation sous le n° 153P.

Cette singulière composition érotique dévoile une scène d’intérieur dans laquelle une femme, assise à gauche, croise sa jambe droite sur son genou gauche pour se déchausser et comparer son pied avec celui de son amie. Ayant toutes deux une chaussure rouge et l’autre bleue : elles les ont visiblement échangées. Celle de droite, debout et la poitrine négligemment dévoilée, relève sa jupe. Au seuil de la porte, un voyeur observe la scène d’un air intéressé, sinon grivois. Ce genre de licence valut à leur auteur, Louis-Léopold Boilly, certains ennuis pendant la Terreur pour la légèreté de mœurs qu’elles figurent. Avec une technique soignée, l’artiste se montre ici capable de rendre l’intimité de la scène par un magnifique jeu sur les étoffes et un éclairage subtil.

Dans la lignée de Fragonard, Greuze ou encore Marguerite Gérard, Boilly a souvent peint des scènes galantes, au message souvent moralisateur. Celles-ci sont caractérisées par un nombre de personnages limité, un clair-obscur théâtral valorisant un ou deux protagonistes, et un soin particulier apporté à la représentation de la texture des étoffes. A l’esprit vif et léger de Fragonard, Boilly joint une facture « porcelainée » et inspirée des Hollandais du XVIIe siècle.

De notre composition, intitulée La Comparaison des petits pieds, trois versions au moins ont été réalisées, dont celle aujourd’hui perdue, uniquement référencée par la gravure d’Alexandre Chaponnier (fig. 1). Le groupe principal de la scène y reste identique mais le troisième protagoniste est désormais à terre, dans une position grotesque, cherchant à en voir davantage. Un dessin au lavis préparatoire à l’une de ces compositions aujourd’hui perdu se trouvait dans la vente de la collection Lavalette du 11 novembre 1861. Harrisse mentionne également une version peinte en grisaille à l’imitation de l’estampe [1]. La Comparaison des petits pieds était le pendant d’une seconde satire, l’Amant favorisé, toile également reprise par Chaponnier, dans laquelle une femme au sein également découvert se précipite dans une chambre à coucher vers une porte pour la maintenir fermée de ses deux mains alors que son amant s’esquive par la porte du fond, emportant ses vêtements sous le bras. Ces estampes, qui garnissaient les étalages des marchands, scandalisèrent les Jacobins. Le peintre figure d’ailleurs parmi les artistes dénoncés par le peintre Jean-Baptiste Wicar à la Société des Arts pour leurs gravures jugées révoltantes pour les mœurs républicaines [2].

Le succès de notre composition est dû aux nombreuses gravure et estampes la reprenant. Le tirage de celles-ci fut annoncé dans La Gazette de France du 18 mars 1791, cette information nous donnant un indice pour situer à une date antérieure leurs modèles peints. Si la virtuosité de la maîtrise de Boilly n’est plus à démontrer, La comparaison des petits pieds constitue un bel exemple de l’esprit grivois de la fin d’Ancien Régime.

[1] H. Harrisse, L.-L. Boilly, Peintre, Dessinateur, et Lithographe; sa Vie et son Œuvre, 1761-1845. Etude suivie d'une description de treize cent soixante tableaux, portraits, dessins et lithographies de cet artiste, Paris, 1898, no 602, p. 141.

[2] Cité in J. Renouvier et A. de Montaiglon, Histoire de l'art pendant la Révolution (1789-1804), suivie d'une Etude sur J.-B. Greuze, Genève, 1996.