- 66
LOUIS-LÉOPOLD BOILLY | Comparing little feet
Description
- Circle of Louis-Léopold Boilly
- Comparing little feet
- Signé en bas à gauche Boilly
- Huile sur toile
- 45.8 x 38.4 cm ; 18 by 15 1/8 in.
Provenance
Collection privée, Belgique.
Exhibited
Paris, musée Carnavalet, La Révolution française dans l’histoire, dans la littérature, dans l’art, 1939, p. 167, n° 1180.
Literature
Larousse, 1867, p. 877 ;
J. S. Hallam, The genre Works of Louis-Léopold Boilly, University of Washington, 1979, pp. 26, 28, 40, 45 et 205, repr. fig. 23.
Condition
"In response to your inquiry, we are pleased to provide you with a general report of the condition of the property described above. Since we are not professional conservators or restorers, we urge you to consult with a restorer or conservator of your choice who will be better able to provide a detailed, professional report. Prospective buyers should inspect each lot to satisfy themselves as to condition and must understand that any statement made by Sotheby's is merely a subjective, qualified opinion. Prospective buyers should also refer to any Important Notices regarding this sale, which are printed in the Sale Catalogue.
NOTWITHSTANDING THIS REPORT OR ANY DISCUSSIONS CONCERNING A LOT, ALL LOTS ARE OFFERED AND SOLD AS IS" IN ACCORDANCE WITH THE CONDITIONS OF BUSINESS PRINTED IN THE SALE CATALOGUE."
Catalogue Note
Cette singulière composition érotique dévoile une scène d’intérieur dans laquelle une femme, assise à gauche, croise sa jambe droite sur son genou gauche pour se déchausser et comparer son pied avec celui de son amie. Ayant toutes deux une chaussure rouge et l’autre bleue : elles les ont visiblement échangées. Celle de droite, debout et la poitrine négligemment dévoilée, relève sa jupe. Au seuil de la porte, un voyeur observe la scène d’un air intéressé, sinon grivois. Ce genre de licence valut à leur auteur, Louis-Léopold Boilly, certains ennuis pendant la Terreur pour la légèreté de mœurs qu’elles figurent. Avec une technique soignée, l’artiste se montre ici capable de rendre l’intimité de la scène par un magnifique jeu sur les étoffes et un éclairage subtil.
Dans la lignée de Fragonard, Greuze ou encore Marguerite Gérard, Boilly a souvent peint des scènes galantes, au message souvent moralisateur. Celles-ci sont caractérisées par un nombre de personnages limité, un clair-obscur théâtral valorisant un ou deux protagonistes, et un soin particulier apporté à la représentation de la texture des étoffes. A l’esprit vif et léger de Fragonard, Boilly joint une facture « porcelainée » et inspirée des Hollandais du XVIIe siècle.
De notre composition, intitulée La Comparaison des petits pieds, trois versions au moins ont été réalisées, dont celle aujourd’hui perdue, uniquement référencée par la gravure d’Alexandre Chaponnier (fig. 1). Le groupe principal de la scène y reste identique mais le troisième protagoniste est désormais à terre, dans une position grotesque, cherchant à en voir davantage. Un dessin au lavis préparatoire à l’une de ces compositions aujourd’hui perdu se trouvait dans la vente de la collection Lavalette du 11 novembre 1861. Harrisse mentionne également une version peinte en grisaille à l’imitation de l’estampe [1]. La Comparaison des petits pieds était le pendant d’une seconde satire, l’Amant favorisé, toile également reprise par Chaponnier, dans laquelle une femme au sein également découvert se précipite dans une chambre à coucher vers une porte pour la maintenir fermée de ses deux mains alors que son amant s’esquive par la porte du fond, emportant ses vêtements sous le bras. Ces estampes, qui garnissaient les étalages des marchands, scandalisèrent les Jacobins. Le peintre figure d’ailleurs parmi les artistes dénoncés par le peintre Jean-Baptiste Wicar à la Société des Arts pour leurs gravures jugées révoltantes pour les mœurs républicaines [2].
Le succès de notre composition est dû aux nombreuses gravure et estampes la reprenant. Le tirage de celles-ci fut annoncé dans La Gazette de France du 18 mars 1791, cette information nous donnant un indice pour situer à une date antérieure leurs modèles peints. Si la virtuosité de la maîtrise de Boilly n’est plus à démontrer, La comparaison des petits pieds constitue un bel exemple de l’esprit grivois de la fin d’Ancien Régime.
[1] H. Harrisse, L.-L. Boilly, Peintre, Dessinateur, et Lithographe; sa Vie et son Œuvre, 1761-1845. Etude suivie d'une description de treize cent soixante tableaux, portraits, dessins et lithographies de cet artiste, Paris, 1898, no 602, p. 141.
[2] Cité in J. Renouvier et A. de Montaiglon, Histoire de l'art pendant la Révolution (1789-1804), suivie d'une Etude sur J.-B. Greuze, Genève, 1996.