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HUBERT ROBERT | La Promenade solitaire
Description
- La Promenade solitaire
- Porte une signature et une date en bas à droite H. ROBERT 1777
- Huile sur toile
- 57.7 x 44.6 cm; 22 3/4 by 17 1/2 in.
Provenance
Collection privée, Normandie.
Condition
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Catalogue Note
L’association du nom d’Hubert Robert à celui de Jean-Jacques Rousseau pour ce tableau pourrait surprendre, si l’on avait oublié que le premier a dessiné le tombeau du second en 1778, avant de fixer le souvenir de sa panthéonisation en 1794. C’est pourtant dans le contexte de collaborations à des projets d’embellissements de jardins, initiées vers 1777, à Ermenonville notamment, que Robert peint la « douce mélancolie » de cette promenade.
Dans la solitude et le calme presque enchanteur qui règnent dans les bois, une jeune femme semble s’abandonner à la rêverie à mesure qu’elle s’avance vers un tombeau. Robert compose sa vue de la nature, comme il le faisait avec les monuments italiens, en créant un seuil marqué par deux arbres, agissant comme des repoussoirs, qui s’élancent vers le ciel. On trouve des éléments habituels de la peinture de Robert : les formes des troncs et branches déchiquetés inspirés des paysages de Salvator Rosa (1615-1673), la lumière provenant d’une trouée au sein de la « galerie » de branchages et la ruine d’une antiquité imaginée à partir de tombeaux étudiés à Rome. La manière esquissée de Robert est aisément reconnaissable, avec les longs traits de brosse pour figurer le sol jusqu’aux empâtements rendant compte du feuillage, sans omettre le rapide tracé des formes des bas-reliefs et des draperies de la femme. L’attitude de recueillement de cette dernière apparaît sur une contre-épreuve de Besançon[1], mais sa vue de profil, son apparence lourdement drapée et coiffée de rubans rappelle la matrone des Bergers d’Arcadie de Nicolas Poussin (1594-1665) que Robert appréciait tant[2]. Le coloris de notre toile est en revanche singulier, mais se rapproche des camaïeux de bleus et de verts qui caractérise le Bain, un des six grands panneaux peints pour la salle de bain de la Folie de Bagatelle en 1777 et conservés aujourd’hui au Metropolitan Museum of Art de New York.
La méditation devant un sarcophage est une thématique récurrente de l’oeuvre de notre peintre, que l’on retrouve dans les croquis de ses albums[3] et ses projets dessinés pour le tombeau des familles La Rochefoucauld et Chabot à La Roche-Guyon, en 1777[4]. Cette année-là, Robert expose au Salon la Brasserie d’Ermenonville[5], au moment même où Rousseau rédige, chez le marquis de Girardin, ses Promenades d’un rêveur solitaire. C’est peut-être à la demande de Girardin que Robert réalise notre toile qui paraît incarner les idées du philosophe, associée aux innovations de la peinture anglaise, de Thomas Gainsborough (1727-1788) notamment, où le paysage dans les portraits est pensé comme un état d’âme. Quoi qu’il en soit, les relations de Girardin et Robert ne font aucun doute, pas plus que leurs discussions sur la philosophie puisque Robert peint le Temple de la philosophie[6], que le marquis avait fait élever dans son jardin. Comme notre toile, elle ne comporte ni signature, ni date, ni d’historique, en dépit d’une facture remarquable associée à la richesse de son sujet.
[1] Lavandières près d'une fontaine, dans un jardin, Besançon, Bibliothèque municipale, inv. vol. 453, n° 62 ; reprod. dans S. Catala, Les Hubert Robert de Besançon, 2013, n° 99.
[2] G. Faroult dans cat. exp. Hubert Robert (1733-1808) Un peintre visionnaire, Paris, musée du Louvre, 2016, n° 62.
[3] A. May, cat. exp. Un album de croquis d'Hubert Robert, Genève, Galerie Cailleux, 1979, n° 66.
[4] S. Catala et G. Wick, Hubert Robert et la fabrique des jardins, La Roche-Guyon, 2017.
[5] Lisbonne, musée Calouste Gulbenkian, inv. 440.
[6] Vente New York, Sotheby's, 31 janvier 2013, lot 89 : reprod. dans cat. exp. Paris, 2016, fig. 34, p.84.