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Huysmans, Joris-Karl
CERTAINS. G. MOREAU – DEGAS – CHÉRET – WISTHLER [SIC] – ROPS – LE MONSTRE – LE FER, ETC. PARIS, TRESSE & STOCK, 1889.
Estimate
15,00020,000
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Huysmans, Joris-Karl
CERTAINS. G. MOREAU – DEGAS – CHÉRET – WISTHLER [SIC] – ROPS – LE MONSTRE – LE FER, ETC. PARIS, TRESSE & STOCK, 1889.
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Details & Cataloguing

Bibliothèque R. & B. L. VII, XIXe siècle (1840–1898). Éditions originales – Revues – Lettres et manuscrits autographes

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Paris

Huysmans, Joris-Karl
CERTAINS. G. MOREAU – DEGAS – CHÉRET – WISTHLER [SIC] – ROPS – LE MONSTRE – LE FER, ETC. PARIS, TRESSE & STOCK, 1889.
In-12, maroquin rouge, janséniste, doublure de maroquin de même couleur serti d’un filet doré, gardes de soie rouge, doubles gardes de papier peigne, tranches dorées sur témoins, couverture, étui (Georges Mercier sr de son père).

Édition originale. L’ouvrage contient les meilleurs articles de Huysmans en tant que critique d’art.

Un des 15 exemplaires sur japon, second papier après 10 hollande.

Savoureux envoi autographe de Huysmans à son ami Léon Hennique :

Voici, mon cher Hennique,
un peu de sadisme mystique
et une nausée sur les temps actuels
ton J.-K. Huysmans

Huysmans rencontra Léon Hennique (1851-1935) en 1876 : le romancier naturaliste faisait ses débuts dans La République des Lettres, périodique créé par Catulle Mendès. Les deux écrivains devinrent rapidement des amis proches (ils se tutoyaient même, fait rare chez Huysmans). Tous deux firent partie du groupe de Médan et composèrent ensemble une pantomime sur le thème de Pierrot, publiée en 1881 mais jamais représentée sur scène.

On a ajouté à cet exemplaire 4 lettres adressées à l’auteur et concernant l’ouvrage :

une lettre autographe de Félicien Rops, datée du 25 juin 1889 (2 pages sur deux feuillets in-12) : Dégringolez donc de la rue de Sèvres jusqu’à la boutique Petit pour « regarder » l’exposition Rodin. Vous m’en direz quelques nouvelles [...]. Puis je vous montrerai, moi, des croquis de 1876 qui vous expliqueront la genèse de bien des choses. Je pourrais réclamer « mon propre », comme le meunier de Sans-Souci ; mais à quoi bon ? En vaudrai-je plus ? [...]. Ah ! on vient de me dire que j’étais Chevalier de la Légion d’honneur. J’espère ne pas avoir mérité de récompense « officielle », & j’espère seulement le prouver dans quelque temps. Je ferai passer un pied du rouge de la honte sur les joues des braves gens qui ont cru me faire plaisir [...]. Il continue longuement sur ce ton et conclut : Cela me mettra bien avec les filles de joie, voilà le vrai [...]. Jamais, Mr, la Légion d’honneur n’est descendue si bas ! C’est la Pornographie officialisée ! Il n’y a plus rien ! Que dira Detaille [...].

une lettre autographe d’Edmond de Goncourt, datée du 16 novembre 1889 (une page et demie in-12, enveloppe jointe) ; il espère le voir longuement pour lui dire tout le bien qu’il pense de son livre Certains : Entre le bourgeoisisme ou le décadentisme des bouquins de l’heure présente, vous êtes presque le seul qui me donniez à la lecture la petite volupté d’une prose exquisement raffinée, et aussi claire que si elle était mal écrite. Et puis, il y a chez vous la bravoure de jugement que personne n’a plus devant le couillonnisme de tout le monde en présence du succès. Puis Goncourt loue ses pages sur Moreau, Degas, Forain ou encore Millet : Ah ! mais, votre beau, votre grand, votre haut morceau [...] c’est votre morceau sur Rops : voici de l’érotisme d’un penseur, d’un artiste, et si vous permettez l’expression à mon amitié, d’un cochon supérieur qu’on aime et qu’on admire.

une lettre autographe d’Émile Zola, datée de Médan, le 5 janvier 1890 (2 pages in-8) : Il y a là des pages très braves et très intenses, qui m’ont ravi. Tout le morceau sur le satanisme est superbe. Vous avez une vie de style extraordinaire, et vous lire est pour moi un plaisir physique, en dehors même des idées. Il y a dans votre outrance un comique spécial, que personne n’a, qui est une de vos originalités supérieures, selon moi. Enfin, mon cher ami, votre dernière œuvre a été mon grand régal du mois passé.

une lettre autographe de Claude Monet, datée de Giverny, le 22 février 1890 (2 pages et demie in-12) : Cher Monsieur Huysmans, Vous seriez bien aimable de m’adresser votre souscription (25 fr.) pour l’achat de l’Olympia de Manet, souscription que l’ami Duret m’a chargé d’inscrire à votre nom [...] je profite de l’occasion pour vous témoigner tout le plaisir que j’ai eu à la lecture de votre dernier livre (Certains). C’est superbe, et bien que ne partageant pas complètement vos opinions sur certains artistes que j’aime, à tort ou à raison, je trouve que l’on a jamais si bien, si hautement écrit sur les artistes modernes. Recevez ce modeste témoignage d’admiration et croyez-moi bien cordialement votre Claude Monet.

En outre, l’exemplaire est truffé de 26 pages de notes intercalées dans le texte, prises par Huysmans au cours de ses visites de musées et d’expositions : il s’agit principalement d’impressions et de critiques sur divers artistes :

– à propos de Gustave Moreau (9 pages) : après de brillantes et admiratives notes relatives au Ganymède et à l’Hérodiade, il émet une sévère critique de ses aquarelles pour les Fables de La Fontaine : Aussi faut-il qu’un Roux soit bête pour commander les Fables de La Fontaine à Moreau et que celui-ci soit Juif pour illustrer des choses qui ne pouvaient lui aller. 150.000 francs je crois, pour le tout.

– après sa visite à l’Exposition des Arts décoratifs en 1883 (7 pages), Huysmans dit avoir vu un coin de la collection japonaise de Burty, les étoffes orangeade, avec des poissons,– extraordinaires –, quelques reliures de Marius Michel à mosaïques, des rinceaux thé sur fond La Vallière. Quelques livres Didot, meubles, puis une salle spéciale pour Tissot. Au sujet de ce dernier, il écrit : En somme le talent de Tissot est réellement dans ses eaux-fortes [...]. C’est Londres et la Tamise [...]. Les femmes bien anglaises, jolies, sans grandes pensées, sans raffinement, de bonnes et bienveillantes bêtes, des ruminantes dévouées [...].

– sur Whistler et son portrait de Sarrazate (2 pages et demie) : Le gris de Whistler !... Il rentre dans le cadre, contrairement à tous les portraits du Salon, à ce balourd de Bonnat, avec son Pasteur. Et c’est fluide, irréel, une vision dans l’ombre, prête à s’évanouir, y rentrant, peinture unique au salon, un Edgar Poe ! Ça vit, mais d’une vie qui inquiète. Ça sent la larve. Quel art mystérieux ! [...] Au fond, ce que ça fiche tout le reste par terre !

– certaines notes annoncent le terrible article sur les peintres de la salle des États au Louvre, ainsi que les célèbres pages sur Ingres et Delacroix (3 pages) : Les Léopold Robert se craquèlent. Salaud !... cartonneux — un forçat gagnant 2 ans de grâce sur sa peine, à s’appliquer. Il y a du réclusionnaire chez lui et aussi chez Ingres.

Correction autographe de Huysmans p. 150, 7e ligne : « [...] le Ver de Médine [...] qui se love (au lieu de lave) dans le pus des abcès qu’il forme ».

De la bibliothèque Pierre Guerquin, gendre de Beraldi (1959, n° 342).


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