Lot 65
  • 65

FRANÇOIS-ANDRÉ VINCENT | Arria and Paetus

Estimate
80,000 - 120,000 EUR
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Bidding Closed

Description

  • François-André Vincent
  • Arria and Paetus
  • Plume et encre brune et noire, lavis brun sur pierre noire et sanguine
  • 415 by 505 mm

Provenance

Probablement Jean-Guillaume Moitte (1746-1810),
la vente de sa femme, 20-21 août 1807, lot 32 (comme « Arrie après s’être enfoncé un poignard dans le sein, le présente à Poetus son mari, en lui disant: Tien Poetus il ne m’a point fait de mal; dessin à la plume et au bistre du tableau peint pour feu M. Cochu, docteur en médecine »). ;
Acquis à Bordeaux, galerie Guy Imberti, 1986

Exhibited

Rennes, 2012, n°68 (notice par Jean-Pierre Cuzin) ;
Sceaux, 2013 (sans catalogue)

Literature

J. Cuzin, François André Vincent, "Cahiers du dessin français", IV, Paris, 1988, p.21, n°43, repr. ;
G. Gramaccini, Jean-Guillaume Moitte (1746-1810): Leben und Werk, Berlin, 1993, vol. II, p.84, no. 198 (comme perdu). ;
A.L. Clark et al., Mastery and Elegance; Two Centuries of French Drawings from the Collection of Jeffrey E. Horvitz, exh. cat., Cambridge, Harvard University Art Museum et al., 1998-2000, p.312, fig. 3 ;
A. Guité, notice sur le tableau de François André Vincent, Arria et Paetus, catalogue de vente, galerie Didier Aaron, Paris / Londres / New York, X, août 2008, n°18, fig. d ;
J.-P. Cuzin, François-André Vincent, 1746-1816: Entre Fragonard et David, Paris 2013, p.137, repr. et p.438, no. 436D ;
L.-A. Prat, Le Dessins Francais au XVIIIe Siècle, Paris, 2017, p.607, n°1255, repr.

Condition

Laid down on an old decorative mount. There is evidence of some very light surface dirt and a number of old pin prick holes along the left edge of the sheet. The combination of media remains in predominantly very fine condition throughout, with the pen and ink and wash fresh and vibrant and the image strong. Sold in a modern giltwood frame. Sold framed.
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Catalogue Note

Ce dessin particulièrement imposant et impressionnant du peintre néoclassique français François-André Vincent est sans aucun doute l’un des dessins de composition les plus importants de l’artiste qui soit apparu sur le marché ces dernières années. Exécuté vers 1784, il s’agit d’une étude préparatoire pour son tableau du même sujet, aujourd’hui conservé au Saint Louis Art Museum de Saint-Louis.1

Issue de l’histoire romaine, la scène représentée fut documentée par Pline le Jeune dans son incroyable et inestimable correspondance, dans laquelle il décrit l’histoire d’Arria, dont l’époux, Caecina Paetus, fut condamné à une « mort noble » pour avoir conspiré, sans succès, contre l’empereur Claude, en 42 après Jésus-Christ. Pline note que Paetus, incapable de se donner la mort, fut encouragé par Arria, qui s’étant elle-même poignardée à l’aide d’une dague, prononça ces paroles immortelles : « Paete, non dolet » (« Paetus, cela ne fait pas mal »). Notre dessin illustre le moment qui précède la mort d’Arria, lorsqu’elle exhorte Paetus à se donner la mort, un acte qui aurait été honorifique et même héroïque à l’époque pour un homme dans sa position, bien qu’il soit aujourd’hui difficile de le concevoir ainsi. Le dessin de la collection Adrien parvient magistralement à concentrer les émotions radicalement contradictoires ressenties par les deux personnages principaux, la détermination et le courage sans faille d’Arria, dont les traits du visage sont à la fois posés et concentrés, contrastant terriblement avec les traits de Paetus qui, dans son désespoir, est représenté avachi, incapable de soutenir le regard de son épouse, et sa jambe, repliée comme pour fuir le bras tendu d’Arria, révèle l’hésitation et la peur qu’il ressent face à sa grave proposition.

Cette histoire particulièrement dramatique est rarement représentée dans l’iconographie occidentale ; toutefois le sujet, si fortement axé sur l’honneur, aurait particulièrement interpellé les visiteurs du Salon de 1785, où Vincent exposa le tableau de Saint-Louis à côté d’un autre tableau du même sujet, aujourd’hui conservé au musée de Picardie à Amiens.2

Vincent, comme son célèbre contemporain Jacques-Louis David, empruntait souvent ses sujets aux récits de la Rome antique, afin de décrire les évènements politiques de la fin du XVIIIe siècle. Alors que les dirigeants et les hommes politiques du pays allaient être confrontés à une Révolution sanglante, l’art français l’était tout autant, quittant résolument les frivolités du rococo pour adopter avec le néo-classicisme un aspect plus patriotique et idéaliste.

Notre œuvre peut être rapprochée d’une autre imposante étude de Vincent, préparatoire au tableau d’Amiens, aujourd’hui dans la collection Horvitz à Boston, et exécutée également à la plume et à l’encre brune, avec une utilisation abondante de lavis, et dans le cas du dessin d’Horvitz, de rehauts de blanc. La principale différence entre ces deux dessins repose sur le fait que dans le dessin Horvitz, Vincent dessine les figures entièrement vêtues comme dans le tableau final de Saint-Louis, alors que dans notre dessin les personnages, dessinés avec vigueur, sont représentés nus. Bien que d’autres dessins préparatoires au tableau d’Amiens, en plus de celui d'Horvitz, aient survécus,4 notre feuille est sans nul doute le plus important dessin existant, en relation avec l'œuvre de Saint-Louis, et sa réapparition sur le marché de l’art offre une occasion unique et fascinante d’étudier les méthodes de travail de Vincent, et l’héritage artistique considérable qu’il a laissé derrière lui, bien trop souvent resté dans l’ombre du génie de Jacques-Louis David.

1. Voir Expositions, p.184, Fig.1, repr.
2. Amiens, Musée de Picardie, inv. no. M.P. 2004.17.177
3. Voir A.L. Clark et al., Tradition & Transitions, Eighteenth-Century French Art from The Horvitz Collection, exh. cat., Petit Palais, Paris, 2017, p.306, no121, p. 307, repr.; J.-P. Cuzin, François-André Vincent 1746-1816, Cahiers du dessin français, n°4, Paris, p.21, n°41, repr.
4. Ibid., p.21, n°42, repr.